Publié le 19 février 2026 06:35:00. Plus de 100 000 Ukrainiens ont trouvé refuge en Belgique depuis le début de la guerre, mais le système d’accueil est confronté à des défis croissants alors que la situation en Ukraine reste instable et que les aides européennes évoluent.
- La Belgique a accueilli 101 536 personnes bénéficiant d’une protection temporaire depuis mars 2022.
- Le nombre de demandes de protection temporaire a diminué en 2025, avec un taux de rejet en hausse.
- La fin prochaine des subventions flamandes pour les abris d’urgence inquiète quant à l’avenir de l’hébergement des réfugiés.
Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, la Belgique continue d’accueillir des personnes fuyant le conflit. Le mécanisme de « protection temporaire », activé par l’Union européenne dix jours après l’invasion russe, a permis aux Ukrainiens d’obtenir un droit de séjour immédiat ainsi qu’un accès aux services essentiels tels que le logement, l’aide sociale, les soins de santé, l’emploi et l’éducation. Initialement prévue pour un an, cette mesure a été prolongée jusqu’au 4 mars 2027.
Selon les données du Département de l’immigration (DVZ), 101 536 personnes ont bénéficié de cette protection temporaire entre mars 2022 et janvier 2026, la majorité étant de nationalité ukrainienne, mais incluant également des étrangers ayant vécu en Ukraine. L’afflux de réfugiés a été particulièrement important en 2022, avec 63 356 personnes accueillies, dont 26 507 rien qu’en mars. Les chiffres ont ensuite diminué, à 15 626 en 2023 et 13 277 en 2024, puis 8 756 en 2025.
L’année 2025 a également été marquée par un changement démographique notable parmi les demandeurs de protection. La proportion de femmes (52 %) et d’hommes (48 %) était plus équilibrée qu’auparavant, et les tranches d’âge les plus représentées étaient les 18-34 ans (41 %) et les 35-64 ans (32 %). En 2022, les flux avaient été dominés par les enfants et les personnes âgées vulnérables.
Cependant, des signaux d’alerte sont apparus fin 2025. Des organisations humanitaires telles que Caritas International, Orbit, Ukraine Voices et Vluchtelingenwerk Vlaanderen ont exprimé leur inquiétude quant à une diminution de la protection offerte aux réfugiés ukrainiens, alors que les combats se poursuivent en Ukraine. Le taux de rejet des demandes a triplé, passant de 3 % en 2022 à près d’un tiers à la fin de l’année dernière.
Paulien Blondeel, porte-parole du DVZ, explique cette évolution par plusieurs facteurs. Une décision européenne prise en juin 2025 a notamment stipulé que les personnes ayant déjà bénéficié d’une protection temporaire dans un autre État membre pouvaient se voir refuser l’accès à la protection en Belgique. Des règles plus strictes ont été mises en place en juillet.
« Nous constatons également davantage de personnes qui ne remplissent pas les conditions pour bénéficier d’une protection temporaire, principalement parce qu’elles ne sont pas restées en Ukraine avant le déclenchement du conflit en février 2022. Nous voyons également de plus en plus de personnes postuler après avoir déjà reçu une décision négative. »
Paulien Blondeel, porte-parole du DVZ
Si tous les bénéficiaires de la protection temporaire ne résident pas encore en Belgique, 22 594 personnes ont quitté le registre national depuis mars 2022, que ce soit pour retourner en Ukraine (5 841 personnes), ou pour d’autres destinations comme la Pologne (254), les États-Unis (245) ou le Canada (217). Il est probable que le nombre réel de départs soit plus élevé, car toutes les personnes ne déclarent pas leur départ aux autorités locales.
L’avenir reste incertain pour ceux qui restent. Bien que la protection temporaire soit garantie jusqu’en mars 2027, la structure d’accueil flamande sera progressivement démantelée. Fedasil indique que 12 % des 8 756 Ukrainiens enregistrés en 2025 avaient besoin d’une aide au logement, et ont été orientés vers les villes et communes. Cependant, le gouvernement flamand cessera de subventionner les abris d’urgence locaux à partir du 31 mars 2026, laissant aux communes la responsabilité de financer ces structures ou de faciliter l’accès des réfugiés au marché locatif privé, une tâche souvent complexe.
Le village d’urgence de Gand constitue une exception en Flandre, et restera ouvert jusqu’en mars 2027, en parallèle avec la protection européenne. Ce site peut accueillir jusqu’à 600 personnes dans ses 200 unités résidentielles.