Publié le 20 octobre 2025. Des scientifiques ont découvert dans le cerveau de grands dauphins échoués en Floride des lésions alarmantes, comparables à celles observées chez des humains atteints de la maladie d’Alzheimer. Ce phénomène inquiétant est lié à la prolifération d’algues toxiques, exacerbée par le changement climatique.
Sur la côte est de la Floride, une équipe de chercheurs de l’Université de Miami a mis au jour une découverte troublante : les grands dauphins (Tursiops truncatum) de la région de l’Indian River Lagoon présentent des dommages cérébraux similaires à ceux constatés chez les patients humains souffrant de la maladie d’Alzheimer. Ces altérations sont attribuées à une neurotoxine issue de la prolifération d’algues, un phénomène accentué par le réchauffement climatique et la pollution.
Depuis près de dix ans, les scientifiques ont analysé le tissu cérébral de vingt dauphins échoués dans cet estuaire côtier. Cette zone, sujette à des hausses de température et à une pollution par les nutriments, crée un environnement propice au développement de cyanobactéries et de microalgues toxiques. Au cours de leurs recherches, les experts ont identifié des niveaux élevés de 2,4-diaminobutyrique (2,4-DAB), une neurotoxine produite par certaines algues. L’accumulation de cette substance dans le corps des cétacés provoque des dommages structurels et génétiques au niveau de leur cerveau. Les taux de cette toxine ont été observés jusqu’à 2 900 fois plus élevés durant les mois chauds par rapport aux autres saisons.
Une similitude moléculaire préoccupante avec Alzheimer
Au-delà de la toxicité apparente, c’est la similitude moléculaire des lésions cérébrales avec la maladie d’Alzheimer humaine qui a particulièrement alerté les chercheurs. L’analyse du transcriptome cérébral des dauphins a révélé des altérations touchant plus de 500 gènes. Notamment, des gènes liés au neurotransmetteur GABA, essentiel à la communication neuronale, ont été compromis. De même, des gènes responsables de la protection de la barrière hémato-encéphalique ont montré des signes d’affaiblissement.
Les scientifiques ont également constaté une augmentation de l’activité des gènes associés à la formation de protéines neurotoxiques telles que la bêta-amyloïde, la tau et la TDP-43. Ces trois protéines sont les marqueurs pathologiques principaux de la maladie d’Alzheimer chez l’homme. Ce parallélisme suggère que le cerveau de ces dauphins subit un processus de détérioration qui ressemble à celui observé chez notre propre espèce.
La neurotoxine 2,4-DAB, un danger persistant
Cette découverte soulève des inquiétudes qui dépassent le cadre de la biologie marine. La neurotoxine 2,4-DAB, déjà connue pour ses effets sur le système nerveux, s’avère dangereuse même en cas d’expositions prolongées et modérées. Chaque épisode de prolifération d’algues toxiques laisse ainsi une marque durable et invisible sur le cerveau des dauphins. Les mutations génétiques s’accumulent au fil des saisons chaudes, causant des dommages potentiellement irréparables.
Parmi les gènes les plus affectés, l’APOE se distingue. Ce gène est considéré comme un facteur de risque majeur de la maladie d’Alzheimer chez l’humain. Chez certains dauphins étudiés, son activité a été multipliée par 6,5. D’autres gènes cruciaux pour la formation des synapses, comme le NRG3, ont vu leur activité chuter drastiquement. L’activité de gènes régulant l’inflammation et la mort cellulaire, tels que TNFRSF25, a également été observée de manière excessive.
Le constat le plus alarmant est que ces dommages s’avèrent cumulatifs. Plus un dauphin a été exposé à des étés chauds et riches en algues toxiques, plus les altérations génétiques dans son cerveau sont importantes.


Les grands dauphins sont reconnus comme le deuxième animal le plus intelligent de la planète, surpassant même les grands singes.
Et pour l’homme ?
Les grands dauphins sont considérés comme le deuxième animal le plus intelligent de la planète, surpassant même les grands singes. Leur cerveau, proportionnellement grand et plus développé que celui de l’humain, leur confère des capacités remarquables : ils sont capables de se reconnaître dans un miroir, d’apprendre des langues des signes et de communiquer via un système complexe de clics et de sifflements. De plus, certaines femelles utilisent des éponges pour protéger leur museau lors de la recherche de nourriture, une pratique transmise culturellement de mère en fille, témoignant d’une forme de culture rudimentaire.
Alors que les proliférations d’algues toxiques deviennent plus fréquentes, plus longues et plus intenses, les risques s’intensifient pour tous les organismes dépendant de l’eau. La question se pose : ces risques concernent-ils également les êtres humains ?
Les scientifiques soulignent qu’il est impossible d’affirmer avec certitude que la toxine 2,4-DAB provoque la maladie d’Alzheimer chez l’espèce humaine. Cependant, le parallèle moléculaire observé chez les dauphins incite à une vigilance accrue. Si ces cétacés, agissant comme une sorte de « canari dans la mine », manifestent des signes de maladies que nous pensions propres à notre vieillesse, il est peut-être temps d’écouter les messages de la mer. Car ce qui affecte l’océan ne reste pas confiné à l’océan.