Publié le 16 février 2024 10h30. Une étude suédoise approfondie évalue les conséquences nutritionnelles de l’adoption du régime alimentaire planétaire préconisé par la Commission EAT-Lancet, révélant un bilan globalement positif en termes de densité nutritionnelle, mais soulignant un risque accru d’anémie chez les femmes.
- L’adhésion au régime de santé planétaire est associée à une densité nutritionnelle plus élevée et à un apport adéquat en micronutriments.
- Un risque accru d’anémie a été observé chez les femmes, lié à une consommation réduite de fer héminique d’origine animale.
- Les résultats de l’étude mettent en évidence l’importance de prendre en compte les spécificités sexuelles et les pratiques locales d’enrichissement alimentaire lors de l’évaluation de la viabilité de ce régime.
Une vaste étude menée en Suède a examiné les effets de l’adoption du régime alimentaire planétaire, un modèle nutritionnel développé par la Commission EAT-Lancet pour promouvoir à la fois la santé humaine et la durabilité environnementale. Ce régime met l’accent sur une consommation accrue de céréales complètes, de fruits, de légumes, de légumineuses et de noix, tout en limitant la consommation de viande rouge, de produits laitiers et de sucres ajoutés. Les chercheurs se sont interrogés sur l’impact d’un tel changement de régime sur l’apport en micronutriments, en particulier dans un pays comme la Suède où la consommation de produits d’origine animale reste relativement élevée.
L’étude a analysé des données alimentaires et des biomarqueurs plasmatiques afin de comparer les apports déclarés avec les indicateurs biologiques de l’état nutritionnel. Les résultats indiquent que les participants adhérant le plus étroitement au régime de santé planétaire avaient tendance à consommer moins de calories au total. Cependant, après ajustement pour tenir compte de l’apport énergétique global, les régimes alimentaires alignés sur le modèle se sont avérés significativement plus riches en nutriments.
Plus précisément, une plus grande adhésion au régime était positivement corrélée à un apport plus élevé en vitamine A, vitamine E, thiamine, vitamine B6, folate, vitamine C, calcium, magnésium, potassium, fer et zinc. Les chercheurs attribuent ces améliorations à une plus grande dépendance à l’égard d’aliments d’origine végétale, naturellement riches en micronutriments. Ces données suggèrent que, pour une même quantité de calories consommées, le régime alimentaire planétaire fournit un spectre plus large de nutriments essentiels.
L’étude met toutefois en garde contre un phénomène qu’elle décrit comme un « piège énergétique ». Certains systèmes de notation utilisés pour mesurer l’adhésion à un régime alimentaire récompensent une consommation globale plus faible. Or, lorsque les apports quotidiens absolus en nutriments sont évalués sans ajustement en fonction de l’énergie, certains nutriments peuvent sembler insuffisants, simplement parce que l’apport calorique total diminue. Les auteurs ont appliqué sept méthodes de notation différentes et ont constaté que les résultats variaient considérablement en fonction du cadre utilisé. Ils soulignent ainsi que les conclusions tirées sur la durabilité des régimes alimentaires peuvent être fortement influencées par les choix méthodologiques.
L’analyse des biomarqueurs sanguins a révélé des résultats contrastés. Pour le folate, les mesures de l’apport alimentaire et les biomarqueurs étaient concordants : une plus grande adhésion au régime était associée à un risque significativement plus faible de carence en folate, un élément particulièrement important pour les femmes en âge de procréer, qui ont besoin d’environ 400 microgrammes de folate par jour (contre une recommandation générale d’environ 330 microgrammes pour les adultes).
La vitamine D a présenté un schéma plus complexe. L’apport déclaré en vitamine D diminuait avec un niveau d’adhésion plus élevé, reflétant une consommation réduite d’aliments d’origine animale. Cependant, les biomarqueurs plasmatiques racontaient une histoire différente. Chez les femmes, il n’y avait pas d’augmentation significative du risque de carence en vitamine D. Chez les hommes, le risque de carence était même plus faible lorsque le niveau d’adhésion au régime était plus élevé dans certains modèles de notation. Les chercheurs notent que les politiques suédoises d’enrichissement des produits laitiers contribuent probablement à atténuer les éventuels déficits, soulignant l’importance du contexte national.
