Publié le 24 novembre 2025. Une nouvelle analyse combinée de trois biomarqueurs sanguins pourrait révolutionner le dépistage précoce des maladies cardiovasculaires, permettant une stratification du risque plus fine et des stratégies de prévention personnalisées.
- La combinaison de trois marqueurs sanguins (lipoprotéine a, cholestérol résiduel et protéine C-réactive à haute sensibilité) multiplie par près de trois le risque de crise cardiaque chez les personnes dont les trois taux sont élevés.
- Cette approche permettrait d’identifier plus tôt les individus à haut risque, même si les facteurs de risque traditionnels sont maîtrisés.
- Bien que ces tests ne soient pas encore systématiques, leur accessibilité croissante pourrait faciliter leur intégration dans la pratique clinique.
Une étude préliminaire, dont les résultats seront présentés lors des sessions scientifiques 2025 de l’American Heart Association, suggère qu’une analyse conjointe de trois biomarqueurs sanguins pourrait considérablement améliorer l’identification précoce des risques cardiovasculaires. Ces marqueurs – la lipoprotéine a (Lp(a)), le cholestérol résiduel et la protéine C-réactive de haute sensibilité (hsCRP) – mesurent des aspects distincts du processus athéroscléreux. Selon les conclusions, les adultes présentant des niveaux élevés de ces trois indicateurs voient leur risque de crise cardiaque multiplié par près de trois par rapport à ceux dont les taux sont normaux.
La lipoprotéine (a) est un composant lipidique, souvent d’origine héréditaire, qui peut favoriser la formation de plaques d’athérome dans les artères. Le cholestérol résiduel, quant à lui, désigne des particules graisseuses nocives que les bilans lipidiques standards peuvent omettre, mais qui contribuent également à l’obstruction vasculaire. Enfin, la mesure de la hsCRP renseigne sur le niveau d’inflammation dans l’organisme ; une élévation de ce marqueur peut signaler un stress corporel et un risque accru de dommages aux artères.
« Chacun de ces tests sanguins, pris isolément, n’indique qu’une légère augmentation du risque de crise cardiaque. Cependant, lorsque nous avons constaté des niveaux élevés pour les trois, le risque de crise cardiaque était près de trois fois plus élevé. »
Richard Kazibwe, MD, MS, chercheur principal et professeur adjoint de médecine interne à la faculté de médecine de l’université Wake Forest à Winston-Salem, Caroline du Nord
« Ces biomarqueurs fonctionnent ensemble comme les pièces d’un puzzle. Une pièce ne permet pas d’obtenir une image complète, mais une fois combinées, nous obtenons une représentation beaucoup plus claire et exhaustive des risques de crise cardiaque », a expliqué le Dr Kazibwe.
Pour mener cette analyse, les chercheurs se sont appuyés sur les données de santé de la UK Biobank, l’une des plus vastes bases de données de santé au monde. Ils ont étudié la santé de plus de 300 000 participants n’ayant pas de maladie cardiaque au moment de leur inclusion. Après un suivi médian de 15 ans, l’étude a révélé une corrélation progressive :
- Les participants dont les trois biomarqueurs se situaient dans le 20 % supérieur des valeurs enregistrées présentaient un risque de crise cardiaque presque triplé.
- Ceux affichant deux marqueurs élevés avaient un risque plus que doublé.
- Enfin, les individus avec un seul marqueur élevé présentaient un risque de crise cardiaque environ 45 % plus élevé.
« Cette tendance claire confirme le lien entre ces biomarqueurs et une multiplication par trois du risque de crise cardiaque. L’évaluation combinée des résultats de ces trois analyses sanguines peut aider les professionnels de santé à agir plus rapidement et à proposer des soins sur mesure aux personnes les plus à risque. De plus, des conseils encourageant des changements de mode de vie sains ou l’instauration d’un traitement, comme des médicaments pour réduire le cholestérol et/ou la tension artérielle, sont essentiels pour réduire le risque et prévenir les crises cardiaques », a souligné le Dr Kazibwe.
