Publié le 16 février 2026. Un groupe de travail s’est réuni à Howth, en Irlande, pour tenter de limiter les dégâts après une réduction drastique des quotas de pêche irlandais, qui menace des milliers d’emplois et l’avenir de nombreuses communautés côtières.
- La réduction des quotas de pêche, estimée à 105 millions d’euros pour le secteur, pourrait entraîner la perte de 2 300 emplois.
- Le secteur des produits de la mer irlandais est particulièrement touché en raison de sa forte dépendance au maquereau.
- Le groupe de travail, placé sous la présidence de Michael Berkery, devra présenter des propositions concrètes d’ici juin.
La première réunion du groupe Food Vision Seafood Sector, initiée suite à la décision du Conseil de la pêche de l’UE en décembre dernier, s’est tenue ce lundi au port de Howth. Cette initiative fait suite à la création d’un groupe de travail similaire en mars 2021, chargé d’évaluer les conséquences du Brexit sur la pêche irlandaise. Les organisations professionnelles mettent en garde contre l’impact dévastateur de ces coupes budgétaires sur l’emploi dans les zones côtières.
L’Association irlandaise des transformateurs et exportateurs de poisson (IFPEA) souligne la nécessité d’une approche à long terme pour assurer la pérennité du secteur. Selon l’IFPEA, le secteur ne peut plus enchaîner les crises et une solution miracle n’est pas à l’horizon. Une reprise durable ne pourra être envisagée qu’à travers une réforme profonde, qui représente le principal défi pour ce nouveau groupe de travail.
Le ministre d’État chargé de la pêche, Timmy Dooley, a reconnu les difficultés rencontrées par le secteur ces dernières années. Il a déclaré :
« Un ensemble de mesures de soutien est nécessaire pour traverser cette période difficile, et nous espérons que la situation s’améliorera en adoptant une approche conservatrice. »
Timmy Dooley, ministre d’État chargé de la pêche
Il a précisé que la réduction des quotas affecte tous les États membres de l’Union européenne, mais que l’Irlande est particulièrement vulnérable en raison de sa forte dépendance au maquereau.
Le ministre de l’Agriculture, de l’Alimentation et de la Marine, Martin Heydon, a justifié la mise en place de ce groupe de travail dans le cadre de la stratégie Food Vision 2030, une initiative visant à rassembler tous les acteurs du secteur pour trouver des solutions à court terme. Il a également insisté sur l’importance de réfléchir à moyen terme, notamment en matière de valorisation des produits transformés et de soutien à l’agriculture et à la pêche.
L’Association nationale des pêcheurs côtiers (NIFA) a exprimé ses attentes fortes vis-à-vis du groupe de travail, en soulignant l’urgence de la situation. Son président, Michael Desmond, a déclaré :
« Survie, opportunités et soutien. Sans la mise en œuvre immédiate de ces trois éléments, le secteur n’existera plus. »
Michael Desmond, président de la NIFA
Sur le terrain, la situation est alarmante. Ciarán Doherty, pêcheur basé à Ailt an Chorráin, dans le Donegal, témoigne de la crise :
« Chaque navire a capturé son quota de maquereau pour 2026 en une seule sortie. Personnellement, il ne nous reste qu’un voyage et demi de merlan bleu, et un voyage de sanglier, et c’est tout jusqu’en janvier prochain. Nous n’avons plus de quota. »
Ciarán Doherty, pêcheur
Il insiste sur la nécessité d’une écoute attentive des organisations de pêche, de la pêche côtière à la pêche en haute mer.
Le ministre Dooley a également souligné que la diminution des stocks de poissons dans l’Atlantique est due à la surpêche pratiquée par des pays non membres de l’UE, et a annoncé que le gouvernement irlandais exerce des pressions sur la Commission européenne pour qu’elle cible ces pays. Le groupe de travail devra également proposer des mesures pour soutenir les communautés côtières pendant la reconstitution des stocks.
Le groupe Food Vision Seafood Sector Group examinera les défis auxquels sont confrontés les pêcheurs, les aquaculteurs et les transformateurs de produits de la mer, dans le but d’élaborer un plan d’action financé par les fonds européens. Michael Berkery, ancien secrétaire général de l’Association des agriculteurs irlandais, a été nommé président indépendant et devra présenter un rapport d’ici juin.
Les organisations professionnelles ont salué la création de ce groupe de travail. Aodh O’Donnell, PDG de l’Organisation irlandaise des producteurs de poisson (IFPO), a souligné l’urgence de la situation, face à une réduction de 57 000 tonnes de quotas en 2026. Il a appelé à une action rapide pour faire face à cette crise qui menace la flotte de pêche, les transformateurs et les industries de services irlandais. Il estime que le secteur représente 1,3 milliard d’euros de PIB et soutient 16 500 emplois.
Les membres du groupe sectoriel Food Vision Seafood comprennent des représentants de l’industrie, des départements gouvernementaux et des agences d’État, ainsi que des représentants des organisations de pêcheurs : Killybegs, IFPO, SPO et SWIPO, NIFA, les six forums régionaux de la pêche côtière, IFA Aquaculture, des coopératives, l’organisation des ressources marines des îles irlandaises et l’IFPEA. Les agences d’État impliquées sont Bord Iascaigh Mhara, Marine Institute, Bord Bia, Teagasc, Enterprise Ireland, Fáilte Ireland, Údarás na Gaeltachta, les assemblées régionales du Sud, du Nord et de l’Ouest, et la Commission de développement de l’Ouest.
Enfin, Ciarán Doherty met en évidence le problème fondamental :
« Nous observons des navires norvégiens pêcher le merlan bleu à 70/80 milles à l’ouest de Burtonport. Le poisson est là ; notre part ne l’est pas et c’est là le problème. »
Ciarán Doherty, pêcheur
Il avertit que sans action au niveau européen, le conflit sur le maquereau risque de s’aggraver, laissant au groupe de travail beaucoup de travail pour les quatre prochains mois.