En ce qui concerne le sélénium et le zinc, la plupart des méthodes de notation n’ont montré aucune différence significative en termes de risque de carence entre les groupes à forte et faible adhésion. Ces résultats suggèrent que, dans ce contexte, une consommation réduite de produits d’origine animale ne s’est pas traduite par des carences généralisées en micronutriments lorsque les régimes alimentaires étaient par ailleurs équilibrés.
L’étude a également mis en évidence des différences spécifiques au sexe. Les femmes avaient tendance à consommer moins de calories que les hommes (environ 2 031 kilocalories par jour contre 2 635 pour les hommes), ce qui influence leur apport total en micronutriments. Chez les femmes, une plus grande adhésion au régime était associée à un risque légèrement accru d’anémie, principalement en raison d’une consommation réduite de fer héminique d’origine animale, plus facilement absorbé par l’organisme que le fer non héminique présent dans les végétaux. Cette découverte ne remet pas en question les bénéfices nutritionnels globaux du régime, mais souligne la nécessité d’une surveillance ciblée, en particulier pour les femmes en âge de procréer.
Les hommes, quant à eux, n’ont présenté aucun signal d’anémie comparable et, dans certains modèles, ont même démontré un risque de carence en vitamine D plus faible avec une plus grande adhésion au régime. Ces différences spécifiques au sexe renforcent l’importance d’adapter les recommandations alimentaires aux caractéristiques démographiques plutôt que d’appliquer des hypothèses uniformes à l’ensemble de la population.
Les conclusions de cette étude s’inscrivent dans un contexte plus large de préoccupations croissantes concernant la santé et les politiques alimentaires. L’Organisation mondiale de la santé reconnaît de plus en plus l’importance de l’alimentation dans la prévention des maladies chroniques et la résilience des systèmes de santé. L’agence a récemment publié des directives encourageant les gouvernements à renforcer les politiques alimentaires scolaires et a approuvé les thérapies basées sur le GLP-1 dans le cadre de stratégies globales de gestion de l’obésité.
Parallèlement, des recherches mettent en évidence les implications systémiques de la santé métabolique. Une vaste étude internationale a révélé que l’obésité augmente considérablement le risque d’hospitalisation et de décès dû à un large éventail de maladies infectieuses, positionnant ainsi l’excès de poids comme un facteur de risque majeur pour la santé publique. Ces données renforcent la pertinence des modèles alimentaires préventifs qui abordent à la fois les dimensions métaboliques et nutritionnelles.
Des mesures fiscales et réglementaires sont également à l’étude. Des chercheurs de l’Institut de recherche sur l’impact climatique de Potsdam ont conclu que la suppression des taux réduits de TVA sur la viande dans l’Union européenne pourrait réduire les émissions de gaz à effet de serre liées à l’alimentation d’environ 5 % par an, considérant le changement alimentaire comme une intervention à la fois de santé publique et environnementale. L’expansion pharmaceutique des thérapies GLP-1 reflète également la demande croissante d’approches cliniques de gestion métabolique.
Dans ce contexte, les données suédoises suggèrent que le régime alimentaire planétaire peut soutenir un statut adéquat en micronutriments dans les pays à revenu élevé caractérisés par une consommation de viande importante. Bien que le risque d’anémie observé chez les femmes mérite une attention particulière, le profil global de densité nutritionnelle et les résultats des biomarqueurs indiquent que le régime alimentaire ne compromet pas intrinsèquement l’apport en micronutriments lorsque l’apport énergétique et les pratiques locales d’enrichissement sont pris en compte.
Les chercheurs soulignent que les résultats sont spécifiques au contexte et façonnés par les systèmes alimentaires, les politiques d’enrichissement et les habitudes alimentaires de base. Ils concluent que les cadres alimentaires durables doivent être évalués avec une méthodologie transparente et une sensibilité démographique.