Publié le 13/10/2025 09:00:00. Une étude récente met en lumière les parcours de soins des jeunes femmes survivant à un cancer du sein. Bien que l’observance des mammographies soit élevée, des lacunes persistent dans d’autres aspects de la prévention et des soins primaires, soulignant un besoin de meilleure coordination médicale.
Une cohorte de plus de 1 300 jeunes femmes diagnostiquées d’un cancer du sein avant 40 ans a été suivie pendant sept ans pour évaluer leur accès aux soins de santé à long terme et leur adhésion aux recommandations médicales. Les conclusions, publiées dans la revue JCO Oncology Practice, indiquent des disparités notables dans la prise en charge post-traitement.
Principaux constats de l’étude :
- 92 % des survivantes disposent d’un fournisseur de soins primaires, mais plus de la moitié (57 %) continuent de dépendre exclusivement de spécialistes en oncologie pour leur suivi lié au cancer.
- 82 % des femmes ayant encore du tissu mammaire ont eu une mammographie dans l’année écoulée, mais les examens préventifs comme les dépistages de la grippe, les frottis cervicaux ou les bilans lipidiques sont moins fréquents.
- Les femmes atteintes de maladies de stade précoce (0 ou I) sont plus susceptibles de consulter uniquement leur médecin généraliste.
L’étude s’est appuyée sur les données de la « Young Women’s Breast Cancer Study », une cohorte prospective multicentrique menée entre 2006 et 2016 aux États-Unis et au Canada. Sur les 1 302 femmes initialement incluses, 660, âgées en moyenne de 37 ans au moment du diagnostic, ont fait l’objet de l’analyse du suivi à sept ans. La majorité d’entre elles souffraient d’une maladie de stade I (37 %) ou II (42 %), et près des trois quarts avaient reçu une chimiothérapie, tandis que près des deux tiers avaient bénéficié d’une radiothérapie.
Après un examen initial, les participantes étaient recontactées tous les six mois pendant les trois premières années, puis annuellement. Sept ans après le diagnostic, bien que la majorité dispose d’un médecin traitant, une part significative (57 %) privilégie toujours les spécialistes oncologiques pour leur suivi. Seuls 12 % ont entièrement basculé vers une prise en charge par leur médecin généraliste, et environ 29 % combinent les deux approches.
Concernant les examens de dépistage, 82 % des femmes ayant conservé du tissu mammaire ont déclaré avoir effectué une mammographie au cours de l’année précédente. Les bilans de densité osseuse, recommandés pour les patientes sous traitement endocrinien, étaient moins systématiques, avec seulement 42 % ayant réalisé ce contrôle durant les deux années précédentes. De même, les mesures de santé préventive courantes, telles que la vaccination contre la grippe, les tests Pap, les examens gynécologiques ou le dépistage du cholestérol, s’avèrent sous-optimales.
L’analyse multivariée a permis d’identifier des facteurs influençant ces modèles de suivi. Les patientes atteintes de cancers de stade 0 ou I étaient plus enclines à consulter uniquement leur médecin traitant (rapport de cotes [OR] = 2,74, intervalle de confiance à 95 % [IC] = 1,10-6,80). Inversement, celles recevant un traitement endocrinien (OR = 0,31, IC à 95 % = 0,16-0,58) ou exprimant une peur accrue de la récidive (OR = 0,23, IC à 95 % = 0,12-0,47) avaient tendance à associer consultations oncologiques et généralistes.
L’observance de la mammographie était plus élevée chez les patientes atteintes de la maladie HER2-positive. En revanche, les porteuses de mutations BRCA et celles ayant subi une mastectomie unilatérale montraient une moindre adhésion. Par ailleurs, les examens de densité osseuse étaient plus fréquents chez les femmes ayant eu recours à la chimiothérapie et chez celles porteuses de mutations BRCA.
Les auteurs de l’étude soulignent que cette hétérogénéité dans les parcours de soins des jeunes survivantes du cancer du sein met en évidence la nécessité d’une meilleure coordination entre les équipes d’oncologie et les médecins généralistes. Des interventions ciblées sont également requises pour lever les freins au niveau des patientes, tels que la peur de la récidive.
« Les futures recherches visant à identifier les obstacles et les facilitateurs spécifiques à la prestation et à la réception de soins de suivi conformes aux directives, au niveau du patient, du prestataire et du système, pourraient éclairer des stratégies à plusieurs niveaux pour optimiser les soins aux survivants dans cette population », concluent les auteurs.
L’auteure correspondante de l’article publié dans JCO Oncology Practice est Shakirah N. Espace, MD, de Weill Cornell Medicine, à New York.
Pour connaître l’intégralité des informations sur les auteurs de l’étude, veuillez consulter ascopubs.org.