Publié le 2025-10-15 18:05:00. Face à une recrudescence alarmante du diabète et de l’obésité, des universitaires de l’Université d’Indonésie tirent la sonnette d’alarme et appellent à un renforcement immédiat des réglementations sur la consommation de sucre et d’édulcorants dans les produits transformés.
- La consommation de sucre par les Indonésiens est trois fois supérieure aux recommandations de l’OMS.
- Des failles dans la surveillance, l’étiquetage et la fiscalité du sucre sont pointées du doigt.
- La nouvelle loi sur la santé offre un cadre juridique renforcé, mais des décrets d’application sont toujours attendus.
Une réunion avec l’Agence indonésienne de surveillance des aliments et des médicaments (BPOM) à Jakarta a mis en lumière les lacunes actuelles dans le contrôle du sucre et des édulcorants artificiels. Les experts du département d’études communautaires et de plaidoyer (KADVOMAS) de la Faculté de santé publique de l’Université d’Indonésie (FKM UI) ont souligné la faiblesse de la surveillance du marché, un étiquetage nutritionnel souvent peu clair pour le grand public, et l’absence de mise en œuvre concrète d’une politique de taxation du sucre pourtant discutée depuis longtemps.
Selon Anggitaningtyas Dzaky Salsabila, représentante de KADVOMAS FKM UI, qui cite des données du ministère de la Santé (2023) et de BPS (2022), l’Indonésien moyen consommerait entre 15 et 20 cuillères à café de sucre par jour, soit près du triple de la limite recommandée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), fixée à six cuillères à café. Plus de 75 % des produits emballés disponibles sur le marché contiendraient par ailleurs des niveaux élevés de sucre artificiel.
Bien que le BPOM dispose d’un cadre juridique solide, notamment grâce au règlement n° 26 de 2021 sur l’information nutritionnelle et au règlement n° 11 de 2019 sur les additifs alimentaires, qui exigent l’inclusion des taux de sucre, de sel et de graisses (GGL) et régulent l’usage des édulcorants comme l’aspartame, la saccharine ou le sucralose, leur application sur le terrain reste perfectible. Les étiquettes nutritionnelles sont jugées trop complexes et l’étiquetage frontal des emballages (FoPNL), pourtant essentiel pour une compréhension rapide, demeure facultatif.
« De nombreux produits à haute teneur en sucre circulent sans étiquettes d’avertissement faciles à comprendre. En fait, de simples étiquettes telles que des couleurs ou des symboles peuvent sensibiliser le public. La surveillance post-commercialisation révèle également des écarts entre la composition du produit et les documents préalables au permis. »
Anggita, représentante de KADVOMAS FKM UI
Il est donc impératif de renforcer le système de surveillance de manière intégrée, de la phase d’autorisation des produits jusqu’à leur commercialisation et contrôle sur le marché. Le BPOM a précisé que les contrôles s’effectuent en plusieurs étapes, incluant l’inspection des sites de production et le prélèvement d’échantillons. Les contrevenants s’exposent à des sanctions administratives, la révocation des permis, voire au retrait des produits du marché.
Parallèlement, la récente loi n° 28 de 2024 relative à la santé, en particulier ses articles 194, 195 et 200, offre une base juridique nouvelle pour encadrer la consommation de sucre et d’édulcorants. Cependant, les décrets d’application, qui viendront remplacer le règlement du ministre de la Santé n° 30 de 2013 sur les étiquettes des aliments transformés, sont toujours en attente de finalisation. Le projet de politique FoPNL du BPOM, élaboré depuis l’année dernière, a également été retardé par des synchronisations interministérielles.
Ces retards interviennent alors que l’Indonésie se classe au troisième rang en Asie du Sud-Est pour la consommation de boissons sucrées emballées, avec environ 20,23 litres par personne et par an, selon une étude de l’Université Gadjah Mada (UGM), démontrant l’inefficacité relative des politiques actuelles.
Le BPOM met également l’accent sur l’importance de l’éducation nutritionnelle et de la littératie. Le programme « Food Safe Village » vise à former des relais locaux pour dispenser conseils, éducation et supervision. « Nous ne parlons pas seulement de surveillance, mais aussi de changement de comportement. Les connaissances nutritionnelles doivent être inculquées dès le plus jeune âge », a souligné un responsable du BPOM.
« Les deux [édulcorants artificiels et sucre ajouté] constituent un ensemble dans la stratégie nationale de contrôle de la consommation de sucreries. Ce que nous soulignons n’est pas le manque de réglementation, mais la faible mise en œuvre dans ce domaine. »
Anggita, représentante de KADVOMAS FKM UI
Wafi Syukuri Baraja, président du département d’assurance-chômage de KADVOMAS FKM, a insisté sur la nécessité d’une approche intersectorielle et basée sur des preuves scientifiques. Il plaide pour des mécanismes de surveillance mesurables et l’étude d’instruments fiscaux comme les taxes sur le sucre, ainsi que la reformulation des produits, afin de garantir des politiques équitables et orientées vers la santé publique. L’éducation nutritionnelle et la participation communautaire sont, selon lui, des piliers essentiels d’une stratégie nationale efficace pour réduire le fardeau des maladies non transmissibles.
Pour Muhammad Alfiansyah, président du HMP FKM UI, la question des édulcorants artificiels dépasse le cadre technique pour devenir une question d’avenir pour la santé nationale. Il appelle à un « courage politique » du gouvernement pour appliquer les réglementations existantes et renforcer la synergie entre BPOM, le ministère de la Santé et les autres institutions afin que les politiques ne restent pas lettre morte. L’éducation nutritionnelle est, selon lui, la clé pour permettre aux citoyens de faire des choix de consommation éclairés.
Face à la prévalence croissante du diabète et de l’obésité, le contrôle de la consommation d’édulcorants artificiels et de sucre ajouté est devenu une priorité de santé publique en Indonésie. Les universitaires espèrent que les échanges tenus lors de cette audience accéléreront la mise en place de politiques alimentaires qui, au-delà de satisfaire le goût, contribuent durablement à la santé et au bien-être de la population indonésienne.