Plus d’un an après son retour à la Maison Blanche, Donald Trump n’a pas encore transformé les États-Unis en une dictature, malgré des tentatives répétées de contourner les institutions et les libertés fondamentales. La résistance du pouvoir judiciaire et de la société civile a, à chaque fois, limité ou contrecarré ses ambitions autoritaires.
Cette semaine a illustré une dynamique récurrente : l’administration Trump propose des mesures controversées, parfois ouvertement tyranniques, qui se heurtent à la défense de l’État de droit par les citoyens et les institutions.
Mardi, le ministère de la Justice, sous l’impulsion de la présidence, a tenté de mettre en accusation six élus démocrates pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression, garanti par le Premier Amendement de la Constitution. Les sénateurs Mark Kelly et Elissa Slotkin, parmi d’autres, avaient publié une vidéo en automne 2024, alertant sur les menaces pesant sur la Constitution, qui, selon eux, proviennent non seulement de l’étranger, mais aussi de l’intérieur du pays. Ils avaient rappelé aux membres de l’armée et des services de renseignement leur devoir de refuser les ordres illégaux.
Cette vidéo faisait suite à des informations selon lesquelles le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, aurait ordonné à l’armée de « tuer tout le monde » à bord d’un bateau de pêche vénézuélien – un ordre illégal à plusieurs niveaux. L’accusation portée contre les élus démocrates, qualifiée de « comportement séditieux passible de mort ! » par Trump sur son réseau social Truth Social, semblait viser à criminaliser l’exercice de leurs fonctions et le respect des principes constitutionnels.
Cependant, le ministère de la Justice a échoué à obtenir un acte d’accusation. Les grands jurys, qui n’entendent généralement que la version des faits présentée par l’accusation, ont estimé qu’il n’existait pas de « cause probable » pour justifier une poursuite. Cet échec s’inscrit dans une tendance plus large : des tentatives similaires de poursuites judiciaires contre d’anciens responsables du FBI, James Comey, ou la procureure générale de New York, Letitia James, ont également été rejetées par les tribunaux.
Par ailleurs, l’administration a également semblé reculer sur la question de la loi martiale. En 2025, elle avait à plusieurs reprises menacé de déployer des troupes de la Garde nationale fédéralisée dans les villes dirigées par les démocrates, officiellement pour réprimer les troubles civils ou dissuader les manifestations. En juin, Trump avait autorisé le déploiement de la Garde nationale dans tous les lieux où des manifestations contre les actions de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) étaient prévues ou susceptibles de se produire. Cette décision, perçue comme une violation des principes fondamentaux de la démocratie américaine, avait suscité de vives critiques et des recours devant les tribunaux. Mercredi, le Washington Post a rapporté que l’administration Trump avait retiré toutes les troupes fédéralisées de la Garde nationale des villes américaines.
D’autres tentatives de l’administration de restreindre les libertés civiles ont également rencontré des obstacles. La Federal Communications Commission (FCC) a tenté d’intimider la chaîne Disney pour qu’elle retire l’animateur Jimmy Kimmel de l’antenne en raison de blagues jugées offensantes. Face à la menace de boycott de la part des syndicats du divertissement et des abonnés de Disney+, la chaîne a maintenu Kimmel à son poste.
Dans l’affaire Alex Pretti, un manifestant abattu par des agents de la patrouille frontalière dans le Minnesota, l’administration a initialement tenté de discréditer la victime et de glorifier ses agresseurs. Cependant, l’indignation publique et les appels à une enquête ont contraint le ministère de la Justice à ouvrir une enquête, à contrecœur. L’affaire a également conduit l’administration à réduire ses expulsions massives dans le Minnesota, qui avaient entraîné de nombreuses violations des droits civiques.
Bien que la Maison Blanche ait mené une politique agressive en matière d’immigration, certaines de ses actions les plus controversées, comme l’expulsion illégale de Kilmar Abrego Garcia vers une prison étrangère tristement célèbre pour ses pratiques de torture, ont été annulées par les tribunaux fédéraux. De même, une tentative d’expulser un étudiant de l’université Tufts pour avoir publié un article d’opinion critique a été rejetée par la justice.
Malgré les efforts de l’administration pour influencer les élections en sa faveur, les démocrates ont remporté plusieurs élections spéciales et locales depuis l’arrivée de Trump au pouvoir.
Il est important de souligner que ces succès ne doivent pas conduire à la complaisance. De nombreuses tentatives de l’administration Trump de saper l’État de droit ont abouti. Le président a notamment minimisé l’enquête fédérale sur l’attaque du Capitole par des partisans et a purgé le ministère de la Justice de procureurs fidèles à la Constitution pour les remplacer par des alliés dévoués. Son administration a également annulé de nombreuses décisions de justice et, selon certaines allégations, violé les droits humains des détenus immigrés. Tant que les républicains contrôleront le Sénat, le système judiciaire américain risque de devenir de plus en plus favorable aux positions de Trump, à mesure que ses juges nommés occuperont une part croissante des sièges.
La situation aux États-Unis reste donc préoccupante. Si le président avait pu mettre en œuvre pleinement sa volonté, la situation serait bien plus grave. Un an après son retour au pouvoir, les intentions de l’administration Trump se sont avérées aussi néfastes que prévu. Cependant, la société américaine a fait preuve d’une résistance plus forte que prévu face à ses attaques contre la démocratie.