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Les coupes dans le financement américain menacent des décennies de progrès dans la lutte contre la tuberculose pédiatrique

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Publié le 2025-10-21 15:26:00. Une nouvelle étude alarmante prévoit qu’une réduction drastique du financement américain pour l’aide mondiale à la santé aura des conséquences catastrophiques sur la tuberculose pédiatrique. Les enfants d’Afrique subsaharienne et d’Asie du Sud-Est pourraient connaître une augmentation sans précédent des cas et des décès évitable dans les dix prochaines années.

  • Des réductions du financement américain à l’aide mondiale à la santé pourraient entraîner 2,5 millions de cas supplémentaires de tuberculose pédiatrique et 340 000 décès dans les pays à revenu faible ou intermédiaire (PRFI) entre 2025 et 2034.
  • Un retrait complet du soutien américain au Fonds mondial et une réduction d’autres financements pourraient faire grimper ces chiffres à 8,9 millions de cas et plus de 1,5 million de décès.
  • Ces baisses de financement risquent d’annuler des décennies de progrès dans la lutte contre la tuberculose, en particulier chez les enfants, les plus vulnérables.

Les experts en santé tirent la sonnette d’alarme depuis des mois : les coupes budgétaires massives prévues par les États-Unis en 2025 pour l’aide mondiale à la santé auront des répercussions dévastatrices sur le contrôle et la prévention des maladies à travers le monde. Une étude conjointe de la Harvard T.H. Chan School of Public Health (Harvard Chan School) et de la Boston University School of Public Health (BUSPH) vient aujourd’hui quantifier ce risque, offrant les premières estimations complètes de l’impact potentiel sur la tuberculose pédiatrique dans les pays à faible et moyen revenu (PRFI).

Selon les projections publiées dans la revue *The Lancet Child & Adolescent Health*, la diminution de l’aide bilatérale américaine pourrait se traduire par 2,5 millions de nouveaux cas de tuberculose infantile et 340 000 décès liés à cette maladie entre 2025 et 2034, par rapport aux niveaux de financement antérieurs à 2025. Ce scénario s’aggrave considérablement si l’on considère un éventuel désengagement américain du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme (le Fonds mondial), combiné à une réduction du financement d’autres pays. Dans ce cas, on pourrait déplorer 8,9 millions de cas supplémentaires et plus de 1,5 million de décès d’enfants sur la même période.

« Notre analyse démontre que si les réductions récentes et proposées de l’aide bilatérale américaine en matière de santé et des contributions au Fonds mondial se poursuivent, ces pertes effaceront des décennies de progrès âprement acquis. Pendant des années, un financement international soutenu a contribué à réduire l’incidence et la mortalité de la tuberculose dans les pays les plus touchés et à élargir l’accès au diagnostic et au traitement pour les enfants, qui courent un risque particulièrement élevé. Le tribut le plus lourd retomberait sur les pays à faible revenu d’Afrique et d’Asie du Sud-Est, ainsi que dans les contextes où le VIH et la tuberculose se chevauchent et où les systèmes de santé dépendent fortement de l’aide extérieure. »

Dr Leonardo Martinez, auteur principal de l’étude, professeur adjoint d’épidémiologie à la BUSPH

Jusqu’alors, les États-Unis étaient un contributeur majeur à la lutte contre la tuberculose, notamment via l’Agence américaine pour le développement international (USAID), qui aurait permis de prévenir plus de 75 millions de décès dans le monde. Cependant, des réductions significatives du financement du Plan d’urgence du président américain pour la lutte contre le sida (PEPFAR) ont déjà provoqué des perturbations dans les programmes de prévention, de dépistage et de traitement dans les PRFI, où la tuberculose est endémique. Ces régions, bien qu’ayant vu des améliorations notables au cours des 20 dernières années, dépendent fortement de cette aide extérieure.

Cette étude se distingue par son ampleur : elle examine les implications de ces réductions de financement dans 130 pays, se concentrant exclusivement sur la population pédiatrique. Les enfants de moins de 14 ans sont particulièrement vulnérables, présentant les risques les plus élevés de développer et de décéder de la tuberculose s’ils sont exposés au bacille. L’étude souligne également le lien étroit entre la lutte contre le VIH et celle contre la tuberculose, les personnes vivant avec le VIH étant plus susceptibles de contracter la tuberculose en cas d’exposition.

« Nous avons réalisé des progrès lents mais constants dans la lutte contre la tuberculose, mais elle reste la maladie infectieuse la plus mortelle au monde », rappelle le Dr Nicolas Menzies, co-auteur principal de l’étude et professeur agrégé de santé mondiale à la Harvard Chan School. « Ces résultats montrent que ces avancées ne doivent pas être considérées comme acquises. Si nous relâchons nos efforts, nous pourrions bientôt voir plus d’enfants mourir de la tuberculose que nous n’en avons vu depuis des décennies. »

Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont analysé des données nationales issues de 130 PRFI, portant sur la vaccination, les services de lutte contre la tuberculose, la prévalence et le traitement du VIH, ainsi que les sources de financement. Ils ont ensuite modélisé quatre scénarios de réduction du financement de l’aide bilatérale américaine et du soutien au Fonds mondial, allant du maintien des niveaux actuels à une suppression totale de l’aide, en passant par une diminution du financement par d’autres pays. Les modèles ont été validés par rapport aux estimations de l’Organisation mondiale de la santé et de la Global Burden of Disease.

« Bien qu’aucun modèle ne puisse prédire l’avenir avec une précision absolue, nos estimations reposent sur les meilleures données disponibles et des méthodes éprouvées », précise le Dr Martinez. « Elles représentent très certainement une vision prudente de ce qui pourrait arriver si les coupes budgétaires se poursuivent. »

Ces projections mettent en évidence le rôle crucial du financement multilatéral dans la réduction de la tuberculose mondiale et soulignent l’urgence de rétablir ces fonds. Les chercheurs estiment que 90 % des décès supplémentaires prévus pourraient être évités si le financement était rétabli ne serait-ce qu’un an. En l’absence d’une telle reprise, les PRFI sont appelés à chercher d’autres sources de soutien.

« Les succès récents dans la lutte contre la tuberculose sont le fruit d’un partenariat entre les pays affectés, les gouvernements des pays à revenu élevé et les organisations internationales », conclut le Dr Menzies. « Ce partenariat sera d’autant plus essentiel face aux réductions de financement et devra peut-être inclure un éventail plus large de parties prenantes. Parallèlement, nous devrons trouver des moyens de fournir les services plus efficacement et de concentrer nos efforts sur les interventions les plus probantes auprès des populations les plus touchées. »

Source :

Référence du journal :

Menzies, N. A., et al. (2025). Potential pediatric tuberculosis incidence and deaths resulting from disruption of international health aid-supported programs, 2025–2034: a mathematical modelling study. The Lancet Child & Adolescent Health. doi.org/10.1016/S2352-4642(25)00218-4

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