Publié le 25 février 2026. Une nouvelle étude révèle que le rejet chronique d’organes transplantés pourrait être lié à des perturbations du système lymphatique plutôt qu’à une attaque immunitaire, ouvrant la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques.
- Le rejet chronique d’organes, qui survient même après des années de bonne santé post-transplantation, pourrait être causé par un drainage lymphatique perturbé.
- Des chercheurs ont identifié des approches potentielles pour rétablir le drainage lymphatique et prévenir la fibrose, notamment en bloquant la production d’une molécule de sucre appelée hyaluronane.
- L’étude suggère que la perturbation mécanique des vaisseaux lymphatiques lors de la transplantation pourrait être un facteur clé, indépendant de la réponse immunitaire.
Longtemps considéré comme une réaction immunitaire du receveur contre l’organe étranger, le rejet chronique d’organes transplantés pourrait avoir une origine insoupçonnée. Des chercheurs de la faculté de médecine de l’université de Washington à Saint-Louis ont mis en évidence le rôle crucial du système lymphatique dans ce processus. Leurs travaux, publiés le 25 février dans Science Translational Medicine, suggèrent que la perturbation des vaisseaux lymphatiques lors de la transplantation pourrait déclencher une cascade d’événements conduisant à la fibrose, une accumulation de tissu cicatriciel qui compromet le fonctionnement de l’organe.
L’étude s’appuie sur l’analyse d’organes humains transplantés présentant un rejet chronique, ainsi que sur des modèles murins de transplantation pulmonaire et cardiaque. Les chercheurs ont observé que les zones de fibrose coïncidaient étroitement avec le système vasculaire lymphatique. Ils ont également découvert une accumulation anormale d’une molécule de sucre, l’hyaluronane, dans les tissus rejetés, due à un drainage inadéquat causé par les vaisseaux lymphatiques endommagés.
Trois stratégies potentielles ont été identifiées pour contrer ce phénomène. La première consiste à bloquer la protéine responsable de la production d’hyaluronane, maintenant ainsi les vaisseaux lymphatiques dégagés pendant leur guérison. La seconde vise à stimuler la croissance de nouveaux vaisseaux lymphatiques, améliorant le drainage de l’hyaluronane. Enfin, une troisième approche bloque le signal qui incite certaines cellules à produire davantage d’hyaluronane. Les trois interventions ont permis d’arrêter l’accumulation d’hyaluronane et d’éviter la fibrose chronique dans les poumons de souris transplantées. Dans de nombreux cas, les organes transplantés traités étaient indiscernables des organes sains, selon les chercheurs.
Contrairement aux vaisseaux sanguins, qui sont reconnectés lors de la transplantation, les vaisseaux lymphatiques de l’organe donneur ne le sont généralement pas, en partie parce qu’ils sont trop petits pour être visibles à l’œil nu. Bien que ces vaisseaux aient tendance à repousser quelques semaines après la greffe, l’étude montre que la période de perturbation initiale, de deux à trois semaines, constitue une fenêtre critique pouvant avoir des conséquences néfastes à long terme.
« Nous n’avons aucun traitement efficace contre le rejet chronique d’organe, à part la retransplantation, à laquelle de nombreux patients ne sont pas éligibles »,
Daniel Kreisel, MD, Ph.D., chaire distinguée G. Alexander Patterson, MD/Mid-America Transplant Endowed en transplantation pulmonaire à WashU Medicine.
Les chercheurs soulignent que cette découverte est d’autant plus significative qu’elle a été réalisée sur des souris génétiquement identiques, excluant ainsi une réponse immunitaire. Cela suggère que la fibrose peut être provoquée uniquement par la perturbation mécanique des vaisseaux lymphatiques. Bien que l’étude se soit concentrée sur les poumons et les cœurs transplantés, le rôle commun des vaisseaux lymphatiques dans tous les organes laisse penser que ce mécanisme pourrait être impliqué dans le rejet chronique de tout organe transplanté.
L’un des traitements testés, qui bloque la protéine responsable de la production d’hyaluronane, est la 4-méthylumbelliférone (4-MU). Ce médicament est déjà approuvé en Europe et en Asie pour traiter certains troubles biliaires et présente un profil de sécurité favorable, ce qui en fait une piste prometteuse pour les patients transplantés. Plus d’informations sur l’étude sont disponibles ici.
À propos de WashU Medicine
WashU Medicine est un leader mondial de la médecine universitaire, avec plus de 3 000 professeurs. Son financement de la recherche des National Institutes of Health (NIH) est le deuxième plus important des facultés de médecine américaines.