Des applications de suivi des agents de l’ICE retirées des plateformes de téléchargement, soulevant des questions sur la liberté d’expression et la surveillance. Apple et Google ont supprimé des applications permettant aux utilisateurs de signaler la présence d’agents de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) aux États-Unis, suite à des pressions gouvernementales et à des préoccupations sécuritaires soulevées par les géants de la technologie.
La polémique a éclaté lorsque Apple a retiré de l’App Store l’application ICEBlock, accusée par les autorités d’entraver le travail des agents de l’ICE. Le ministère américain de la Justice, par l’intermédiaire de la procureure générale Pam Bondi, aurait directement demandé à Apple cette suppression. Google a suivi le mouvement vendredi dernier, retirant une application similaire du Play Store, évoquant le risque d’attaques violentes contre les employés de l’ICE, qualifiés de « groupe vulnérable » par l’entreprise.
ICEBlock, lancée en avril 2025 par le développeur Joshua Aaron, était particulièrement populaire. Elle proposait aux utilisateurs de signaler la localisation, la tenue vestimentaire ou le numéro de plaque des agents de l’ICE sur une carte interactive, alertant ainsi les personnes à proximité via des notifications push. Ces informations étaient automatiquement supprimées après quatre heures. Selon son créateur, l’application ne collectait aucune donnée personnelle et n’a jamais été disponible sur Android en raison de contraintes techniques liées au stockage des données pour les notifications. Le développeur a affirmé qu’ICEBlock, qui revendiquait plus d’un million d’utilisateurs et était disponible en 14 langues, n’avait jamais été utilisé pour nuire aux fonctionnaires, comparant son fonctionnement à celui de fonctions de signalement de trafic proposées par Google Maps.
La décision des plateformes soulève des inquiétudes quant à la liberté d’expression. Le développeur d’ICEBlock a qualifié la suppression sous pression gouvernementale de « dangereux précédent », arguant que l’application s’appuyait sur des informations publiques et respectait le droit à la liberté d’expression et la Constitution américaine. Beaucoup y ont vu un acte de solidarité avec les migrants, dans un contexte de nombreuses arrestations et perquisitions jugées violentes ces derniers mois.
Les utilisateurs ayant déjà installé ICEBlock peuvent continuer à l’utiliser, mais ne peuvent plus la télécharger depuis l’App Store. Des alternatives, comme une version web, ont été envisagées, mais se heurtent aux limites techniques, notamment pour les notifications push, une fonctionnalité complexe à implémenter sur les plateformes web et particulièrement restreinte sur iPhone.
Cette affaire met en lumière l’imbrication entre technologie, activisme et contrôle étatique. Tandis qu’Apple et Google mettent en avant la sécurité et le respect de leurs directives, les organisations de défense des droits civiques dénoncent une atteinte à la liberté d’expression. Des réseaux locaux et des lignes d’assistance téléphonique, comme celle existante dans l’Illinois pour signaler les activités illégales de l’ICE, ainsi que des outils d’information fournis par l’American Civil Liberties Union (ACLU) aux migrants, sont désormais proposés comme alternatives pour informer les citoyens de leurs droits face aux agissements potentiels des agents de l’ICE.