Home Divertissement The Disappearing Act by Maria Stepanova review – a poetic exploration of Russian guilt | Fiction

The Disappearing Act by Maria Stepanova review – a poetic exploration of Russian guilt | Fiction

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Une romancière russe, M., se retrouve bloquée dans une ville isolée, peuplée uniquement par un cirque itinérant, alors qu’elle se rendait à un festival littéraire. Son errance devient une méditation poignante sur l’identité, la culpabilité et la possibilité de se réinventer face à l’histoire.

L’idylle lacustre de M., une romancière de 50 ans, est brutalement interrompue par une série d’événements imprévus qui la laissent échouée dans une bourgade silencieuse. Seul un cirque ambulant, installé à la périphérie, rompt le calme ambiant. Loin de son domicile, elle s’installe dans un hôtel, ignore les sollicitations de son téléphone et se laisse dériver, les pensées vagabondant entre les livres lus, les films visionnés et les musées visités.

Ces souvenirs, parfois ancrés dans le conte, parfois d’une réalité saisissante, la ramènent notamment à son enfance et à sa jeunesse passées dans un pays aujourd’hui disparu, ne subsistant que sur de vieilles cartes et dans les livres d’histoire. Un pays qu’elle décrit comme une « bête » en guerre contre son voisin. Une allégorie qui, sans nécessiter de référence à la biographie de Maria Stepanova, évoque son exil de Russie après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022.

La question de savoir dans quelle mesure The Disappearing Act reflète le vécu de son autrice se pose naturellement. Pourtant, M. n’est pas là pour disserter sur l’autofiction, mais pour explorer des questions plus profondes. Comment était-ce de vivre à l’intérieur de la « bête » ? Elle se remémore avoir mené toute sa vie en faisant « rien, ou seulement ce qui lui venait naturellement, et en voulant croire qu’elle s’en était tirée ». Se demande-t-elle si elle a eu tort de profiter de sa vie là-bas ? Elle comprend que « la joie était précisément ce que la bête cherchait à anéantir… et qu’il était important de la maintenir vivante pour la défier », mais ce constat apporte peu de réconfort face à la réalité de ses anciens compatriotes qui tuent aujourd’hui « avec des missiles, avec le feu venu du ciel, à mains nues ».

Dans un geste presque mécanique, elle force une bouchée de pain, comme pour se convaincre qu’elle a encore faim, qu’elle existe encore. Sa relation avec l’héritage de son ancienne patrie – et notamment sa langue – est inévitablement compromise. L’histoire d’un linguiste à qui l’on coupe la langue avant qu’il ne puisse l’utiliser résonne comme un écho de son propre sort. Mais le style laconique du roman, teinté de poésie, habilement retranscrit par la traductrice Sasha Dugdale, témoigne de sa capacité à continuer à raconter.

Fidèle au titre de l’œuvre, la présence de M. s’estompe progressivement, à partir du moment où elle prend conscience d’être « coupée, un membre superflu ». En observant de jeunes amoureux, « elle avait l’impression que ces choses ne la concernaient plus ; l’économie de la sélection et de l’échange érotiques n’avait aucun rapport avec son existence actuelle ». Lorsqu’on lui sert du pain dans un café, elle le laisse sur l’assiette avant de finalement se forcer à le manger, comme pour se prouver qu’elle a faim et qu’elle est donc toujours là. Ces transformations peuvent être déconcertantes, mais lorsque « son intériorité… s’apaise graduellement, devenant douce, enfantine », cela apporte un sentiment de liberté et de possibilité. Une partie d’elle aspire à revivre le rêve où « elle était dans un train en direction de la datcha, les années s’effaçant au fur et à mesure de son voyage », jusqu’à redevenir une petite fille.

Sa mère lui avait parlé d’un panneau indiquant « Il n’y a pas de sortie » : M. réfléchit à sa propre stratégie d’évacuation. Peut-elle trouver « une nouvelle façon de sortir d’une situation désespérée » ? Sans plan précis, elle se rend au cirque et propose son aide pour un numéro de magie. Il s’agit de s’allonger dans un sarcophage, les genoux ramenés à la poitrine, une expérience qu’elle trouve « ennuyeuse et douloureuse », mais pas difficile. Le directeur du cirque lui demande si elle est juive, et M., se débarrassant avec plaisir de son identité de « romancière russe », répond oui.

Le monde l’a étiquetée comme une écrivaine, mais elle aspire à être perçue pour ce qu’elle est vraiment – quoi que cela puisse être – et le cirque lui offre cette opportunité. Elle abandonne la plupart de ses possessions et part rejoindre la troupe. Elle traversera la ville déserte ; elle recommencera au début. N’est-ce pas trop tard ?

« Il y avait tellement de culpabilité autour de M., et en elle, qu’il était difficile de respirer » – un sentiment que beaucoup de Russes opposés à la guerre en Ukraine ont connu au cours des quatre dernières années. Des auteurs comme Mikhaïl Chichkine ont évoqué la culpabilité collective dans leurs essais ; un « motif assez courant », comme le dit M. en se remémorant une autre histoire. Quel que soit le chemin que son escapade lui réserve, elle est la preuve qu’il faut une romancière dotée d’une imagination poétique pour saisir la nature de la « bête ». The Disappearing Act de Maria Stepanova, traduit par Sasha Dugdale, est publié aux éditions Fitzcarraldo (12,99 £).

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