Publié le 2025-10-29 12:00:00. Catherine Newman signe une suite à son roman Sandwich avec Détruire, une exploration touchante et humoristique des aléas de la vie, de la maladie et des liens familiaux à travers le personnage de Rocky.
- Le roman Détruire de Catherine Newman ramène le personnage de Rocky, mère de famille au caractère bien trempé, déjà découvert dans Sandwich.
- L’œuvre aborde avec humour et gravité des thèmes comme la fragilité de la vie, les maladies et les bouleversements familiaux.
- Le style de Newman, comparé à celui de Nora Ephron, mêle observations piquantes sur le quotidien et tendresse sincère.
Certains personnages littéraires, comme Olive Kitteridge ou Hercule Poirot, marquent durablement les lecteurs et invitent à leur réapparition. Rocky, la narratrice pétillante et quelque peu névrosée du roman Sandwich de Catherine Newman, paru en 2024, fait partie de ceux-là. Avec Détruire, son nouvel ouvrage, l’auteure offre une nouvelle occasion de suivre les péripéties de cette mère de famille, confrontée cette fois à des épreuves plus sérieuses.
Dans Sandwich, Rocky avait accueilli ses enfants adultes et leurs familles pour les fêtes de fin d’année, un moment qui avait révélé les secrets du passé et les tensions intergénérationnelles sous le vernis de la normalité. Détruire reprend l’histoire deux ans plus tard, dans le Massachusetts, et intensifie les enjeux. Si le nouveau roman peut se lire indépendamment, l’auteure suggère fortement une lecture conjointe pour une immersion complète.
La couverture de Détruire, tout comme celle de Sandwich, présente une photographie de maison américaine de style, évoquant une certaine quiétude. Pourtant, le titre du roman fait référence à l’état de Rocky après avoir été secouée par un problème de santé grave et un accident ferroviaire local qui la touche de près. L’intrigue se déclenche lorsque, insomniaque, Rocky entreprend des recherches en ligne sur une éruption cutanée inhabituelle, puis découvre un article sur un ancien camarade de classe de son fils, victime d’une collision avec un train.
Cette découverte déclenche une cascade d’événements : une odyssée médicale de plus en plus préoccupante et une enquête sur les causes de l’accident, qui pointe du doigt une société de conseil ayant recommandé des économies sur l’entretien du réseau ferré. Newman avait déjà abordé la maladie avec humour et émotion dans son premier roman, Nous voulons tous des choses impossibles, un ouvrage si poignant qu’il avait pu être pris pour un mémoire.
Le talent de Newman réside dans sa capacité à dépeindre des situations difficiles, souvent partagées, avec des images originales et percutantes. Rocky, qui travaille à domicile et écrit des articles sur le foyer et le style de vie, est une source de réflexions hilarantes sur l’absurdité du quotidien, des menus complexes des bars à jus aux frustrations de la médecine moderne. Elle exprime ses colères et ses frustrations par le biais de brouillons d’e-mails incendiaires envoyés à ses éditeurs, avant de se raviser.
La vie de Rocky, bien que parfois teintée des idéaux des sitcoms familiales du milieu du siècle, se démarque par des touches plus contemporaines. Toujours dévouée à son rôle d’épouse et de mère, préparant les repas et le café pour son mari Nick, son père de 92 ans récemment veuf et emménagé temporairement, ainsi que pour sa fille Willa, étudiante anxieuse et en quête de programmes doctoraux en neurosciences. Cependant, à la différence des figures maternelles des séries télévisées, Rocky est aussi une cliente assidue de sa dispensaire de marijuana local.
L’une des grandes forces de Catherine Newman est sa façon d’évoquer des états d’âme complexes avec une grande justesse. Lorsque le père de Rocky peine à se souvenir du nom d’un vieil ami, elle décrit sa propre sensation de recherche mentale : « Je connais exactement ce sentiment. Je peux être mentalement à quatre pattes, me débattant sous le canapé de mon esprit avec un bâton de hockey, essayant de balayer un nom dont je ne me souviens plus – et tout ce que je récupère, c’est une balle de ping-pong, une souris à l’herbe à chat et une bobine de fil. »
Si l’auteure peut parfois flirter avec le sentimentalisme, Détruire parvient avec brio à maintenir un équilibre entre humour irrévérencieux et respect sincère. Rocky, malgré sa désinvolture apparente, se décrit comme étant presque pathologiquement empathique, « une rivière inépuisable d’amour maternel ». Cette rivière semble déborder lors de promenades apaisantes en forêt avec sa famille ou de moments tendres avec sa fille et ses chats. Ces instants de grâce, où Rocky s’exclame : « ce moment, ici, avec ma magnifique fille dans le beau monde », résonneront auprès des parents lecteurs.