Publié le 13 février 2026 à 13h46. Le groupe Victor Hugo, fabricant de maroquinerie de luxe, a été déclaré en faillite par la justice de Rio de Janeiro, accablé par une dette fiscale s’élevant à 1,2 milliard de reais (environ 238 millions d’euros). Cette décision fait suite à une action conjointe des autorités fiscales fédérales et de l’État de Rio, qui dénoncent une fraude fiscale sophistiquée.
- La justice de Rio de Janeiro a prononcé la faillite du groupe Victor Hugo en raison d’une dette fiscale de 1,2 milliard de reais.
- Les procureurs accusent l’entreprise d’avoir mis en place un système d’évasion d’actifs sophistiqué, notamment via des sociétés offshore.
- Cette décision intervient après une décision récente du Tribunal supérieur de justice (STJ) reconnaissant le droit du Trésor public de demander la faillite des entreprises débitrices.
La faillite du groupe Victor Hugo, connu pour ses sacs et articles en cuir haut de gamme, est le résultat d’une accumulation de dettes fiscales impayées envers l’Union (près de 900 millions de reais) et l’État de Rio (355 millions de reais). Selon les procureurs, l’entreprise adoptait une stratégie délibérée d’évasion fiscale et de protection de ses actifs, agissant comme un « débiteur persistant ».
L’enquête a révélé un montage financier complexe visant à dissimuler les actifs de l’entreprise. La marque « Victor Hugo » aurait été transférée à des sociétés écrans basées dans des paradis fiscaux tels que l’Uruguay et le Belize, gérées par des prête-noms. Des parcs industriels et des fonds de commerce auraient également été fictivement transférés entre les différentes entités du groupe pour masquer la réalité de sa situation financière. En décembre 2025, le groupe a même tenté de transférer des actifs nationaux à une entité contrôlée par des capitaux étrangers.
« Nous n’avons pas pu avancer avec des mesures de restriction »
Roberta Barcia, Coordinatrice du Centre d’Insolvabilité du Bureau du Procureur Actif des Dettes du PGE-RJ
Anelize Almeida, procureure générale du Trésor national, dénonce un avantage concurrentiel indu obtenu par le groupe en négligeant ses obligations fiscales. Elle qualifie l’entreprise de « marque qui fait rêver beaucoup de consommateurs et qui, en fait, a derrière elle une grandiose fraude fiscale structurée et préjudiciable à l’ordre économique ».
La juge Priscila Fernandes Miranda Botelho da Ponte, du 1er Tribunal d’État de Rio de Janeiro, a justifié sa décision en soulignant que le Trésor public avait épuisé tous les recours légaux pour recouvrer ses créances, sans succès. Elle a estimé qu’empêcher l’administration fiscale d’utiliser la faillite comme dernier recours constituerait une violation de l’intérêt public et une atteinte aux règles de la concurrence (cas n° 3065177-75.2025.8.19.0001).
Renan Saad, procureur général de l’État de Rio, a précisé que l’affaire impliquait des dizaines de types de fraudes, notamment des transferts de fonds vers l’étranger et des changements de numéro d’identification fiscale (CNPJ). Il a souligné que l’action des procureurs vise à la fois à récupérer les impôts dus et à défendre l’ordre économique et la concurrence.
Le groupe Victor Hugo avait déjà été reconnu comme agissant de manière frauduleuse par une décision de justice passée en force de chose jugée. Cette information a été mise en avant par les procureurs pour appuyer leur demande de faillite.
Bien que le Tribunal supérieur de justice (STJ) ait récemment validé le droit du Trésor public de demander la faillite des entreprises débitrices en cas d’échec de la procédure de recouvrement forcé (L’année 2025 se clôture avec un nombre record d’entreprises en redressement judiciaire), Aurélio Longo Guerzoni, associé chez Guerzoni Advogados, souligne que la jurisprudence ne définit pas précisément ce qui constitue un échec du recouvrement fiscal. Il estime donc que les tribunaux devront examiner au cas par cas si les critères légaux définissant un « débiteur persistant » sont remplis.
Malgré cette autorisation du STJ, la procureure générale du Trésor national insiste sur le fait que la demande de faillite restera une mesure exceptionnelle, utilisée en dernier recours. « Nous ne voulons pas que l’instrument soit banalisé. Nous disposons de plusieurs moyens de pression. Si tous s’échappent, nous entrons dans le domaine de la fraude », a-t-elle déclaré.
Sur la base de la décision du STJ, le PGFN étudie actuellement la manière d’encadrer ces demandes de faillite afin d’orienter les procureurs. Le Conseil national pour la défense de la fiscalité publique pourrait être un forum pour discuter de lignes directrices. Dans l’État de Rio, l’objectif est d’utiliser la faillite dans les situations où l’entreprise n’est plus en mesure de contribuer à l’activité économique.
Filipe Barros, coordinateur national de l’insolvabilité du PGFN, a indiqué que l’idée d’une réglementation est née après la décision du STJ. « Nous avons l’intention de préciser pourquoi cela sera demandé dans un cas et pas dans un autre », a-t-il précisé.
Au moment de la publication de cet article, il n’a pas été possible de joindre les représentants du groupe Victor Hugo pour obtenir leurs commentaires sur la décision de justice.