Publié le 10 février 2024 16:12:00. Un régime cétogène, caractérisé par une forte consommation de graisses et une restriction sévère des glucides, pourrait offrir un soulagement temporaire aux personnes souffrant de dépression résistante aux traitements conventionnels, selon une nouvelle étude.
- Une étude clinique a montré une amélioration des symptômes dépressifs chez des patients suivant un régime cétogène pendant six semaines.
- Cet effet positif semble s’estomper après douze semaines, suggérant un potentiel thérapeutique à court terme.
- La recherche explore l’impact des cétones sur les mécanismes biologiques liés à la dépression, notamment les neurotransmetteurs et l’inflammation.
La dépression résistante au traitement, une forme particulièrement difficile à soigner, se manifeste lorsque les symptômes persistent malgré l’essai d’au moins deux antidépresseurs différents, administrés pendant une durée suffisante (généralement six à huit semaines chacun). Face à ce défi thérapeutique, les chercheurs explorent de nouvelles pistes, et le régime cétogène suscite un intérêt croissant.
Ce régime alimentaire particulier modifie le métabolisme énergétique de l’organisme, privilégiant l’utilisation des cétones – produites à partir des graisses – comme source d’énergie, au détriment du glucose. L’hypothèse est que cette modification métabolique pourrait avoir un impact bénéfique sur les troubles psychiatriques, et notamment la dépression.
L’étude, publiée dans la revue JAMA Psychiatrie, a porté sur 88 participants répartis aléatoirement en deux groupes : un groupe suivant un régime cétogène et un groupe témoin adoptant un régime riche en fruits et légumes. Pendant six semaines, les deux groupes ont continué à prendre leurs médicaments antidépresseurs habituels. Les résultats initiaux ont révélé une amélioration des symptômes dépressifs dans les deux groupes, mais l’amélioration était légèrement plus marquée chez ceux qui suivaient le régime cétogène. Lien vers l’étude originale
Cependant, à la douzième semaine, la différence entre les deux groupes n’était plus statistiquement significative. Les chercheurs soulignent donc que les effets bénéfiques du régime cétogène pourraient être limités dans le temps. Ils ont également observé que les patients souffrant de formes plus sévères de dépression semblaient tirer le plus grand profit de ce régime.
Il est important de noter que l’étude n’a pas permis d’identifier précisément quels symptômes dépressifs s’amélioraient, se basant uniquement sur un score global d’évaluation de la santé mentale (Patient Health Questionnaire-9). Par ailleurs, les chercheurs ont pris des précautions pour contrôler l’impact de la perte de poids, souvent associée à l’amélioration de l’humeur, en ajustant les portions de nourriture pour maintenir un poids stable chez les participants.
Des recherches antérieures avaient déjà suggéré un lien entre le régime cétogène et l’amélioration de la santé mentale. Une étude menée auprès de 16 étudiants américains ayant suivi un régime cétogène bien encadré pendant au moins dix semaines avait révélé une réduction de 70 % des symptômes dépressifs, évalués à la fois par les patients eux-mêmes et par des cliniciens.
Néanmoins, les scientifiques mettent en garde contre les effets à long terme du régime cétogène. Des études récentes ont soulevé des questions quant à sa sécurité et à son efficacité sur la santé métabolique à long terme, notamment en ce qui concerne le métabolisme des graisses et des glucides.
Les cétones, produites lors du régime cétogène, agissent sur plusieurs voies biologiques impliquées dans la dépression, telles que les neurotransmetteurs, l’inflammation, le métabolisme et l’axe intestin-cerveau. Ces mécanismes sont au cœur des hypothèses métaboliques de la dépression, mais la recherche dans ce domaine reste encore à ses débuts.