Publié le 2025-11-05 13:11:00. La psychologue et experte en crises Barbara Juen a éclairé, lors d’une conférence à Dornbirn, les mécanismes de résilience face aux épreuves et les stratégies pour retrouver un ancrage. Organisé par l’ÖGB Vorarlberg, l’événement a attiré plus de 60 personnes désireuses de comprendre comment traverser les difficultés.
« Les crises font partie intégrante de nos vies, mais elles ne sont pas nécessairement synonymes de destruction », a affirmé Barbara Juen, psychologue en chef de la Croix-Rouge et professeure à l’Université d’Innsbruck. Face à des bouleversements tels que la maladie, la perte d’emploi ou des événements imprévus, la façon dont nous gérons le stress et le soutien dont nous disposons sont déterminants.
L’oratrice a souligné que les crises, bien que déstabilisantes, représentent également des opportunités de développement. « La croissance après une crise est possible, à condition de retrouver un sentiment de sécurité, des liens sociaux et un sens à notre existence », a-t-elle expliqué. Ce qui importe, c’est de pouvoir apprendre, évoluer et même ressortir renforcé de ces expériences.
Les premiers secours psychologiques : un soutien essentiel
En situation de crise aiguë, Barbara Juen a mis en avant le principe des « premiers secours psychologiques » développé par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Cette approche se résume par les gestes « regarder, écouter, connecter ». Il s’agit d’observer les réactions, d’écouter avec attention, d’offrir une aide concrète et d’accompagner les personnes pour qu’elles retrouvent leur capacité d’agir. Des éléments apparemment simples comme le maintien de routines quotidiennes, le retour à des lieux familiers, des conversations bienveillantes ou de petits rituels peuvent s’avérer cruciaux pour retrouver calme et repères. « Parfois, il suffit simplement de ne pas être seul », a-t-elle précisé.
Développer sa résilience, un processus actif
Loin d’être une qualité innée, la résilience, c’est-à-dire la capacité à surmonter les crises, peut être cultivée. Barbara Juen a présenté le modèle « Je suis – j’ai – je peux » pour illustrer ce développement :
- Je suis : il s’agit des forces intérieures comme l’humour, l’optimisme, l’estime de soi ou la capacité à réguler ses émotions.
- J’ai : ce sont les ressources externes telles que le soutien des amis, de la famille, une sécurité financière ou un emploi stable.
- Je peux : ce sont les compétences concrètes pour résoudre des problèmes ou demander de l’aide.
« Plus une personne est solide dans ces trois domaines, plus il lui sera facile de traverser les crises », a affirmé Juen. Elle a également insisté sur la dimension collective de la résilience : « Nous avons besoin de réseaux sociaux solides, de quartiers fonctionnels et de solidarité. C’est ensemble que nous pourrons faire face aux crises. »
Apprendre de la souffrance
Les crises nous confrontent à notre vulnérabilité et peuvent ébranler notre vision du monde. Elles nous apprennent que, malgré les épreuves, nous avons la capacité de grandir. « Je suis beaucoup plus vulnérable que je ne le pensais, mais aussi beaucoup plus fort que je ne pourrais jamais l’imaginer », a résumé Juen, décrivant ce processus de transformation qui peut mener à la sagesse : accepter l’incertitude, cultiver la compassion et trouver du sens face à l’inévitable.
La quête de sens, un pilier fondamental
S’appuyant sur les travaux du psychothérapeute Viktor Frankl, Barbara Juen a rappelé que le sens est une force vitale centrale, trouvable de trois manières :
- En faisant : par la création ou l’aide apportée à autrui.
- Par l’expérience : en appréciant consciemment la beauté, les rencontres et la joie.
- Par l’attitude : en maintenant une posture digne face à la souffrance.
« Nous ne pouvons pas toujours changer notre situation, mais nous pouvons changer notre manière de la gérer », a conclu Juen. Elle a réaffirmé que si les crises sont inévitables, personne ne devrait les affronter seul. « Il s’agit de connecter les gens, de renforcer les ressources et de trouver du sens », a-t-elle résumé.
La conférence a mis en lumière l’interconnexion entre santé mentale, sécurité sociale et cohésion. La résilience ne consiste pas à tout surmonter en solitaire, mais bien à construire collectivement des stratégies pour traverser les moments difficiles.