La culture du maïs, pilier de l’agriculture irriguée de la vallée du Río Negro en Patagonie, est confrontée à un défi croissant : optimiser la fertilisation pour maintenir des rendements élevés tout en préservant la durabilité des sols. Une approche plus complète que la simple application d’azote et de phosphore s’avère désormais essentielle.
Depuis plusieurs décennies, la région a vu une mutation des cultures, avec une conversion de terres auparavant dédiées aux fruits à pépins vers des cultures plus extensives comme la luzerne ou le maïs. Les nouvelles installations d’irrigation par aspersion privilégient également le maïs au cœur de leurs rotations. Cette évolution, combinée à un potentiel de rendement élevé, fait du maïs un extracteur important de nutriments, qui ne sont pas toujours restitués au sol.
La Chacra Valles Irrigados Norpatagónico (Vinpa) d’Aapresid, un groupe de producteurs opérant dans l’est du Río Negro et le sud de la province de Buenos Aires, travaille depuis plus de dix ans sur l’optimisation des plans de fertilisation. Leurs recherches mettent en évidence l’importance d’une approche équilibrée.
L’azote reste le nutriment le plus crucial, influençant à la fois les coûts et le rendement. Cependant, son efficacité dépend de nombreux facteurs souvent négligés : les besoins spécifiques en fonction des objectifs de rendement, le moment de l’application, la disponibilité du nutriment, le risque de lessivage des nitrates ou de pertes atmosphériques. De plus, la teneur initiale du sol en azote, grâce à la minéralisation de la matière organique, est rarement prise en compte.
« L’utilisation de cultures de service de légumineuses peut remplacer jusqu’à 100 kg N.ha-1 d’engrais. » explique Alfonso Cerrotta, responsable technique de Vinpa Chakra (Aapresid). Ces cultures offrent non seulement un apport d’azote biologique grâce aux micro-organismes fixateurs, mais également d’autres services écosystémiques, souvent rentables.
L’azote libéré par la décomposition de la biomasse est libéré progressivement, s’adaptant aux besoins de la culture et réduisant les risques de pertes. Des études menées par Aapresid ont également montré que les micro-organismes fixateurs d’azote peuvent compléter efficacement la fertilisation minérale, avec un bon rapport coût-bénéfice.
Le phosphore, bien que généralement présent en quantité suffisante, pose également des problèmes de disponibilité, liés au pH du sol et à la présence de cations comme le calcium et le sodium. Les sols alcalins et calcaires peuvent nécessiter des sources acides de nutriments pour améliorer l’absorption du phosphore.
Le zinc, quant à lui, est souvent déficient dans les sols de la vallée et doit figurer dans tout plan de fertilisation. Une application précoce, d’au moins 0,5 à 1 kg par hectare, peut augmenter les rendements de plus de 1 000 kg.ha-1, selon les études de Vinpa.
À long terme, l’extraction continue de nutriments sans remplacement adéquat peut entraîner des carences en micronutriments tels que le fer, le bore, le cuivre et le manganèse, ainsi qu’en macronutriments comme le potassium et le soufre. L’application de micronutriments par voie foliaire peut constituer un complément efficace à la fertilisation de base.
En conclusion, une approche globale de la fertilisation est nécessaire, débutant par une rotation des cultures incluant des légumineuses, suivie d’un diagnostic précis par analyse du sol. Le choix des engrais doit tenir compte de leurs caractéristiques chimiques et du mode d’irrigation, et la dose et le moment d’application doivent être adaptés à chaque situation. La détection des carences en cours de culture, par analyse foliaire ou observation des symptômes, permet d’ajuster le plan de fertilisation en cours de saison ou de préparer la campagne suivante.