Publié le 22 octobre 2025. La santé bucco-dentaire, souvent perçue comme une simple affaire d’esthétique, est en réalité un pilier essentiel de notre bien-être général. Les recherches récentes mettent en lumière un lien de plus en plus établi entre l’état de notre bouche et la santé de notre cerveau, notamment dans la prévention de maladies neurodégénératives comme Alzheimer.
- Une mauvaise hygiène bucco-dentaire peut avoir des répercussions systémiques, les bactéries buccales étant susceptibles de migrer vers d’autres organes, dont le cœur et le cerveau.
- La parodontite, une maladie inflammatoire chronique des gencives, augmente significativement le risque d’accidents vasculaires cérébraux et de maladies cardiaques.
- Des études suggèrent un lien entre la présence de bactéries buccales spécifiques dans le cerveau et le développement de la maladie d’Alzheimer.
Au-delà de l’apparence de dents blanches et de gencives saines, l’hygiène bucco-dentaire joue un rôle crucial dans la prévention de maladies graves. Ce qui se passe dans la bouche ne reste pas confiné à la bouche : les bactéries qui s’y développent peuvent voyager dans l’organisme et affecter le fonctionnement d’organes vitaux.
Une hygiène bucco-dentaire négligée favorise non seulement les affections courantes telles que les caries ou la gingivite, mais peut également exacerber des pathologies chroniques comme le diabète. Le risque de développer certains cancers, de souffrir de maladies cardiovasculaires, ou encore de maladies cérébrales et neurodégénératives est également accru.
Les personnes atteintes de parodontite, une inflammation chronique des gencives due à l’accumulation de plaque bactérienne, sont particulièrement vulnérables. Les données scientifiques sont éloquentes : le risque d’accident vasculaire cérébral est multiplié par 2,5 et celui de maladie cardiaque par près de 3 chez les patients souffrant de parodontite non traitée, comparativement à ceux qui bénéficient d’une bonne santé bucco-dentaire. L’inflammation chronique associée à cette affection pourrait également être un facteur contribuant au déclin cognitif, comme observé dans la maladie d’Alzheimer.
Alzheimer : une menace croissante pour la mémoire
La maladie d’Alzheimer, principale cause de démence neurodégénérative, affecte des millions de personnes dans le monde. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, plus de 57 millions de personnes vivent avec la démence, dont une majorité souffre de la maladie d’Alzheimer. En Espagne, ce chiffre s’élève à environ 800 000 personnes, avec une prévalence qui devrait doubler dans les deux prochaines décennies.
Bien que les causes exactes de la maladie d’Alzheimer ne soient pas encore totalement élucidées, les facteurs génétiques et environnementaux, incluant notre mode de vie, jouent un rôle déterminant. C’est dans ce contexte qu’un lien surprenant émerge : les soins bucco-dentaires pourraient offrir une protection contre le déclin cognitif.
Les bactéries buccales, des acteurs invisibles aux conséquences tangibles
Notre bouche abrite un écosystème complexe de près de 770 espèces de micro-organismes formant le microbiote buccal. Lorsque cet équilibre est perturbé par une mauvaise hygiène ou d’autres facteurs, les bactéries pathogènes prolifèrent, ouvrant la voie à des maladies comme la parodontite.
La gingivite, forme la plus légère, touche jusqu’à 90 % de la population et peut être résolue par une bonne hygiène. Cependant, si elle n’est pas traitée, elle peut évoluer en parodontite, une affection chronique et irréversible aux conséquences dévastatrices bien au-delà de la simple perte des dents.
Les bactéries impliquées, telles que Porphyromonas gingivalis, ainsi que les médiateurs inflammatoires libérés par le système immunitaire, peuvent circuler dans le sang et atteindre des organes éloignés, notamment le cerveau. Une fois là, elles peuvent alimenter les processus inflammatoires et contribuer au développement ou à la progression de maladies neurodégénératives, dont la maladie d’Alzheimer.
Plusieurs recherches récentes viennent étayer cette hypothèse. Des études menées sur des modèles animaux ont montré qu’une exposition prolongée aux toxines de bactéries comme Porphyromonas gingivalis entraînait une neuroinflammation, une accumulation de protéine bêta-amyloïde et des troubles de la mémoire – des signes caractéristiques de la maladie d’Alzheimer. Chez l’être humain, des découvertes encore plus frappantes ont été faites : la quantité de bactéries buccales retrouvée dans le tissu cérébral de personnes décédées atteintes de cette pathologie est jusqu’à sept fois supérieure à celle observée chez les individus n’ayant pas souffert de la maladie.
Prendre soin de sa bouche, c’est protéger son esprit
Consacrer seulement dix minutes par jour à son hygiène bucco-dentaire représente un investissement précieux pour la santé future. Chaque fois que nous négligeons ce geste simple, les bactéries prolifèrent et peuvent potentiellement se propager dans l’organisme, avec des conséquences imprévisibles.
Se brosser les dents, utiliser le fil dentaire et consulter régulièrement son dentiste ne se contentent pas de préserver un sourire éclatant. Ces pratiques contribuent également à protéger notre cœur, notre cerveau et, par extension, notre mémoire. La maladie d’Alzheimer efface les souvenirs, mais il est essentiel de ne pas oublier une chose primordiale : prendre soin de sa bouche, c’est prendre soin de son esprit.
Teresa Morera Herreras, Professeure associée au Département de pharmacologie, Université du Pays Basque / Euskal Herriko Unibertsitatea.
Ane Murueta-Goyena, Professeure adjointe au Département de neurosciences, Université du Pays Basque / Université du Pays Basque (EHU).
Unai Fernández Martín, Chercheur prédoctoral, Universidad del País Vasco / Université du Pays Basque.