Dans un monde où la médecine moderne pousse les praticiens à une vigilance constante face au risque, une coach certifiée propose une méthode pour réorienter le regard des médecins vers le positif, une démarche jugée essentielle pour combattre l’épuisement professionnel et retrouver le sens de leur vocation.
Mary Remón, conseillère et coach agréée, met en lumière dans une récente intervention un article intitulé « Un changement de mentalité pour les médecins : recyclez votre cerveau pour voir ce qui va bien. » Son approche cible une tendance intrinsèque à la formation médicale : la recherche systématique des problèmes potentiels. Si cette habileté est cruciale pour la sécurité des patients, elle peut, selon Mme Remón, déborder dans la vie quotidienne des praticiens, alimentant stress et burn-out.
Elle explique que les médecins sont formés à identifier ce qui pourrait mal tourner, une compétence vitale mais qui, lorsqu’elle devient une habitude non régulée, peut générer un état d’esprit négatif constant. « Les médecins sont formés, et c’est une bonne chose, à voir ce qui ne va pas et ce qui pourrait mal tourner, et c’est vraiment important pour la sécurité », reconnaît Mary Remón. Cependant, elle observe que certains d’entre eux peinent à désactiver ce mode alerte une fois hors du contexte clinique, impactant leur vie personnelle.
Pour contrer cette tendance, Mary Remón préconise l’adoption de pratiques intentionnelles, notamment des exercices de réflexion quotidiens. Elle suggère de se poser des questions clés en fin de journée pour « recycler son cerveau » et focaliser son attention sur les aspects positifs. Les questions qu’elle propose sont : « Qu’est-ce qui s’est bien passé aujourd’hui ? », « Quand est-ce que je me suis senti le plus moi-même ? » et « Que puis-je reporter à demain ? » Ces interrogations, bien que simples, visent à renforcer de nouvelles voies neuronales, celles liées au positif.
Les réponses à ces questions, même si elles semblent modestes – un remerciement d’un patient, un moment de fluidité au bloc opératoire, ou la simple conscience de faire une différence – ont un impact tangible. « Cela aide en fait à renforcer les voies neuronales », précise Mary Remón. « Si nous recherchons constamment ce qui peut mal tourner, nous pouvons rester coincés dans cette zone, et nous devons en fait renforcer le chemin neuronal de ce qui va bien et de ce qui peut bien se passer. » Ce réalignement mental, soutenu par des recherches scientifiques, peut améliorer la créativité, la résolution de problèmes et, de manière cruciale, la précision diagnostique des médecins.
L’une des anecdotes partagées par Mary Remón concerne un hospitalier qui, après chaque journée passée à aider autrui, ne retenait que ce qu’il aurait pu faire différemment. En adoptant les questions réflexives, il a pu atténuer cette rumination mentale. « Il a commencé à se poser des questions de réflexion chaque soir. Cela demande beaucoup de pratique, car il s’agit vraiment de recycler votre état d’esprit pour rechercher ce qui va bien. Mais cela a fait une grande différence pour lui », rapporte-t-elle.
Au-delà de la sphère professionnelle, les bienfaits de ce changement de perspective se répercutent dans la vie privée. Les médecins ayant adopté ces pratiques rapportent souvent une amélioration de leurs relations, une diminution du stress familial et un sentiment accru de bonheur. « Les gens me disent que leur mariage se passe mieux, qu’ils se sentent plus heureux à la maison, qu’ils sont moins susceptibles de craquer ou de ramener chez eux leurs attitudes négatives », témoigne la coach.
Face à d’éventuels scepticismes, notamment la crainte d’une « positivité toxique », Mary Remón insiste sur le fondement scientifique de sa démarche. Elle reconnaît que cette approche n’est pas une panacée et ne remplace pas la nécessité d’adresser les facteurs systémiques contribuant à l’épuisement professionnel, tels que le manque de personnel, la surcharge de travail liée aux dossiers médicaux électroniques (DME) ou les pressions liées aux indicateurs de performance (RVU). « Il est vrai que le fardeau ne devrait pas incomber au médecin de prévenir et de gérer son propre épuisement professionnel, mais pour l’instant, c’est ce que nous avons », déplore-t-elle, tout en soulignant que ces exercices de mentalité ne sont qu’une partie d’une solution plus vaste.
Pour ceux qui éprouvent des difficultés persistantes, elle recommande de ne pas hésiter à explorer d’autres ressources, incluant la thérapie, le coaching, le traitement médical, voire une pause sabbatique. « Si cela ne suffit pas, certaines personnes ont absolument besoin de suivre une thérapie, un coaching ou un traitement ou de prendre un peu de temps libre et de faire une pause », affirme-t-elle.
En conclusion, Mary Remón encourage les médecins à intégrer à leur quotidien des moments de reconnaissance de ce qui fonctionne bien. « Remarquez ce qui va bien. Ces réflexions quotidiennes peuvent vous aider à changer votre état d’esprit et à renouer avec votre objectif », conclut-elle. Elle rappelle que la manière dont nous pensons façonne profondément notre réalité et espère que ces pratiques, bien que ne remplaçant pas les changements systémiques nécessaires, offriront aux praticiens un outil précieux pour naviguer dans les défis de leur profession.