Publié le 8 février 2026 04:04:00. Une offensive discrète se joue à Washington contre María Corina Machado, figure de l’opposition vénézuélienne, alors que l’administration américaine évalue les avancées de la transition politique au Venezuela et les conditions d’une éventuelle aide économique.
- Des sources proches de la Maison Blanche expriment leur mécontentement face à l’insistance de María Corina Machado à obtenir un soutien bipartite pour la question vénézuélienne.
- Des personnalités de l’entourage de Donald Trump remettent en question son agenda et promeuvent des alternatives au sein de l’opposition vénézuélienne.
- La nécessité d’un soutien transpartisan au Congrès américain est soulignée pour garantir l’approbation de toute aide financière ou énergétique au Venezuela.
Une campagne de déstabilisation, menée autant à Washington qu’au sein des médias favorables à Donald Trump, vise actuellement María Corina Machado. Il ne s’agit pas d’une prise de position officielle de la Maison Blanche, mais plutôt d’une série de messages, de commentaires critiques et de fuites orchestrées. Au cœur des reproches : son approche consistant à rechercher un consensus entre Républicains et Démocrates sur la crise vénézuélienne.
Machado a multiplié les rencontres avec des membres des deux partis, y compris le président et des responsables républicains, ainsi que des législateurs démocrates. Ses détracteurs estiment que ce dialogue est non seulement inutile, mais contre-productif, alors que l’administration américaine présente la transition vénézuélienne comme une réussite. Selon des informations diffusées par des médias tels que Politico, des conseillers de la Maison Blanche ont exprimé leur frustration face à ses déclarations concernant le calendrier électoral.
« Ses commentaires sur la possibilité d’organiser des élections dans moins d’un an ne convenaient pas à certains. »
Conseiller de la Maison Blanche (source anonyme)
Un autre interlocuteur a estimé qu’une période de 24 mois serait plus réaliste et qu’il serait stratégiquement préférable de ne pas fixer de délais précis. Cependant, des sources proches de l’administration américaine, citées par ABC, nuancent cette vision. Elles affirment que Machado entretient un contact direct avec le président et les principaux décideurs concernant le Venezuela, et qu’il est clair que toute aide financière américaine significative nécessitera l’approbation du Congrès.
La majorité républicaine à la Chambre des représentants est étroite et pourrait encore se réduire après les élections de mi-mandat de novembre. Sans les voix démocrates, l’adoption de certaines mesures budgétaires ou l’approbation d’instruments financiers pourrait s’avérer impossible. La question est donc arithmétique : si la transition vénézuélienne implique une aide économique américaine ou des mécanismes liés au secteur énergétique, ces instruments doivent être validés au Capitole. Dans ce contexte, le soutien transpartisan n’est pas un simple geste symbolique, mais une nécessité législative.
Cette campagne contre Machado a été amplifiée par des figures influentes de l’univers trumpiste. Richard Grenell, l’ancien envoyé spécial de Trump qui a maintenu des contacts directs avec Nicolás Maduro et participé aux négociations pour la libération de citoyens américains, a partagé sur les réseaux sociaux l’arrivée à Caracas du présentateur Rob Schmitt et du PDG de Newsmax, Chris Ruddy, pour couvrir le plan « Make Venezuela Great Again », associé à Trump et au secrétaire d’État Marco Rubio. Ces reportages en direct de Caracas ont été présentés comme la preuve d’une percée diplomatique.
Toutefois, il est important de souligner que la liberté de la presse au Venezuela reste fortement limitée. Les organisations internationales dénoncent un accès restreint pour les journalistes étrangers, soumis à des autorisations discrétionnaires. Des journalistes ont été expulsés ou empêchés d’entrer dans le pays, et des journalistes locaux ont été arrêtés et poursuivis en justice. La présence occasionnelle de certains médias bénéficiant d’autorisations spéciales ne saurait être interprétée comme une ouverture générale du système d’information.
Des militants tels que Laura Loomer et Roger Stone ont également pris part à cette offensive. Loomer a publiquement remis en question la visibilité et l’agenda de Machado à Washington, tandis que Stone, un allié historique de Trump, a promu des personnalités alternatives au sein de l’opposition vénézuélienne, les présentant comme plus alignées sur la base conservatrice américaine, mais manquant d’influence au Venezuela. Ces positions ne constituent pas une ligne officielle, mais elles influencent le débat public.
Modèle de transition
Ce contexte s’inscrit dans le cadre du modèle de transition esquissé après la capture de Maduro le 3 janvier. Les États-Unis ont alors défini une feuille de route comprenant une normalisation diplomatique progressive, des réformes politiques et des ajustements dans le secteur énergétique. Le 2 février, une rencontre à Miraflores entre Delcy Rodríguez et le chargé d’affaires américain, Laura Dogu, a été signalée, portant sur un plan par étapes promu par Marco Rubio. Des prisonniers ont été libérés et une nouvelle loi pétrolière est en cours de discussion, qui pourrait faciliter les exportations vers les États-Unis.
Machado plaide pour une transition intégrant des garanties électorales claires et un large soutien institutionnel à Washington. Ses détracteurs estiment que cette stratégie introduit des frictions inutiles avec l’aile républicaine la plus dure. Ses partisans rétorquent que sans le soutien des Démocrates, il n’y aura pas suffisamment de budgets ou d’instruments financiers, et que confiner la politique vénézuélienne à une question partisane réduirait sa viabilité législative.
L’administration américaine maintient par ailleurs des contacts avec le gouvernement intérimaire de Caracas et évalue la portée réelle des changements en cours. Malgré certains gestes d’ouverture, la prudence reste de mise quant à la profondeur des réformes et à la consolidation du nouvel équilibre interne.