Pyongyang célèbre cette semaine le 80e anniversaire du Parti des travailleurs de Corée du Nord, un événement marqué par la présence de dignitaires internationaux et l’occasion de revenir sur la dynastie des Kim, qui dirige le pays d’une main de fer depuis sa fondation en 1946. Huit décennies de pouvoir ininterrompu pour Kim Il-sung, Kim Jong-il et Kim Jong-un, rythmées par une propagande d’État incessante et un culte de la personnalité démesuré, dont témoignent les clichés officiels.
La Corée du Nord a accueilli des figures politiques de premier plan pour commémorer les huit décennies du Parti des travailleurs. Parmi eux figuraient notamment le Premier ministre chinois Li Qiang et le secrétaire général du Parti communiste vietnamien, Tô Lâm. Cette célébration met en lumière la puissance du parti unique nord-coréen, dont l’histoire se confond avec celle de la dynastie des Kim. Depuis 1946, Kim Il-sung, son fils Kim Jong-il, puis son petit-fils Kim Jong-un, se sont succédé à la tête du pays, consolidant un pouvoir absolu et développant au fil des générations un culte de la personnalité sans égal, alimenté par une propagande d’État omniprésente.
Les archives de l’Agence de presse coréenne (KCNA) et d’Associated Press regorgent d’images illustrant cette stratégie de communication savamment orchestrée. Dès les premières années du régime, Kim Il-sung, fondateur de la nation, est présenté comme un leader proche du peuple. En 1946, il pose pelle en main aux côtés de paysans, incarnant le travailleur idéal. Plus tard, en 1980, le sourire aux lèvres, il apparaît dans un Pyongyang en pleine effervescence. Les images de cette époque mettent en scène le « premier dictateur de la famille Kim » dans diverses poses, toujours valorisantes, parfois en compagnie de son successeur, Kim Jong-il, comme en témoigne une photo devant le mont Paekdu en 1992.
La mise en scène du duo père-fils est une constante. Des clichés, souvent dépourvus de date précise, les montrent parcourant le pays à cheval, dans des scènes d’une apparente naturalité. Le culte de la personnalité de Kim Il-sung atteint son paroxysme avec des spectacles de masse, où il est dépeint en figure quasi divine, tel un « dieu des moissons ». À sa mort en 1994, les médias d’État diffusent des images poignantes de citoyens – soldats, entre autres – en proie à une profonde douleur, soulignant l’impact émotionnel de la perte du « Grand Dirigeant ». Même après son décès, sa statue monumentale sur la colline de Mansudae, à Pyongyang, continue de symboliser la voie à suivre pour le peuple.
Le règne de Kim Jong-il s’ouvre ainsi dans une continuité de mise en scène. Héritier désigné, il se plaît à apparaître dans des contextes variés, qu’il s’agisse d’un coup d’œil depuis son petit avion ou de grandes parades militaires, sport national par excellence en Corée du Nord. Une peinture le dépeint dans un style rappelant Napoléon, tandis que sa présence s’immisce partout, des murs des bibliothèques aux événements officiels. Pour ses 60 ans en 2002, une parade monumentale est organisée, avec le portrait de son père en toile de fond, perpétuant ainsi le lien dynastique.
Tout ce qui touche à la famille Kim est magnifié. La maison d’enfance de Kim Il-sung est transformée en parc d’attractions, où des enfants et des soldats se côtoient. Les grands-messes du Parti des travailleurs se déroulent dans des lieux dédiés, comme la Maison de la Culture. Kim Jong-il excelle dans l’art de poser, silhouette reconnaissable avec son anorak rétro et ses lunettes de soleil, invariablement entouré de généraux dévoués. Ces derniers sont également présents lors de scènes plus « bucoliques », comme leur pose conjointe en 2003 dans un champ de blé. La composition des photographies est systématique : Kim Jong-il est toujours au centre de l’attention. Des rencontres « chaleureuses » avec d’autres dirigeants régionaux, tel Vladimir Poutine en 2002, font également partie de l’arsenal propagandiste.
La mort de Kim Jong-il en 2011 suscite à nouveau des scènes de deuil national retransmises par la télévision d’État. Ses funérailles donnent lieu à des images singulières, notamment un portrait géant sur une berline noire. Les dépouilles de Kim Il-sung et Kim Jong-il reposent dans un mausolée imposant, où des écoliers viennent s’incliner. L’année 2011 marque également l’avènement de Kim Jong-un, « Kim III », désireux d’affirmer son autorité. À l’instar de son père et de son grand-père, il multiplie les apparitions officielles, entouré de généraux attentifs. Les tests de missiles, l’une de ses grandes passions, sont inmortalises, tout comme ses visites dans des parcs aquatiques ou des bergeries, où son sourire semble toujours aussi naturel. La propagande met également en avant sa polyvalence, le montrant au volant d’un sous-marin en 2014. Ses visites dans des usines, en 2016, ou encore dans une usine de céréales en 2015, visent à projeter une image de leader connecté à son peuple, où les employés semblent ravis de sa présence sous les regards des caméras.