Publié le 14 février 2026 10h03. Le ministère de la Santé mexicain ajuste ses ambitions pour le Service de Santé Universel (SUS), se concentrant sur une intégration limitée des services dans certains domaines cliniques plutôt qu’une couverture complète pour tous les patients.
- Le ministère de la Santé prévoit une « intégration opérationnelle » dans « presque tous les domaines cliniques » au cours des cinq prochaines années, ciblant initialement les crises cardiaques, les soins obstétricaux et le cancer du sein.
- L’initiative repose sur un achat groupé de médicaments et une plateforme numérique, mais soulève des questions sur la standardisation des coûts et des processus entre les différentes institutions de santé.
- Des doutes persistent quant à la viabilité du projet en raison du sous-financement chronique du système de santé et de la complexité de la dissociation des soins médicaux du statut professionnel des patients.
Le projet de Service de Santé Universel (SUS), censé améliorer l’accès aux soins pour tous les Mexicains, semble déjà rencontrer des obstacles. L’équipe chargée de sa mise en œuvre a explicitement réduit ses attentes, selon un rapport du journal Le Jour daté du 1er mai 2026. L’objectif initial d’une couverture universelle est désormais remplacé par une « intégration opérationnelle » progressive, limitée à certains domaines cliniques.
Cette « intégration » se traduira par l’ajout d’interventions spécifiques, comme celles liées aux crises cardiaques, aux soins obstétricaux et au cancer du sein. La présidente Claudia Sheinbaum a souligné le 6 octobre 2025 que « bonne partie des maladies ne dépendent plus du fait que l’on soit bénéficiaire de l’Issste, de l’IMSS-B ou de l’IMSS et peuvent être soignées dans n’importe quelle institution ». Il s’agit donc d’une approche ciblée, loin des soins médicaux complets garantis par les lois régissant l’IMSS (Institut mexicain de sécurité sociale), l’Issste (Institut de sécurité et de services sociaux des travailleurs de l’État) et l’IMSS-B.
Les responsables du ministère de la Santé se réjouissent du « retour » des patients dans les établissements publics, qui ont été progressivement remplacés par des cliniques adjacentes aux pharmacies au cours des trente dernières années. Ils misent également sur l’achat groupé de médicaments, via une plateforme numérique développée en collaboration avec l’IMSS-B, qui couvre 24 États, pour négocier des prix plus avantageux et harmoniser les compensations financières entre les institutions.
Cependant, le véritable défi ne réside pas tant dans le coût des médicaments, qui devrait être réduit grâce à l’achat groupé, que dans les dépenses indirectes et le « travail » nécessaire à la standardisation des processus et des avantages sociaux entre les différentes institutions. Si cette harmonisation n’est pas réalisée, certaines institutions risquent de subir des pertes financières.
Par ailleurs, la plateforme numérique promise n’existe pas encore. Un système d’échange de fichiers interinstitutionnels et une chambre de compensation solide seraient des atouts précieux, mais ils ne sont pas encore opérationnels. Le problème sous-jacent reste le coût des tabulateurs et la volonté politique du SHCP (Secrétariat des Finances et du Crédit Public) de définir des responsabilités pour les institutions qui ne paient pas ou d’établir des règles claires pour la reconnaissance automatique des dettes.
Même avec une plateforme numérique fonctionnelle, une chambre de compensation efficace et l’implication de l’IMSS-B et de ses 24 États, le projet ne se limitera qu’à un catalogue d’interventions restreintes. Les instituts nationaux de santé, les hôpitaux hautement spécialisés, Pemex, Sedena (Secrétariat de la Défense Nationale) et Semar (Secrétariat de la Marine) sont également concernés par cette intégration, soulevant la question de la prise en charge des civils par les forces armées.
L’équipe responsable reconnaît d’ailleurs que ce projet ne sera pas réalisé à court terme. Il implique une dissociation des soins médicaux du statut professionnel des patients, ce qui nécessite un « consensus politique, financier et économique ». C’est un processus complexe et de longue haleine. En réalité, il est peu probable que le projet aboutisse à moyen ou long terme, car il ne remet pas en question les lois néolibérales de l’IMSS-97 et de l’Issste-2007, qui définissent les droits et les cotisations des assurés.
Enfin, le projet repose sur un optimisme excessif quant à l’impact des technologies de l’information sur la réalité sanitaire. Des règles claires sont nécessaires en matière d’échange de services, de coûts, de vérification des droits, des droits des patients et des mécanismes de paiement, qui relèvent de l’IMSS. Les tabulateurs du fonds de compensation pourraient être financés par les cotisations des travailleurs et des employeurs, voire par des fonds non affectés à la couverture des soins. L’IMSS, selon les responsables, avait autrefois des tarifs tellement élevés qu’il était préférable d’orienter les patients vers des établissements privés.
Ce projet, bien que technocratique dans son approche, cherche à résoudre un problème majeur du SUS, mais risque de se heurter à des obstacles en raison d’une vision descendante et d’une survalorisation de l’impact technologique, au détriment d’une connaissance approfondie des réalités du terrain.