Publié le 9 février 2024 07:29:00. Des chercheurs américains ont mis au point une nouvelle méthode permettant de détecter précocement les infections après une reconstruction mammaire, ouvrant la voie à un traitement préventif et réduisant potentiellement le recours à des interventions chirurgicales lourdes.
- Une équipe de l’Université de Washington à Saint-Louis a identifié des biomarqueurs d’infection dans le liquide drainé des seins des patientes.
- Ces biomarqueurs apparaissent des jours, voire des semaines, avant l’apparition des symptômes cliniques classiques.
- Cette découverte pourrait permettre un traitement plus précoce et ciblé, préservant ainsi les implants et améliorant la qualité de vie des patientes.
Environ une femme sur huit aux États-Unis sera confrontée à un cancer du sein au cours de sa vie, et la moitié d’entre elles subiront une mastectomie. Pour de nombreuses femmes, la reconstruction mammaire, souvent réalisée à l’aide d’implants, représente une étape importante dans leur rétablissement. Cependant, les infections post-opératoires constituent une complication fréquente, nécessitant souvent des antibiotiques intraveineux et, dans certains cas, le retrait de l’implant. Ces complications peuvent entraîner des chirurgies supplémentaires, des retards dans les soins contre le cancer et un fardeau émotionnel et financier considérable pour les patientes.
Face à ce défi, des chercheurs de l’École de médecine de l’Université de Washington à Saint-Louis ont développé un outil innovant basé sur l’analyse métabolomique. Cette approche permet de détecter les premiers signes d’infection avant même que les symptômes ne se manifestent. Le professeur Jeffrey P. Henderson, à l’origine de l’étude, explique :
« La capacité d’identifier très tôt, grâce à une signature moléculaire, qu’un patient aura une infection ouvre la possibilité d’une surveillance dans le cadre des soins standard. Cela a le potentiel de permettre un traitement plus précoce qui serait beaucoup plus efficace – et potentiellement curatif – chez les patients qui autrement progresseraient vers des traitements et une intervention chirurgicale prolongés, voire même le retrait des implants et un échec reconstructif. »
L’étude a été initiée après que Margaret A. Olsen, professeure de médecine à la retraite et spécialiste des infections hospitalières, ait constaté un taux élevé d’infections chez les patientes américaines ayant subi une reconstruction mammaire avec des implants. En collaboration avec les chirurgiens plasticiens de WashU Medicine, les chercheurs ont cherché à développer un test simple et fiable pour identifier les infections à un stade précoce.
L’analyse métabolomique, qui étudie les petites molécules produites par le corps, s’est avérée cruciale. En analysant les échantillons de liquide drainé des seins de 50 patientes suivies après une reconstruction mammaire, l’équipe a identifié des métabolites spécifiques associés à l’infection, apparaissant parfois plusieurs semaines avant les signes cliniques habituels. Ils ont également constaté que la présence de certains métabolites était corrélée à la gravité de l’infection.
Selon le docteur Justin M. Sacks, directeur de la division de chirurgie plastique et reconstructive de WashU Medicine :
« Issues d’une intuition clinique et validées par une étude clinique, les preuves contenues dans cet article soutiennent désormais des interventions proactives et ciblées pour prédire et traiter les infections avant qu’elles ne deviennent cliniquement significatives. De telles interventions peuvent réduire considérablement le fardeau des complications, de la perte d’implant et des échecs de reconstruction chez ces patients. »
Les chercheurs envisagent désormais de développer un test rapide, utilisable en consultation, qui permettrait de déterminer si une patiente est susceptible de développer une infection. En cas de résultat positif, un traitement antibiotique préventif pourrait être prescrit. Le docteur Terence M. Myckatyn souligne l’importance d’une utilisation raisonnée des antibiotiques :
« Si le test est positif, des antibiotiques peuvent être instaurés de manière préventive chez ces patients sélectionnés afin de contrecarrer l’infection. Et peut-être tout aussi important, nous ne donnerions pas d’antibiotiques aux personnes dont le test est négatif, adhérant ainsi à une approche réfléchie en matière de gestion des antibiotiques. »
À court terme, l’équipe prévoit de mener des études supplémentaires pour valider ces résultats. À plus long terme, cette approche pourrait ouvrir la voie à de nouvelles stratégies pour prévenir et traiter d’autres types d’infections post-chirurgicales. Les résultats de cette étude seront publiés le 16 février dans le Journal of Clinical Investigation.
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