Publié le 24 février 2026 00:01:00. Bien que prometteur, le nouveau traité de défense entre l’Indonésie et l’Australie présente des lacunes significatives qui pourraient compromettre son efficacité, notamment en matière de gestion des détroits stratégiques et d’intégration régionale.
Plusieurs points essentiels soulèvent des interrogations quant à la portée et à l’application concrète de cet accord bilatéral.
En premier lieu, le traité ne définit pas de règles claires concernant l’accès aux détroits stratégiques, notamment le détroit de la Sonde et le détroit de Lombok. L’Indonésie exerce un contrôle important sur ces routes maritimes cruciales pour les mouvements navals australiens et de ses alliés. L’absence de précisions sur l’utilisation de ces eaux par les navires militaires est un manque notable, d’autant plus pertinent compte tenu des liens de défense existants entre l’Australie et la Papouasie-Nouvelle-Guinée et de la dynamique sécuritaire globale dans l’Indo-Pacifique.
Deuxièmement, le traité semble peu intégré aux cadres de sécurité de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN). L’accord se concentre principalement sur la coopération bilatérale entre l’Indonésie et l’Australie, sans aborder suffisamment la manière dont ces efforts s’inscriront dans la Communauté politique et de sécurité de l’ASEAN (APSC), principal instrument de sécurité collective régionale. Un manque de coordination avec des forums tels que le Forum régional de l’ASEAN (ARF) pourrait entraîner des doublons ou des contradictions avec les initiatives régionales existantes.
Troisièmement, le traité ne prévoit pas de plan d’action clair en cas de crise. Bien qu’il stipule que les deux parties consulteront en cas de menace à la sécurité, il manque de détails sur les mesures à prendre dans des situations spécifiques, telles qu’un différend territorial en mer de Chine méridionale ou autour des îles Natuna, ou encore face à des menaces comme le terrorisme ou les cyberattaques. Ce manque de préparation pourrait entraîner des réactions lentes ou divergentes dans des moments critiques.
Enfin, le traité reste silencieux sur les questions territoriales sensibles. Il réaffirme la souveraineté indonésienne sur ses terres et ses eaux, mais ne précise pas comment la coopération pourrait affecter des régions comme la Papouasie, une zone d’importance stratégique en raison de l’accord de défense entre l’Australie et la Papouasie-Nouvelle-Guinée, qui couvre les terres et les mers avoisinantes.
L’absence d’un débat ouvert sur ces questions pourrait engendrer des malentendus et éroder la confiance entre les deux pays. Certains observateurs indonésiens craignent également que le traité ne complique la capacité de l’Indonésie à maintenir sa politique de non-alignement, traditionnellement ancrée dans sa neutralité face aux grandes puissances mondiales.
Le détroit de la Sonde, séparant les îles de Sumatra et Java, est une voie maritime essentielle, comme le rappelle Wikipédia. Il est également situé à proximité du volcan Krakatoa, dont les éruptions passées ont eu un impact significatif sur la région, comme le souligne un article de Wikipédia sur ce volcan.
En janvier 2025, des exercices militaires impliquant le navire Clemenceau et d’autres nations, dont l’Indonésie, se sont déroulés dans le détroit de la Sonde, dans le cadre de l’exercice La Perouse, comme le rapporte le ministère français des Armées.