Publié le 25 octobre 2025 12:16:00. Une nouvelle étude suggère que le stress, loin d’être toujours néfaste, pourrait paradoxalement favoriser un vieillissement en meilleure santé, du moins chez les vers ronds. Ces recherches menées à l’Université de Bâle ouvrent des perspectives intéressantes pour la compréhension du vieillissement humain.
- Certains nutriments alimentaires induisent un léger stress chez les vers ronds, prolongeant ainsi leur durée de vie en bonne santé.
- Des molécules d’ARN jouent un rôle clé en prévenant l’accumulation de dépôts protéiques, un phénomène associé au vieillissement et à certaines maladies.
- Le stress à court terme, lorsqu’il est suivi d’une période de récupération, peut améliorer les performances cognitives et physiques humaines.
Il est communément admis que pour bien vieillir, une alimentation équilibrée, un sommeil suffisant et une activité physique régulière sont essentiels, tout comme la gestion du stress. Pourtant, une étude récente de l’Université de Bâle, publiée dans la revue Nature Communications, met en lumière un aspect contre-intuitif : un stress léger pourrait contribuer à un vieillissement plus sain, du moins chez le ver nématode Caenorhabditis elegans. Les résultats de cette recherche pourraient avoir des implications pour la santé humaine.
L’équipe dirigée par la professeure Anne Spang, du Biozentrum de l’Université de Bâle, a observé que certains nutriments présents dans l’alimentation des vers déclenchent un stress modéré. Ce phénomène, loin d’être délétère, semble prolonger leur espérance de vie en bonne santé. La clé résiderait dans des molécules d’ARN qui agissent comme des régulateurs de la forme physique. « Ces molécules empêchent la formation de dépôts de protéines nocifs, généralement associés au vieillissement ou aux maladies », explique la professeure Spang.
Le stress, un allié inattendu contre le vieillissement ?
Avec l’âge, l’accumulation de dépôts protéiques dans les cellules devient plus fréquente. Ces agrégats sont considérés comme des moteurs du vieillissement et sont impliqués dans des maladies neurodégénératives telles que la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson. Chez le nématode, qui se nourrit principalement de bactéries, les ARN issus de l’alimentation parviennent à activer des mécanismes de contrôle qualité dans les cellules. « Ces ARN alimentaires sont absorbés dans l’intestin et activent des mécanismes de contrôle qualité qui protègent contre le stress cellulaire », détaille Emmanouil Kyriakakis, auteur principal de l’étude. « Un faible niveau de stress prépare mieux le corps à faire face aux dommages causés aux protéines. »
Ce processus stimule l’autophagie, un mécanisme cellulaire de nettoyage qui dégrade et recycle les protéines endommagées. L’étude révèle que cette réponse réduit la formation d’agrégats protéiques nocifs, retardant ainsi le vieillissement cellulaire. « Nous avons été surpris de constater que l’intestin communique apparemment avec d’autres organes », confie Kyriakakis. « Nous constatons les effets protecteurs non seulement localement, mais dans tout l’organisme, par exemple dans les muscles. »
Le stress humain : une question de dosage et de durée
Les chercheurs estiment que l’alimentation joue un rôle crucial dans la longévité des vers. Les travaux de l’équipe bâloise soulignent l’importance des nutriments pour la santé à un âge avancé : « Les différents composants alimentaires peuvent amener l’organisme à activer ses mécanismes de protection. Un peu de stress est donc une bonne chose », conclut Anne Spang. Il reste encore à déterminer si des nutriments similaires déclenchent des réactions protectrices chez l’homme, mais cette hypothèse est jugée « tout à fait concevable ».
Plusieurs recherches confirment que le stress n’est pas intrinsèquement mauvais pour l’être humain. Ce qui importe le plus, c’est son intensité et sa durée. Un stress de courte durée peut agir comme un puissant moteur, améliorant les performances physiques et mentales, comme le montrent certaines études. La Fondation pour la connaissance de la santé précise que face à une situation stressante, le rythme cardiaque s’accélère, l’attention se focalise et le corps libère des hormones comme l’adrénaline et le cortisol, permettant d’atteindre des pics de performance et de résoudre des problèmes. Cependant, il est impératif que le corps puisse ensuite récupérer. Un stress constant et ininterrompu devient délétère. Le stress chronique peut engendrer des troubles du sommeil, des maladies cardiovasculaires, une dépression ou un affaiblissement du système immunitaire.