Publié le 7 novembre 2025. Une nouvelle étude met en lumière les facteurs les plus fréquemment associés à l’hypothermie accidentelle, notamment l’abus d’alcool et l’âge avancé, tout en soulignant l’impact significatif de la sévérité de l’atteinte et des circonstances d’exposition sur le pronostic des patients.
- L’abus d’alcool et l’âge supérieur à 65 ans se révèlent être les facteurs les plus courants accompagnant l’hypothermie accidentelle.
- L’exposition à l’intérieur et le recours aux secours durant la journée sont associés à une diminution du taux de survie à 30 jours.
- La sévérité de l’hypothermie est directement corrélée à une baisse des chances de survie, tandis que la submersion et les traumatismes sont des facteurs de risque indépendants de décès.
Dans la prise en charge des cas d’hypothermie accidentelle, deux facteurs concomitants ressortent comme particulièrement fréquents : la consommation excessive d’alcool et le statut de senior, c’est-à-dire un âge égal ou supérieur à 65 ans. Ces observations concordent avec des études antérieures, notamment une recherche danoise menée entre 1996 et 2016, qui avait déjà mis en évidence le lien entre l’hypothermie accidentelle et les diagnostics liés à l’alcool. La vieillesse y était également associée à une incidence et une mortalité accrues. Une autre étude japonaise, publiée en 2021, signalait que si l’intoxication alcoolique n’était pas toujours le facteur prédominant (4,8 % des cas), l’âge avancé (> 65 ans) l’était dans 81 % des cas, avec une incidence significative de mauvais pronostic au-delà de 75 ans. Des résultats similaires ont été rapportés dans des études suédoises et polonaises, où la consommation d’alcool était un facteur associé à des incidences respectives de 34 % et 68 %.
Curieusement, l’étude actuelle révèle que le traumatisme n’était un facteur concomitant que dans 5 % des cas, un chiffre inférieur aux prévisions initiales. Les chercheurs suggèrent que cette sous-estimation pourrait provenir d’erreurs humaines lors de l’enregistrement des données des patients à leur admission, notamment si le code de diagnostic lié à l’hypothermie est négligé lors de la prise en charge de blessés graves. Parallèlement, l’ivresse au moment de l’incident semble paradoxalement avoir un effet bénéfique sur la survie. Des données issues d’une étude japonaise de 2021 corroborent cette observation, avec 55 patients sur 57 survivant malgré une intoxication alcoolique expliquant l’hypothermie. Une autre étude japonaise, parue en 2020, indiquait que l’intoxication était la cause probable d’hypothermie accidentelle dans 14 % des cas, et 96 % de ces patients avaient survécu, bien que les types d’intoxication n’aient pas été spécifiés.
Dans la cohorte étudiée, les survivants ayant consommé de l’alcool étaient plus jeunes (75 % avaient moins de 65 ans) et souffraient majoritairement d’hypothermie légère ou modérée (71 %). La majorité de ces rescapés ont été exposés à des conditions extérieures (70 %).
Les circonstances de l’exposition à l’hypothermie sont également déterminantes. L’étude révèle que 59 % des patients ont été exposés en extérieur, contre 20 % en intérieur. Ces résultats font écho à une étude française menée auprès de 81 patients hospitalisés en soins intensifs, qui a montré une mortalité nettement plus élevée en cas d’hypothermie d’origine intérieure (44 %) comparativement à une exposition extérieure (6 %). Une recherche japonaise de 2020, portant sur 537 patients, a confirmé cette tendance : l’exposition intérieure était la plus fréquente (78 %) et entraînait une mortalité hospitalière supérieure (28,2 % contre 10,9 %). Les chercheurs attribuent ces moins bons résultats en milieu intérieur à un âge plus avancé et à la présence de maladies chroniques (hypothermie secondaire), un phénomène susceptible de s’accentuer avec le vieillissement de la population.
La submersion s’avère être l’une des causes les plus dramatiques d’hypothermie, avec un taux de mortalité de 52 % dans cette étude, s’établissant comme un facteur de risque indépendant. Bien que ce taux de survie de 48 % soit relativement élevé comparé à d’autres publications incluant des victimes de submersion, des études antérieures montrent des disparités. Une étude norvégienne de 2014 a rapporté une survie de 31,6 % après submersion chez des patients hypothermiques traités par assistance respiratoire extracorporelle, tandis qu’une étude néerlandaise de 2010 chiffrait la survie à 55,2 %. Néanmoins, la submersion demeure une étiologie de l’hypothermie associée à un pronostic défavorable, bien que potentiellement meilleur qu’une arrêt cardiaque en hypothermie sans témoin.
