Publié le 18 février 2024 07:00:00. Une exposition prolongée à la pollution atmosphérique, même à des niveaux relativement faibles, pourrait augmenter significativement le risque de développer la maladie d’Alzheimer, selon une vaste étude américaine. Les personnes ayant déjà subi un accident vasculaire cérébral semblent particulièrement vulnérables.
- L’étude a analysé les données de plus de 27 millions de personnes âgées de 65 ans et plus entre 2000 et 2018.
- Elle démontre un lien direct entre la pollution de l’air et le développement de la maladie d’Alzheimer, indépendamment d’autres facteurs de risque cardiovasculaires.
- Les particules fines (PM2,5), issues notamment des émissions des véhicules et de l’industrie, sont pointées du doigt.
Une nouvelle étude publiée dans PLOS Medicine apporte des éléments préoccupants sur l’impact de la pollution atmosphérique sur la santé cérébrale. Les chercheurs de l’Université Emory, aux États-Unis, ont mis en évidence une corrélation significative entre l’exposition aux particules fines et le risque de développer la maladie d’Alzheimer.
L’étude, menée sur une cohorte impressionnante de plus de 27 millions de personnes âgées de 65 ans ou plus entre 2000 et 2018, a révélé qu’environ trois millions de participants ont développé la maladie d’Alzheimer au cours de la période étudiée. L’équipe a croisé ces données avec les niveaux de pollution atmosphérique par les particules fines (PM2,5) auxquels étaient exposés les participants en fonction de leur lieu de résidence.
Les particules fines (PM2,5) sont particulièrement dangereuses car elles sont suffisamment petites pour pénétrer profondément dans les poumons et passer dans la circulation sanguine. Leurs sources sont multiples : émissions des véhicules, centrales électriques, activités industrielles, incendies de forêt, et même la combustion de bois ou de combustibles fossiles pour le chauffage domestique.
Contrairement à certaines hypothèses antérieures, les résultats de cette étude suggèrent que la pollution de l’air affecte le cerveau directement, et non pas uniquement par le biais d’autres maladies chroniques comme l’hypertension, les accidents vasculaires cérébraux ou la dépression. Ces maladies, bien qu’elles soient également des facteurs de risque pour la maladie d’Alzheimer, ne semblent pas être les seuls intermédiaires entre la pollution et la démence.
L’étude a toutefois mis en évidence une vulnérabilité accrue chez les personnes ayant déjà subi un accident vasculaire cérébral. Les auteurs de l’étude soulignent :
« Nos résultats suggèrent que les personnes ayant des antécédents d’accident vasculaire cérébral pourraient être particulièrement vulnérables aux effets nocifs de la pollution de l’air sur la santé cérébrale, mettant en évidence une intersection importante entre les facteurs de risque environnementaux et vasculaires. »
Auteurs de l’étude
Il est important de noter que l’exposition à long terme aux particules fines est également associée à un risque accru de maladies cardiovasculaires, d’hypertension et de troubles de santé mentale.
Les chercheurs reconnaissent certaines limites à leur étude. Les niveaux de pollution atmosphérique ont été estimés par code postal, et non par adresse individuelle, ce qui peut introduire une certaine imprécision. De plus, seules les concentrations de polluants en extérieur ont été prises en compte, sans tenir compte des sources de pollution intérieures telles que la cuisson ou le chauffage.
Mark Dallas, de l’Université de Reading, qui n’a pas participé à l’étude, tempère ces limites :
« Comme la recherche s’appuie sur des estimations générales de la pollution et des dossiers médicaux, il existe des limites importantes, mais les résultats concordent avec les preuves croissantes selon lesquelles la pollution atmosphérique est un facteur de risque modifiable de démence. »
Mark Dallas, Université de Reading
Il ajoute que l’étude renforce l’idée que la qualité de l’air que nous respirons pendant de nombreuses années peut avoir un impact significatif sur le vieillissement de notre cerveau.
Lutter contre la pollution atmosphérique
De nombreux pays se sont engagés à réduire les niveaux de pollution atmosphérique, mais la plupart risquent de ne pas atteindre les objectifs fixés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) d’ici 2030. Les recommandations de l’OMS en matière de qualité de l’air sont définies par ses nouvelles directives sur la qualité de l’air (AQG) de 2021.
La feuille de route de l’OMS pour 2025, approuvée par l’Assemblée mondiale de la santé, vise à réduire de 50 % la mortalité due à la pollution atmosphérique, en particulier celle causée par les particules fines, d’ici 2040 par rapport aux niveaux de 2015.
Sheona Scales, directrice de recherche à Alzheimer’s Research UK, souligne l’importance de ces efforts :
« Les implications de cette étude américaine sont mondiales. La pollution de l’air est un défi que nous devons relever ensemble. Fixer des objectifs de qualité de l’air plus stricts et fondés sur la santé et réduire l’exposition contribuerait à protéger notre cerveau ainsi que nos poumons et pourrait réduire le risque global de démence. »
Sheona Scales, Alzheimer’s Research UK
La maladie d’Alzheimer, un problème de santé publique mondial
Selon l’Organisation mondiale de la santé, plus de 55 millions de personnes souffrent de démence dans le monde, la maladie d’Alzheimer étant responsable d’une proportion importante des cas, allant jusqu’à 70 %. En Europe, on comptait environ 12,1 millions de personnes atteintes de démence en 2025, les femmes étant plus touchées que les hommes (environ 66 % des cas).
En raison du vieillissement de la population mondiale, le nombre de cas de démence devrait continuer à augmenter dans les années à venir.