Home Santé En 2020, l’Australie a lancé un robot à 6 000 mètres de profondeur et a découvert un animal de 15 mètres que la science ne parvient pas à identifier.

En 2020, l’Australie a lancé un robot à 6 000 mètres de profondeur et a découvert un animal de 15 mètres que la science ne parvient pas à identifier.

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Publié le 2024-02-29 18:32:00. Une exploration sous-marine au large de l’Australie a révélé un siphonophore géant, une créature coloniale gélatineuse estimée à 45 mètres de long, soulevant des questions sur les limites de la vie dans les abysses océaniques.

  • Un siphonophore géant, potentiellement l’un des plus longs animaux connus, a été observé dans les canyons de Ningaloo.
  • L’expédition a documenté une diversité insoupçonnée de vie dans les profondeurs, avec une trentaine d’espèces potentiellement nouvelles.
  • La découverte souligne l’importance de mieux comprendre les écosystèmes marins profonds avant toute exploitation.

Les profondeurs marines australiennes continuent de livrer leurs secrets. Lors d’une récente exploration des canyons de Ningaloo, au large de la côte ouest de l’Australie, un robot sous-marin a capturé des images stupéfiantes : un long filament lumineux se déployant dans l’obscurité. Il s’agissait d’un siphonophore géant, une colonie de créatures apparentées, estimée à environ 45 mètres de long, ce qui en ferait l’un des plus grands organismes vivants jamais observés.

La découverte a été réalisée à des centaines de mètres de profondeur, dans un système de canyons plongeant jusqu’à près de 6 000 mètres, une zone jusqu’alors très peu explorée. Des plongées ultérieures avec le véhicule télécommandé (ROV) SubBastian ont permis d’observer d’autres colonies similaires, certaines atteignant 10 à 15 mètres de long. Ces observations relancent le débat sur les limites de la vie dans les profondeurs océaniques.

Une biodiversité insoupçonnée

L’expédition, menée par une équipe du Western Australian Museum et d’autres institutions scientifiques, a utilisé le ROV SubBastian, embarqué à bord du navire de recherche Falkor, pour explorer les canyons de Cape Range et de Cloates. En un mois, plus de 20 plongées ont été effectuées, atteignant des profondeurs allant jusqu’à 4 500 mètres. Les scientifiques ont documenté une trentaine d’espèces potentiellement nouvelles, en plus du siphonophore de la famille Apolémie.

La responsable scientifique de l’expédition, Nerida Wilson, a exprimé sa surprise face à la richesse de la vie observée :

« Nous pensions que ces zones seraient diverses, mais ce que nous avons vu nous a totalement impressionnés. »

Nerida Wilson, responsable scientifique de l’expédition

Une déclaration significative de la part d’une experte de la faune abyssale, forte de nombreuses heures de vidéos d’exploration.

Siphonophore : une colonie, pas un individu

Il est important de préciser que ce « géant » n’est pas un seul animal au sens strict du terme. Les siphonophores sont des colonies flottantes composées de milliers d’unités individuelles, appelées zooïdes, qui sont des clones les uns des autres. Chaque zooïde a une fonction spécifique, comme la nage, la capture de proies grâce à des cellules urticantes, ou la reproduction. Ensemble, ils forment une structure qui ressemble à un organisme unique, mais qui fonctionne plutôt comme une ville flottante miniature, où chaque « habitant » contribue au fonctionnement de l’ensemble.

Selon l’ Institut de recherche sur l’aquarium de la baie de Monterey, environ 175 espèces de siphonophores ont été décrites à ce jour, certaines pouvant dépasser les 40 mètres de long, bien qu’elles soient souvent aussi fines qu’un manche à balai. Ces créatures sont des prédateurs redoutables, capables de déployer de véritables rideaux de tentacules pour capturer le zooplancton, les petits poissons et les crustacés.