Un élément frappant concerne l’heure de l’intervention des services d’urgence médicale (EMS). Les patients secourus durant la journée présentaient une mortalité à 30 jours significativement plus élevée (18 %) que ceux secourus la nuit (3 %). Les auteurs avancent que les activités diurnes augmentent le risque d’exposition au froid : pêche blanche, ski hors-piste, ou autres activités de plein air. Les données appuient cette hypothèse, la submersion et 75 % des cas d’exposition extérieure chez les non-survivants ayant été enregistrés durant la journée. De plus, les non-survivants secourus de jour étaient plus jeunes et présentaient moins de maladies associées, mais plus souvent un traumatisme. Inversement, l’hypothermie primaire, survenant lors d’expositions extérieures évidentes, est plus facilement détectée durant la journée. Les cas d’hypothermie secondaire, souvent liés à des intoxications, survenant la nuit pourraient ne pas être découverts avant le lendemain matin. L’étude relève que 83 % des non-survivants secourus de jour présentaient une ivresse comme facteur concomitant, renforçant cette idée.
La mesure précise de la température corporelle est cruciale pour évaluer la gravité de l’hypothermie et constitue un indicateur pronostique majeur. Cependant, l’étude souligne une lacune dans la disponibilité et l’utilisation de thermomètres à basse lecture dans les services d’urgence finlandais, puisque la température initiale n’a pu être mesurée que chez 86 % des patients sur les lieux. Une enquête suédoise de 2017 avait déjà identifié un problème similaire, moins de la moitié des unités préhospitalières étant équipées de tels dispositifs. Le Conseil européen de réanimation (ERC) a d’ailleurs rappelé cette nécessité dans ses directives de 2021. Dans les données analysées, une corrélation claire existe entre la profondeur de l’hypothermie et la survie : la mortalité passait de 5 % en cas d’hypothermie légère, à 11 % pour une forme modérée, et grimpait à 27 % pour les cas sévères. Les températures enregistrées à l’hôpital étaient légèrement supérieures à celles relevées sur les lieux de l’incident, possiblement grâce aux mesures de réchauffement actif durant le transport, ou simplement à des imprécisions de mesure de la température centrale en contexte préhospitalier.
Le pronostic des arrêts cardiaques (AC) survenant chez des patients hypothermiques est généralement meilleur que chez les patients normothermiques. Les revues systématiques indiquent des taux de survie plus élevés pour les AC avec témoin (73 %) comparativement à ceux sans témoin (27 %). Dans l’étude actuelle, le taux de survie à 30 jours pour tous les patients atteints d’AC hypothermique était de 47 %. L’asystolie était le rythme initial le plus fréquent en cas d’AC (53 %), avec un taux de survie de 20 %, tandis que l’activité électrique sans pouls (PEA) était la plus rare mais associée au meilleur taux de survie (63 %). Ces chiffres sont cohérents avec les données relatives aux AC hypothermiques sans témoin. Concernant les AC observés, la fibrillation ventriculaire (FV) était le rythme initial le plus courant, avec un taux de survie de 84 % ; l’étude actuelle rapportant un taux de survie de 60 % pour la FV corrobore cette tendance favorable.
Cette étude présente plusieurs limites. Sa nature rétrospective soulève la question de l’exhaustivité des cas inclus, seuls ceux portant les codes CIM-10 T68 (hypothermie) ou T75.1 (noyade) ayant pu être analysés. D’autres conditions pouvant entraîner une hypothermie n’ont pu être systématiquement identifiées. Un risque de biais de sélection et de confusion existe, les données initialement collectées à des fins cliniques. Des données ont également fait défaut pour certains paramètres (score de Glasgow, températures, délais d’intervention, arythmies, durée de réanimation), bien que leur traitement ait été standardisé. Les informations manquantes dans les dossiers de soins de courte durée, comme l’anamnèse difficile lors du triage, ou une classification insuffisante des patients traumatisés, constituent d’autres obstacles. Par ailleurs, la majorité des températures ont été mesurées tympaniquement en préhospitalier, une méthode éloignée d’une véritable mesure de température centrale. Enfin, la taille de l’échantillon, bien que raisonnable pour une pathologie rare, et la période d’étude longue (12 ans) ont pu entraîner des variations dans les pratiques de traitement, comme le transfert direct vers des centres spécialisés dans l’ECMO pour le réchauffement. Les données étant majoritairement issues d’une population caucasienne vivant dans une zone peu peuplée, leur généralisabilité peut être limitée. De plus, seul un suivi à 30 jours a été effectué, omettant l’évaluation de l’état neurologique, pourtant crucial.
La force principale de cette recherche réside dans la taille de la population étudiée et l’utilisation d’un système de données électroniques unifié dans un centre unique. Toutefois, l’étude ne permet d’établir que des associations et non des liens de causalité. Des études prospectives multicentriques, avec des ensembles de données plus complets, sont nécessaires pour surmonter ces limitations. Les recherches futures devraient également se concentrer sur l’optimisation de la prise en charge hospitalière de l’hypothermie. La large zone de desserte de l’hôpital universitaire et l’inclusion d’expositions intérieures et extérieures renforcent la pertinence des conclusions pour la généralisation.