Le risque de formation de caillots sanguins, qu’ils soient artériels ou veineux, est une préoccupation majeure de santé publique. Tandis que les causes et les conséquences divergent, des avancées récentes en Suède éclairent une composante génétique significative dans la thrombose veineuse, offrant de nouvelles perspectives de prévention et de traitement.
Les caillots sanguins, ces amas de sang coagulé qui peuvent obstruer nos vaisseaux, ne se forment pas de la même manière ni ne résultent des mêmes facteurs. Si l’on pense souvent aux artères et aux risques d’AVC ou d’infarctus, les thromboses veineuses, moins médiatisées, constituent une cause de décès parmi les plus fréquentes au monde, comme le souligne Bengt Zöller, spécialiste en médecine générale et professeur à l’Université de Lund.
En Suède, la situation est particulièrement étudiée. Plus de 10 000 personnes sont touchées chaque année par une thromboembolie veineuse, un chiffre qui tend à augmenter. Le vieillissement de la population est un facteur clé, dix pour cent des octogénaires étant concernés à un moment donné. Le surpoids et la grande taille figurent également parmi les facteurs de risque prédisposant à la stagnation du sang dans les veines, notamment dans les jambes où la gravité joue un rôle prépondérant. La sédentarité aggrave ce phénomène, car les muscles sont essentiels au bon retour veineux. De plus, les valvules veineuses, garantes du sens unique du flux sanguin, peuvent s’altérer, favorisant ainsi la formation de caillots.
Contrairement aux artères, où l’athérosclérose, favorisée par l’hypertension, le cholestérol élevé et le tabagisme, peut entraîner la rupture de plaques et la formation de caillots, le système veineux, à basse pression, est moins sujet à ces phénomènes. Néanmoins, le surpoids reste un coupable majeur dans les thromboses veineuses, impactant négativement la circulation et diminuant l’activité physique, tout en affectant certains facteurs de coagulation.
Concernant l’alimentation, des recherches préliminaires suggèrent que les aliments ultra-transformés pourraient légèrement augmenter le risque, tandis que les régimes riches en végétaux le réduiraient. Une observation intéressante concerne les pêcheurs commerciaux, présentant un risque plus faible, potentiellement lié à leur consommation accrue d’oméga-3.
Certaines situations augmentent considérablement le risque de thrombose veineuse. Les longues périodes d’immobilité, comme lors de voyages en avion ou d’une alitement prolongé, ralentissent le flux sanguin. La chirurgie ou une inflammation endommageant la paroi des vaisseaux peuvent également rendre le sang plus enclin à coaguler. La grossesse est une période particulièrement critique, avec une augmentation des facteurs de coagulation et une diminution de certaines protéines protectrices.
Au-delà de ces facteurs environnementaux et physiologiques, la génétique joue un rôle non négligeable. En Suède, une mutation héréditaire du gène du facteur V, connue sous le nom de facteur V Leiden, entraîne une résistance à la protéine C activée et concerne environ 10 % de la population. Si cette mutation a pu constituer un avantage évolutif en limitant les saignements, elle devient un facteur de risque dans nos sociétés modernes et sédentaires.
Des recherches menées par une équipe de l’Université de Lund, s’appuyant sur les données de l’étude « Malmö Kost Cancer » portant sur 30 000 habitants, ont récemment identifié trois nouvelles variantes génétiques – relatives aux gènes ABO, F8 et VWF – qui, individuellement, augmentent le risque de caillots veineux de 10 à 30 %. La combinaison de ces variantes peut s’avérer particulièrement dangereuse : un individu porteur de cinq de ces variantes présente un risque de thrombose veineuse multiplié par 180 %. Contrairement au facteur V Leiden, qui touche principalement les populations indo-européennes, ces nouvelles mutations se retrouvent dans diverses populations mondiales, à des fréquences allant de 5 à 50 %.
Ces découvertes ouvrent la voie à une meilleure personnalisation des traitements, notamment pour déterminer la durée des anticoagulants après un épisode thrombotique, en évaluant le nombre de ces variantes génétiques à risque. « Je pense qu’il deviendra de plus en plus important d’adapter le traitement en fonction de l’évaluation des risques », conclut Bengt Zöller.
Pour prévenir la formation de caillots sanguins :
- Bougez : Évitez de rester assis trop longtemps, levez-vous et marchez lors de longs trajets.
- Portez des bas de contention : Utiles pour favoriser la circulation lors de station debout ou assise prolongée.
- Traitement anticoagulant : Peut être administré en prévention dans des situations à haut risque (chirurgie, cancer, etc.).
- Pilules contraceptives et THS : À éviter en cas d’antécédents familiaux importants ou personnels de caillots, surtout si elles contiennent des œstrogènes.
- Adoptez un mode de vie sain : Arrêtez de fumer, privilégiez une alimentation équilibrée, maintenez un poids santé et faites de l’exercice régulièrement.
- Vaccination : Les infections peuvent activer le système de coagulation, une vaccination adéquate peut donc être bénéfique.