Les profondeurs de l’Australie | Vidéo : Schmidt Ocean

La physique au service de la vie profonde

Comment un organisme aussi long peut-il rester intact dans un environnement aussi extrême sans se rompre ? La réponse réside dans les propriétés physiques des profondeurs océaniques. La flottabilité réduit considérablement l’effet de la gravité sur ces structures. Composé presque entièrement d’eau, le siphonophore a une densité proche de celle de son environnement, ce qui lui évite d’avoir besoin d’un squelette rigide ou de dépenser beaucoup d’énergie pour se maintenir. Il suit les courants et étend ses filaments pour maximiser sa surface de capture dans un milieu où la nourriture est rare.

En d’autres termes, l’océan agit comme un support invisible, permettant à ces colonies de s’étendre à des dimensions impossibles sur terre. Il s’agit d’une adaptation extrême à un écosystème à faible apport énergétique, où chaque proie est précieuse.

L’exploration des abysses s’accélère

Il y a quelques décennies à peine, descendre en dessous de 1 000 mètres était un exploit. Aujourd’hui, des véhicules télécommandés explorent régulièrement la zone abyssale. Des systèmes comme le Deep Discoverer ROV de l’agence américaine NOAA Ocean Exploration sont capables d’opérer jusqu’à 6 000 mètres de profondeur, équipés de caméras haute définition et de bras robotiques pour prélever des échantillons délicats sans les endommager.

Cependant, la technologie ne signifie pas connaissance exhaustive. Les dernières données du Projet Fonds marins 2030 indiquent que seulement 27,3 % du fond océanique mondial a été cartographié avec une haute résolution. Et en matière d’observation directe par caméra, la proportion est encore plus faible. Une étude récente publiée dans Science Advances estime que seulement environ 0,001 % des fonds marins profonds ont été observés visuellement en 70 ans de plongée, une superficie équivalente à celle de l’État de Rhode Island. Autrement dit, 99,999 % du monde abyssal reste encore inconnu.

Chaque plongée robotique apporte non seulement de nouvelles images, mais peut aussi révéler des habitats, des comportements ou des espèces jusqu’alors inconnus.

Enjeux climatiques et conservation

Ces découvertes, bien que fascinantes, ont des implications importantes. Les océans profonds occupent environ les deux tiers de la surface de la planète et jouent un rôle crucial dans la régulation du climat, en stockant la chaleur et le carbone depuis des siècles. De nombreux organismes qui y vivent, comme les siphonophores et autres prédateurs gélatineux, participent aux « pompes biologiques » qui transportent le carbone de la surface vers les profondeurs.

Parallèlement, l’intérêt pour l’exploitation des ressources des fonds marins, des minéraux critiques aux nouvelles molécules médicamenteuses, ne cesse de croître. Les experts mettent en garde contre le risque d’une exploitation minière en profondeur sans une compréhension adéquate de ces écosystèmes, ce qui pourrait causer des dommages irréversibles à la plus grande réserve de biodiversité de la planète, alors que nous avons plus que jamais besoin de l’océan pour atténuer les effets du changement climatique.

Chaque nouvelle exploration pose donc un dilemme : nous avons besoin de plus de données pour gérer et protéger ces habitats, mais plus nous en apprenons, plus il devient clair qu’une intervention imprudente, qu’il s’agisse d’exploitation minière, de pêche en profondeur ou de déversements, pourrait perturber des processus que nous commençons à peine à comprendre. Le défi est de trouver un équilibre entre la nécessité de la connaissance et l’urgence climatique.

Un rappel de l’inconnu

L’image du siphonophore géant en spirale est devenue un symbole de cet océan encore largement inexploré. Cette « créature collective » de plusieurs dizaines de mètres de long, vivant dans l’obscurité totale, nous rappelle que la planète continue de nous réserver des surprises biologiques bien au-delà de la surface, pendant que nous nous préoccupons de nos préoccupations quotidiennes.

En fin de compte, le message est simple : si nous avons découvert des colonies rivalisant en taille avec une baleine bleue en quelques plongées, les profondeurs océaniques abritent probablement encore des formes de vie et des relations écologiques que nous ne pouvons même pas imaginer. Avant de décider de l’avenir de ces abysses, il est essentiel de savoir ce qu’elles contiennent.

Le communiqué officiel concernant la découverte du siphonophore géant dans les canyons de Ningaloo a été publié par l’ Institut océanique Schmidt.

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