Bien que ces tests ne soient pas encore intégrés aux recommandations de dépistage de routine, le Dr Kazibwe note que cette approche combinée pourrait être plus accessible qu’il n’y paraît. Les tests Lp(a) et hsCRP sont généralement disponibles sur demande dans la plupart des laboratoires. Par ailleurs, le cholestérol résiduel peut être calculé à partir des panels de cholestérol standards déjà réalisés lors des bilans de santé courants, en soustrayant le cholestérol LDL et le cholestérol HDL du cholestérol total.
« Même lorsque les facteurs de risque traditionnels comme le cholestérol et la tension artérielle sont sous contrôle, ces simples tests sanguins peuvent déceler une inflammation sous-jacente, un risque génétique et des anomalies lipidiques. Les résultats pourraient permettre aux professionnels de santé de détecter plus précocement le risque de maladie cardiaque et d’orienter les étapes à suivre pour maintenir un cœur en bonne santé avant l’apparition de symptômes ou d’un événement cardiaque », a précisé le Dr Kazibwe.
Les recommandations 2025 de l’AHA/ACC sur l’hypertension artérielle préconisent l’utilisation de l’outil d’évaluation du risque de maladies cardiovasculaires PREVENT™ pour aider à estimer le risque et à optimiser la prévention primaire. Développé par l’American Heart Association en 2023, ce calculateur de risque prend en compte des facteurs cardiovasculaires, rénaux et métaboliques pour affiner l’estimation du risque individuel et guider les décisions thérapeutiques personnalisées. Le Dr Kazibwe a rappelé que les personnes ayant des antécédents familiaux de maladie cardiaque, de diabète de type 2, d’hypertension artérielle ou d’autres facteurs de risque cardiovasculaire pourraient particulièrement bénéficier de la discussion de ces biomarqueurs supplémentaires avec leur équipe de soins.
« Les progrès dans l’exactitude de l’évaluation du risque de maladie cardiovasculaire athéroscléreuse (causée par l’accumulation de plaques dans les parois artérielles) permettent désormais aux cliniciens d’identifier plus précisément les personnes qui pourraient bénéficier de thérapies préventives », a commenté Pamela Morris, MD, FAHA, experte bénévole de l’American Heart Association. « Cependant, l’estimation du risque reste le point de départ. Cette étude vient corroborer les recommandations selon lesquelles la prise en compte des facteurs aggravants, notamment la Lp(a), la hsCRP et le cholestérol résiduel, peut jouer un rôle significatif dans la personnalisation des estimations de risque. Ces biomarqueurs peuvent faciliter la prise de décision clinique, en particulier pour les patients pour lesquels les choix thérapeutiques sont incertains », a ajouté le Dr Morris, qui n’a pas participé à l’étude.
Le Dr Kazibwe reconnaît que certains professionnels de santé pourraient initialement être réticents à ajouter des tests supplémentaires en raison de considérations de coût et de couverture d’assurance. Cependant, la recherche croissante et l’émergence de nouveaux traitements rendent ces tests de plus en plus pertinents dans les soins préventifs en cardiologie.
« Ces trois tests de biomarqueurs font partie d’une boîte à outils plus large pour évaluer les risques de crise cardiaque, qui comprend également des scores de risque génétique et des analyses de calcification des artères coronaires. Le défi futur consistera à apprendre à combiner toutes ces informations pour aider les professionnels de santé à prendre des décisions personnalisées pour chaque patient », a-t-il conclu.
La recherche présente des limites importantes. Étant une étude observationnelle, les résultats mettent en évidence des tendances dans les données, mais ne peuvent pas prouver que des niveaux élevés de ces biomarqueurs ont directement causé les crises cardiaques. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour déterminer si l’utilisation de ces tests pour guider les décisions de traitement entraîne de meilleurs résultats pour les patients ou sauve des vies. De plus, les résultats proviennent de la UK Biobank, où environ 95 % des participants s’identifient comme blancs. Des recherches supplémentaires seraient donc nécessaires pour confirmer si ces conclusions s’appliquent largement à diverses populations aux États-Unis et dans d’autres pays.