Publié le 11 février 2024 13h48. L’écart salarial entre les femmes et les hommes persiste en Autriche, symbolisé par la « Journée de l’égalité salariale » fixée cette année au 11 février. Le gouvernement annonce de nouvelles mesures, mais des voix s’élèvent pour nuancer l’interprétation de cet indicateur et souligner la complexité des facteurs en jeu.
- Les femmes autrichiennes gagnent en moyenne 11,6 % de moins qu’un homme à temps plein sur une année.
- Le gouvernement s’engage à renforcer la transparence salariale et à améliorer l’accès à la garde d’enfants.
- Certains experts estiment que les choix de carrière et les interruptions de travail sont des facteurs déterminants dans l’écart salarial, et non uniquement la discrimination.
Selon les calculs basés sur l’écart salarial actuel de 11,6 %, les femmes ont travaillé gratuitement pendant six semaines cette année, jusqu’au 11 février, date symbolique de la « Journée de l’égalité salariale ». Cette journée vise à sensibiliser à la disparité de revenus entre les sexes et à encourager des actions pour la réduire.
Les partis politiques s’accordent sur la nécessité de combler cet écart. Tous ont renforcé leurs propositions en faveur de l’égalité salariale, allant d’une plus grande transparence des rémunérations à des solutions pour faciliter la conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle, en passant par une revalorisation des métiers traditionnellement féminins. Les partis de la coalition gouvernementale ont affirmé travailler activement sur ce dossier. Les Verts, en revanche, ont critiqué le rythme jugé trop lent des avancées.
La ministre autrichienne chargée de l’Égalité, Eva Maria Holzleitner (SPÖ), a reconnu que les progrès étaient encore insuffisants. Elle a souligné l’importance de mesures telles que l’obligation de transparence salariale. Le gouvernement s’est engagé à garantir un accès national à des solutions de garde d’enfants à temps plein et à mettre en œuvre des directives sur la transparence des salaires, en s’inspirant des initiatives de l’Union européenne.
« La Journée de l’égalité salariale a pour mission de promouvoir systématiquement l’égalité des revenus. »
Eva Maria Holzleitner, ministre autrichienne chargée de l’Égalité
Elle a qualifié la persistance d’un écart salarial élevé en Autriche de « situation intolérable ».
Cependant, cette analyse est nuancée par des experts comme Carmen Treml, de l’Agenda Autriche, un groupe de réflexion libéral. Elle estime que la discrimination n’explique qu’une « fraction » de l’écart salarial.
« Il ne sert à rien de se contenter de regarder les différences salariales, car le choix de carrière a une bien plus grande influence. »
Carmen Treml, Agenda Autriche
Elle critique l’approche qui consiste à présenter cette journée comme un « jour de lutte », soulignant que les interruptions de carrière ne sont pas prises en compte dans les statistiques.
Selon l’Agenda Autriche, les différences de salaire commencent à se manifester dès le choix de la filière d’études. Par exemple, le secteur de l’énergie, où les salaires moyens avoisinent les 5 000 euros par mois, ne compte que 30 % de femmes. De même, le secteur de la construction, également bien rémunéré, emploie seulement 10 % de femmes, dont près de 50 % travaillent à temps partiel, contre 10 % pour les hommes. À l’inverse, le secteur social et de la santé, où les femmes représentent 80 % de la main-d’œuvre, affiche un taux de travail à temps partiel de près de 62 % pour les femmes.
L’Agenda Autriche souligne néanmoins une amélioration progressive de la situation : l’écart salarial était de 22,5 % en 2004, contre 11,6 % aujourd’hui.