Publié le 14 octobre 2025. La Cour pénale internationale (CPI) a vu son procureur général, Karim Khan, écarté de l’affaire Rodrigo Duterte. La décision, prise par la Chambre d’appel, invoque un conflit d’intérêts potentiel, un nouveau revers pour la CPI.
- La Chambre d’appel de la CPI a donné raison à la défense de l’ancien président philippin Rodrigo Duterte.
- Karim Khan est disqualifié de l’affaire contre Duterte en raison d’un possible conflit d’intérêts.
- Cette décision intervient alors que le procureur fait déjà l’objet d’une enquête de l’ONU pour inconduite sexuelle.
La Haye, Pays-Bas – La Cour pénale internationale (CPI) traverse une période difficile. Les juges d’appel de l’institution ont décidé de récuser le procureur général, Karim Khan, de l’affaire concernant l’ancien président philippin Rodrigo Duterte, soupçonné de crimes de guerre. Selon une copie de la décision consultée par Reuters, la raison invoquée est un potentiel conflit d’intérêts.
Cette exclusion de Karim Khan constitue un revers supplémentaire pour le procureur, déjà fragilisé en mai dernier par son retrait d’une enquête de l’ONU portant sur des allégations d’inconduite sexuelle à son encontre. L’affaire Duterte, qui représente actuellement l’unique dossier majeur en cours devant le tribunal, déjà affecté par des sanctions américaines, se retrouve désormais sans son magistrat principal.
En août, la défense de Rodrigo Duterte avait officiellement demandé la disqualification de Karim Khan. Les avocats de l’ancien président philippin arguaient que son implication dans des communications émanant des victimes de la « guerre contre la drogue » menée par Duterte constituait un conflit d’intérêts. Ils soutenaient que, Karim Khan ayant représenté la Commission des droits de l’homme des Philippines (CHR) et ayant désigné Duterte comme suspect principal, il ne pouvait plus mener une enquête impartiale.
Karim Khan avait, de son côté, demandé aux juges de rejeter cette requête, affirmant qu’il n’y avait « aucun conflit d’intérêts découlant de sa représentation à la présidence de la CHR et d’un groupe de victimes en relation avec des « communications avec la CPI ».
Cependant, le 2 octobre, la Chambre d’appel a tranché en faveur de la défense. Dans une décision qui n’a pas encore été rendue publique, les juges ont estimé que le rôle antérieur de Karim Khan pouvait effectivement laisser apparaître une partialité, justifiant ainsi son éviction de l’affaire.
Le Bureau du Procureur de la CPI n’a pas immédiatement donné suite aux demandes de commentaires.
Rodrigo Duterte, qui a présidé les Philippines de 2016 à 2022, avait été arrêté et conduit à La Haye en mars dernier suite à un mandat d’arrêt le liant aux meurtres commis durant sa violente campagne antidrogue, qui aurait fait des milliers de victimes parmi les trafiquants et consommateurs présumés de stupéfiants.
L’ancien président, âgé de 80 ans, avait qualifié son arrestation d’illégale et d’enlèvement. Ses avocats soutiennent qu’il n’est pas apte à subir son procès.
L’affaire est désormais confiée au procureur adjoint Mame Mandiaye Niang. Il est à noter que ce dernier fait également l’objet de sanctions de la part des États-Unis en raison de l’enquête de la CPI sur de présumés crimes de guerre israéliens à Gaza.
En novembre dernier, les juges de la CPI avaient émis des mandats d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, l’ancien ministre de la Défense Yoav Gallant, ainsi que contre le chef du Hamas Ibrahim al-Masri, pour des crimes de guerre et crimes contre l’humanité présumés dans le cadre du conflit à Gaza.
Au mois d’août, la CPI avait déjà demandé à Karim Khan de se récuser d’une enquête sur le Venezuela. Les juges avaient estimé que la participation de sa belle-sœur, avocate représentant le gouvernement du président vénézuélien Nicolás Maduro, constituait un conflit d’intérêts potentiel.
Concernant les allégations d’inconduite sexuelle, les avocats de Karim Khan ont fermement démenti toutes les accusations.