Un premier janvier 2026 passé dans la contemplation, entre la fatigue émotionnelle et la gratitude pour les petites choses : une jeune médecin pakistanaise partage une journée ordinaire, marquée par le deuil professionnel et la recherche d’un peu de paix intérieure.
Assise dans le calme d’une bibliothèque, l’un de ses lieux préférés, Damane Zehra, résidente en radio-oncologie au Pakistan, se laisse envahir par ses pensées. Loin des rétrospectives habituelles sur l’année écoulée, elle préfère se concentrer sur l’instant présent, sur cette journée du 1er janvier 2026 qui commence.
Elle avoue ne pas être naturellement portée vers l’optimisme. Si elle encourage la positivité chez ses patients, conseille ses amis et tente d’apaiser les tensions familiales, elle reconnaît ressentir souvent le contraire en elle-même. Son enfance, marquée par une joie rare et éphémère, l’a rendue sensible à la déception et à la tristesse. Même les réussites ne lui procurent pas le même bonheur que celles de ses pairs.
Pourtant, aujourd’hui, elle s’efforce de remarquer les petits plaisirs, de s’accorder de brefs moments de répit. Après trente-deux ans passés à juger et à suranalyser chaque aspect de sa vie, elle ressent le besoin de se détendre. Grandir dans l’incertitude l’a maintenue en état d’alerte constant, toujours à l’affût du danger ou de l’inconfort. Se relâcher, même quelques minutes, lui demande un effort conscient.
Le poids du deuil professionnel est lourd. Travailler avec des patients atteints de cancer lui a appris la perspective, mais l’année écoulée a été particulièrement éprouvante. Confrontée à un taux de mortalité élevé, elle a réalisé la relativité de ses propres problèmes face à la souffrance qu’elle côtoie. Son passage en hématologie a été particulièrement difficile, avec des adieux presque hebdomadaires. Les visages, les noms et les soupirs de ces patients restent gravés dans sa mémoire. Elle porte ce fardeau seule, faute de personnel suffisant.
Ce matin-là, elle a quitté son domicile précipitamment, perturbée par une dispute familiale. Après trente-deux ans, ces altercations continuent de l’affecter. La matinée froide et pluvieuse lui a finalement semblé un soulagement. Après une demi-heure de recherche, elle a trouvé un taxi, mais a dû payer un prix exorbitant. Marcher sous la pluie, cependant, lui est apparu comme un petit cadeau.
Un simple petit-déjeuner, composé d’une tasse de chaaye et d’un œuf à la coque (desi anda), a été savouré avec gratitude, en pensant à ceux qui ne peuvent même pas se permettre ce petit confort par mauvais temps.
Le chauffeur de taxi, un homme âgé mais toujours compétent, a conduit avec prudence et habileté. Un compliment sincère à la fin de la course lui a valu un sourire discret.
La bibliothèque, son sanctuaire, lui a offert un refuge. Chaleur, toilettes propres, espace de prière, point d’eau, petite salle de lecture, café : un lieu de calme et de tranquillité accessible à tous. Elle y a lu, relu ses notes et rassemblé ses pensées.
Pour une fois, elle n’a pas eu à absorber la douleur des autres, à écouter les reproches d’amis ou les crises de patients, à jouer le rôle de thérapeute gratuite. Elle a simplement apprécié ses biscuits, ses frites et son café préférés, en se permettant de profiter pleinement de l’instant.
En regardant la pluie tomber, elle ressent un sentiment de gratitude pour la vie. Beaucoup n’ont pas eu cette chance l’année dernière. Beaucoup ne pourront jamais ressentir la fraîcheur de la pluie sur leur visage. La vie est un miracle, et chaque jour est une nouvelle occasion de ressentir, de réfléchir, de témoigner et de créer des liens.
Elle souhaite à tous ceux qui lisent ces lignes que chaque jour de leur vie leur apporte un petit moment qui leur rappelle la beauté d’être en vie, et que malgré tout, la vie reste une source de joie.