Publié le 2025-10-31 11:14:00. Le yen japonais connaît une dépréciation marquée sur les marchés des changes, atteignant des niveaux préoccupants face au dollar américain. Plusieurs facteurs économiques et politiques, tant intérieurs qu’internationaux, contribuent à cette tendance, suscitant des réactions prudentes de la part des autorités japonaises et des observateurs.
- La Banque du Japon maintient sa politique de taux d’intérêt bas, alimentant la faiblesse du yen.
- Les attentes de baisses de taux aux États-Unis et en Europe se dissipent, renforçant d’autres devises majeures.
- Les déclarations du Trésor américain suggèrent une surveillance accrue des fluctuations du yen.
La parité dollar-yen a récemment franchi le seuil symbolique des 155 yens pour un dollar, un niveau qui n’avait pas été atteint depuis huit mois. Cette envolée fait suite à la récente réunion de la Banque du Japon, qui, bien que s’attendant à un statu quo des taux d’intérêt, a révélé une division interne plus marquée avec deux membres votant pour une hausse. L’absence de communication claire du gouverneur Kazuo Ueda quant à une future hausse a temporairement fait chuter les prévisions du marché à moins de 40 % pour décembre.
Cette dépréciation du yen n’est cependant pas uniquement attribuable à la politique monétaire japonaise. La semaine passée a vu une diminution des anticipations de baisse des taux dans d’autres grandes économies, rendant le yen moins attractif. Aux États-Unis, le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, a déclaré qu’une baisse des taux en décembre n’était pas une décision par défaut. La Banque Centrale Européenne (BCE) a quant à elle maintenu ses taux pour la troisième réunion consécutive, marquant la fin d’une période de baisse entamée il y a un an. En Australie, l’indice des prix à la consommation (IPC) a atteint son plus haut niveau en deux ans, réduisant les chances d’une baisse de taux en décembre. Au Canada, malgré une récente réduction, la banque centrale a laissé entendre que la phase de baisse des taux pourrait prendre fin.
Ces évolutions ont entraîné une dépréciation du yen face à la plupart des grandes devises, atteignant de nouveaux plus bas historiques par rapport à l’euro, au dollar australien et au dollar canadien. La pression vendeuse sur le yen était déjà palpable avant même la réunion de la Banque du Japon, le franc suisse atteignant également un nouveau plus bas en septembre.
Dans ce contexte, le marché tokyoïte a réagi avec prudence le 31 octobre, voyant le dollar redescendre autour de 153 yens. L’intervention verbale du ministre des Finances, Satsuki Katayama, exprimant une « nervosité » face à la dépréciation « plutôt unilatérale » du yen, a contribué à freiner la hausse du dollar. Ces remarques font écho à des déclarations récentes du secrétaire américain au Trésor, George Bessent, lors de sa visite au Japon. Celui-ci a souligné l’importance d’une politique monétaire saine pour la stabilité des attentes d’inflation et la prévention de fluctuations excessives des taux de change. Le département du Trésor américain a d’ailleurs réitéré dans un communiqué que « l’élaboration et la communication d’une politique monétaire saine jouent un rôle important dans le maintien des attentes d’inflation stables et dans la prévention des fluctuations excessives des taux de change ».
Sur les marchés, certains analystes interprètent ces signaux comme une forme de pression américaine pour que la Banque du Japon normalise sa politique et corrige la dépréciation du yen. L’idée d’un « plafond raisonnable » autour de 155 yens pour un dollar émerge, suggérant que les futures attaques à la hausse pourraient être freinées par une attente accrue d’une réaction de la Banque du Japon.
Shinji Kitamura Editeur : Hitoshi Ishida
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