Publié le 24 mai 2024 10:00:00. De nouvelles recherches scientifiques remettent en question les idées reçues sur les infections urinaires, suggérant que la viande contaminée par la bactérie E. coli pourrait être une source majeure de ces affections, jusque-là principalement attribuées à une hygiène personnelle insuffisante.
Les infections des voies urinaires (IVU), qui touchent 400 millions de personnes chaque année dans le monde, sont désormais suspectées d’être davantage liées à notre alimentation qu’à nos habitudes d’hygiène. Une étude récente révèle qu’une part non négligeable de ces infections pourrait provenir de la consommation de viande contaminée par la bactérie Escherichia coli (E. coli), couramment vendue dans les supermarchés.
Si les autorités sanitaires américaines, comme les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), reconnaissent qu’E. coli est un agent pathogène capable de provoquer des IVU, l’information diffusée reste souvent générale, se concentrant davantage sur les souches responsables de troubles gastro-intestinaux. Une nouvelle publication dans la revue scientifique mBio vient éclaircir le rôle spécifique de certaines souches d’E. coli dans les infections urinaires.
Entre 2017 et 2021, une équipe de chercheurs de l’Université George Washington et de Kaiser Permanente Southern California a analysé plus de 5 700 échantillons d’urine positifs à E. coli provenant de patients atteints d’IVU résidant dans le sud de la Californie. Parallèlement, des échantillons de viandes (dinde, poulet, porc, bœuf) vendues dans des commerces de ces mêmes zones ont été collectés. La comparaison des deux ensembles de données a permis de conclure qu’environ un cas d’infection urinaire sur cinq pourrait être associé à une exposition à des souches d’E. coli présentes dans la viande achetée localement.
« Les infections des voies urinaires ont longtemps été considérées comme un problème de santé personnelle, mais nos résultats suggèrent qu’elles constituent également un problème de sécurité alimentaire. »
Lance Price, professeur de santé environnementale et professionnelle à l’Université George Washington et auteur principal de l’étude.
La contamination par E. coli était particulièrement élevée dans les échantillons de volaille : 38 % pour le poulet et 36 % pour la dinde. Le bœuf suivait avec 14 % d’échantillons contaminés, et le porc avec 12 %.
L’étude met en lumière une disparité : les femmes et les personnes issues de milieux socio-économiques défavorisés seraient touchées de manière disproportionnée par ces infections urinaires d’origine alimentaire. Les femmes, en raison de leur anatomie (urètre plus court), sont déjà naturellement plus sujettes aux IVU, mais la raison pour laquelle elles seraient davantage affectées par cette forme d’infection reste à élucider.
Quant au lien avec la pauvreté, les chercheurs ont observé une prévalence accrue de la contamination par E. coli dans les « paquets économiques », c’est-à-dire les produits vendus en plus grande quantité à un prix au kilo inférieur. « Mon expérience personnelle, en visitant des épiceries dans les communautés les plus riches par rapport aux quartiers à faible revenu, est que la qualité des produits est inférieure » dans ces derniers, a commenté Lance Price.
D’autres facteurs pourraient contribuer à cette contamination, tels que le stockage des produits à des températures inadéquates, le manque de pratiques d’hygiène appropriées lors de la manipulation, ou encore des conditions de production insalubres. L’équipe de recherche a notamment relevé la présence fréquente de « paquets de poulet gonflés de solution saline », qui pourrait favoriser la propagation de E. coli en cas de fuite sur les chaînes de production ou dans les commerces.
Bien que l’industrie agroalimentaire ait une marge de progression pour réduire les risques, les consommateurs disposent également de leviers pour limiter leur exposition. Les recommandations incluent l’achat de viandes et volailles bien scellées pour éviter les fuites, une cuisson rigoureuse des produits carnés (le site des CDC fournit une liste complète des températures recommandées), la prévention de la contamination croisée en cuisine, et un lavage systématique des mains et des surfaces après la manipulation de viande crue.