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Un écureuil aux pieds de feu découvert comme réservoir de Mpox

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Publié le 17 février 2026 14h03. Des chercheurs ont identifié un écureuil africain, le feu-de-pied (Funisciurus pyrropus), comme un réservoir naturel probable du virus de la variole du singe (MPXV), une découverte cruciale pour comprendre et prévenir les futures épidémies.

  • Une épidémie de Mpox chez les mangabeys fuligineux en Côte d’Ivoire a permis d’établir un lien direct entre l’écureuil feu-de-pied et la transmission du virus.
  • L’étude, publiée dans la revue Nature, révèle que les écureuils sont susceptibles de transmettre le MPXV à d’autres espèces animales, augmentant le risque de propagation à l’homme.
  • Les chercheurs soulignent l’importance d’une approche « One Health » intégrant la santé humaine, animale et environnementale pour mieux anticiper et gérer les risques liés aux zoonoses.

Une équipe internationale de scientifiques, travaillant notamment au sein de l’Institut Helmholtz pour une santé (HIOH) et du Centre Helmholtz pour la recherche sur les infections (HZI), a mis en évidence le rôle potentiel de l’écureuil feu-de-pied dans la circulation du virus de la variole du singe. Cette découverte fait suite à l’observation d’une épidémie de Mpox (anciennement appelée variole du singe) chez une population de mangabeys fuligineux (Cercocebus atys) vivant dans le parc national de Taï, en Côte d’Ivoire.

Depuis des décennies, les chercheurs du projet Taï Chimpanzee collaborent étroitement avec les autorités ivoiriennes pour surveiller la santé des primates et autres animaux sauvages de la région. Au début de l’année 2023, ils ont constaté une augmentation significative des cas de Mpox chez les mangabeys fuligineux, avec un taux de mortalité particulièrement élevé chez les jeunes. L’analyse génétique des virus prélevés sur les singes infectés a révélé une correspondance quasi parfaite avec une souche détectée quelques semaines auparavant chez un écureuil feu-de-pied retrouvé mort à proximité.

Pour confirmer le lien entre les deux espèces, les chercheurs ont analysé des échantillons de fèces de mangabey collectés avant le début de l’épidémie. Ils ont découvert la présence d’ADN viral et de matériel génétique provenant de l’écureuil feu-de-pied dans un échantillon prélevé huit semaines plus tôt, fournissant ainsi une preuve solide de transmission interspécifique. Des observations comportementales ont également corroboré ces résultats : les mangabeys fuligineux ont été vus chassant et consommant des écureuils feu-de-pied, offrant une voie directe de transmission du virus.

Bien que les écureuils aient été suspectés d’être des réservoirs potentiels du MPXV depuis l’isolement du virus chez un écureuil corde (Funisciurus anaerythrus) en République démocratique du Congo en 1985, et suite à des suspicions impliquant des écureuils importés aux États-Unis en 2003, il manquait jusqu’à présent des preuves directes de leur capacité à propager le virus à d’autres espèces animales dans leur environnement naturel. Cette nouvelle étude comble cette lacune et apporte un éclairage précieux sur la dynamique de la maladie.

La découverte est d’autant plus préoccupante que la chasse aux animaux sauvages, notamment aux petits mammifères comme les écureuils, est en augmentation, ce qui accroît le risque d’exposition humaine au MPXV et de transmission zoonotique.

« L’identification des sources animales du virus et des voies d’exposition qui conduisent à une transmission interspécifique est essentielle pour comprendre les mécanismes de propagation et développer des mesures de prévention efficaces qui réduisent le risque de transmission aux humains »,

Livia V. Patrono, scientifique à HIOH et auteur correspondant de l’étude.

Les auteurs de l’étude recommandent de renforcer la sensibilisation des populations locales aux risques liés au contact avec les écureuils et autres animaux sauvages, en particulier chez les enfants. Ils plaident également pour une meilleure compréhension de l’écologie du MPXV chez les espèces réservoirs et les hôtes intermédiaires afin d’élaborer des stratégies de prévention plus efficaces.

« Cette découverte n’a été possible que grâce à de nombreuses années de recherche écologique, de surveillance continue de la santé et d’échantillonnage systématique dans le parc national de Taï », explique Fabian Leendertz, directeur du HIOH et co-directeur du projet Taï Chimpanzee. « Nous devons poursuivre et étendre ces efforts pour mieux comprendre les risques posés par les maladies infectieuses émergentes – y compris la Mpox – et pour les contrer de manière préventive. »

Josef Penninger, directeur scientifique du Centre Helmholtz pour la recherche sur les infections, souligne l’importance de la collaboration internationale : « Cette étude montre également la grande valeur d’une collaboration étroite avec nos partenaires africains. Ce n’est que grâce à des partenariats solides et confiants avec les autorités locales et les instituts de recherche que nous pourrons lutter efficacement contre les maladies zoonotiques – et ainsi faire une différence non seulement au niveau régional, mais aussi mondial. »


Informations sur l’étude :

L’étude a été réalisée en collaboration avec une équipe de recherche internationale des institutions suivantes :
Taï Chimpanzee Project, Centre Suisse de Recherches Scientifiques en Côte d’Ivoire, Abidjan, Côte d’Ivoire
• Université Peleforo Gon Coulibaly Korhogo, Korhogo, Côte d’Ivoire
• Musée Senckenberg d’histoire naturelle de Görlitz, Société Senckenberg pour la recherche naturelle, Allemagne
• Institut Friedrich Loeffler, Greifswald–Île de Riems, Allemagne
• Université technique de Dresde, Allemagne
• Université Queen Mary de Londres, Londres, Royaume-Uni
• Institut des Sciences Cognitives, CNRS UMR5229, Université de Lyon, France
• Centre allemand des primates, Göttingen, Allemagne
• Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan-Cocody, Abidjan, Côte d’Ivoire
• Université de Greifswald, Allemagne
• Centre médical universitaire de Greifswald, Allemagne

Les chercheurs de HIOH des groupes de travail « Écologie et origine des zoonoses », « Évolution des agents pathogènes » et « Écologie communautaire évolutive » ont été impliqués dans l’étude.

Source : Centre Helmholtz pour la recherche sur les infections


Publication originale: Carme Riutord-Fe et al.; Transmission du MPXV des écureuils cordés aux pieds de feu aux mangabeys fuligineux ; Nature, 2026, DOI: 10.1038/s41586-025-10086-y

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