L’insuffisance cardiaque (IC), un fléau qui touche des dizaines de millions de personnes dans le monde, pourrait voir son traitement évoluer grâce au vericiguat. Les récents résultats des études Victor et Victoria, analysés par le Dr Marisa Crespo, ouvrent de nouvelles perspectives, particulièrement dans la réduction de la mortalité cardiovasculaire pour certains patients.
L’insuffisance cardiaque est une condition chronique et progressive où le cœur peine à assurer sa fonction de pompe, entraînant des conséquences graves. La forme la plus courante, l’IC à fraction d’éjection réduite (HFrEF), concerne près de la moitié des cas. Face à cette pathologie dévastatrice, où le pronostic reste sombre avec plus de 50% de décès dans les cinq ans suivant le diagnostic, la recherche de nouvelles options thérapeutiques est primordiale.
L’étude Victor, menée sur plus de 6 000 patients atteints d’ICFrEF considérés comme « stables » (ambulatoires, sous traitement optimal, sans hospitalisation récente pour IC), a évalué l’impact du vericiguat par rapport à un placebo. Bien que le critère d’évaluation principal – une combinaison de mortalité cardiovasculaire et d’hospitalisations pour IC – n’ait pas été significativement atteint, le vericiguat a démontré une réduction notable de la mortalité cardiovasculaire et de la mortalité toutes causes confondues. Ces résultats, couplés à ceux de l’étude Victoria qui portait sur une population plus sévère, confortent l’efficacité du vericiguat dans un spectre large de gravité de l’ICFrEF.
« Une analyse combinée des 2 essais importants avec le vericiguat, Victor et Victoria (précédent, avec une population plus grave) montre des réductions à la fois de la mortalité CV et des hospitalisations pour IC »
Le profil de sécurité du vericiguat s’est révélé satisfaisant. Si une légère augmentation de l’hypotension symptomatique a été observée dans le groupe traité (11,3 % contre 9,2 %), aucun événement indésirable grave différentiel n’a été rapporté entre les groupes.
Le Dr Crespo souligne l’importance clinique de la réduction de la mortalité cardiovasculaire observée, un bénéfice constant dans tous les sous-groupes de patients, y compris ceux recevant déjà les traitements de pointe comme les ARNI ou les inhibiteurs du SGLT2. Elle ajoute :
« Le bénéfice en matière de mortalité est – évidemment – cliniquement significatif puisque les décès d’origine CV et les décès quelle qu’en soit la cause sont un résultat « difficile » (critère final) et moins sujet aux variations régionales ou aux pratiques individuelles. »
L’absence de réduction significative des hospitalisations pour insuffisance cardiaque dans l’étude Victor, potentiellement due à l’utilisation généralisée de traitements combinés et au profil de risque relativement bas des participants, n’entame pas la pertinence du bénéfice en termes de survie. Le Dr Crespo précise :
« Ces résultats doivent être interprétés avec prudence et des recherches supplémentaires sont nécessaires pour clarifier le mécanisme et la sélection optimale des patients. »
Ces données suggèrent que le vericiguat pourrait être envisagé comme un traitement d’appoint pour les patients atteints d’ICFrEF qui, malgré un traitement standard optimal, demeurent à risque de décès cardiovasculaire, notamment ceux avec un taux de NT-proBNP inférieur ou égal à 6 000 pg/mL. Son incorporation pourrait se faire après optimisation des thérapies actuelles (ARNI/IEC, bêta-bloquants, antagonistes des récepteurs minéralocorticoïdes, inhibiteurs du SGLT2), en particulier chez les patients ayant eu un épisode récent d’aggravation de leur état ou présentant des symptômes persistants.
La posologie initiale recommandée de 2,5 mg une fois par jour, pouvant être augmentée jusqu’à 10 mg, sans nécessité de surveillance biologique particulière, constitue un avantage pratique. La tolérance du vericiguat renforce son attrait clinique.
En Espagne comme ailleurs, le vericiguat ouvre la voie à une prise en charge plus personnalisée de l’ICFrEF, visant à réduire durablement la mortalité, un objectif majeur dans la lutte contre cette pathologie complexe. Comme le résume le Dr Crespo :
« En résumé, la réduction de la mortalité cardiovasculaire avec le vericiguat représente une avancée significative, mais son rôle doit être considéré comme complémentaire et individualisé dans le cadre du traitement global de l’ICFrEF. »
Une méta-analyse récente suggère même que l’ajout du vericiguat à un schéma thérapeutique complet pourrait se traduire par un gain de survie d’environ 0,7 an pour un patient âgé de 70 ans, bien que ces conclusions soient exploratoires.
« L’essai Victor soutient une utilisation plus large et individualisée du vericiguat dans le traitement de l’ICFrEF, en mettant l’accent sur la réduction de la mortalité. »