Publié le mercredi 25 février 2026. L’hypertension artérielle, souvent silencieuse, touche la majorité des personnes sans qu’elles en aient conscience. Le professeur Gorm Boje Jensen alerte sur un problème de santé cardiaque insidieux, dont les causes restent mystérieuses dans la plupart des cas.
La plupart des individus ignorent qu’ils souffrent d’hypertension artérielle jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Le cardiologue et professeur Gorm Boje Jensen, dont la carrière est dédiée à la recherche sur la santé cardiaque, souligne que cette pathologie est un véritable « éléphant dans la pièce », dont l’origine précise demeure inconnue dans 95 % des cas. Cette absence de symptômes initiaux rend la mesure régulière de la tension artérielle indispensable.
Lors de la mesure de la pression artérielle, on enregistre la force exercée par le ventricule gauche lorsqu’il se contracte pour propulser le sang oxygéné dans tout le corps. Ce sang applique une pression physique sur les parois des vaisseaux sanguins. Si la résistance dans ces conduits est trop importante, le cœur doit fournir un effort considérable pour maintenir un débit constant.
Le mécanisme de la sursollicitation : quand le cœur s’épuise
Le muscle cardiaque réagit à ce stress de manière similaire à celle d’un athlète en salle de sport : face à une charge excessive, le muscle se renforce et grossit. Cependant, contrairement au biceps, un cœur trop épais finit par être surchargé et moins performant. Ce processus d’hypertrophie musculaire est un prélude à l’insuffisance cardiaque et augmente considérablement le risque de formation de caillots sanguins dans le cœur ou le cerveau.
L’usure progressive : au-delà du système circulatoire central
Cette usure ne se limite pas au système circulatoire central. La haute pression endommage progressivement les vaisseaux sanguins qui alimentent d’autres organes vitaux. Les reins sont particulièrement vulnérables à ce flux violent, ce qui peut conduire à une insuffisance rénale chronique au fil des années. Il s’agit d’une cascade de dommages structurels qui se produisent de manière invisible pour le patient, qui se sent généralement en parfaite santé, tandis que ses artères subissent des transformations dégénératives.
Des leviers efficaces pour réguler la pression sans dépendre uniquement des médicaments
Bien que les médicaments puissent traiter l’hypertension, le contrôle du traitement est souvent complexe et nécessite une surveillance constante. La prévention repose donc sur ce que Jensen appelle les « leviers efficaces », les actions quotidiennes qui modifient la réponse du système nerveux et l’élasticité des vaisseaux sanguins. Maintenir un poids santé et pratiquer une activité physique régulière permettent de désactiver la prédisposition biologique à l’hypertension, même si cela n’élimine pas complètement le risque génétique ou lié à l’âge.
L’impact des habitudes de vie est quantifiable et direct. En ce qui concerne l’alcool, il existe une relation linéaire avec la pression artérielle. Par exemple, une personne qui consomme plus de 30 verres par semaine aura une pression moyenne supérieure de 10 à 12 mmHg à celle d’une personne qui ne boit pas. Si cette consommation est réduite de moitié, la pression diminuera proportionnellement, ce qui démontre que de petits changements dans le mode de vie peuvent avoir des effets immédiats sur les valeurs systoliques et diastoliques.
L’ennemi silencieux : l’excès de sodium caché
Un facteur souvent négligé, mais crucial, est la consommation de certains aliments comme la réglisse, qui contient des substances de type hormonal susceptibles d’augmenter la tension artérielle. Mais le principal responsable reste le sel. La majeure partie de notre apport en sodium ne provient pas des salières que nous utilisons à table, mais des aliments transformés, où le sel est utilisé pour rehausser la saveur.
Pour protéger le système cardiovasculaire, les experts recommandent les directives de consommation quotidienne suivantes :
- Les femmes devraient consommer moins de 6 grammes de sel par jour.
- Les hommes devraient consommer moins de 7 grammes de sel par jour.
- Une cuillère à café de sel équivaut à environ 5 grammes.
- L’alimentation moyenne actuelle est d’environ 10 grammes par jour, soit presque le double de la quantité recommandée.
La bonne nouvelle est que le goût du sel est adaptable. En réduisant progressivement leur consommation, les papilles gustatives s’ajustent et le palais commence à apprécier la saveur authentique des aliments sans excès de sel. En complément de cette habitude, la recommandation finale du Dr Jensen est simple : chacun devrait mesurer sa tension artérielle au moins tous les cinq ans, dans un environnement calme et détendu, afin de ne pas faire partie de ces 46 % qui vivent avec un risque mortel sans le savoir.