Publié le 2025-10-11 18:02:00. Le leader du Parti unioniste d’Ulster (UUP), Mike Nesbitt, a fermement rejeté l’idée d’un scrutin sur une Irlande unie, la jugeant prématurée et potentiellement déstabilisatrice. Il a également mis en garde contre le nationalisme anglais, qu’il considère comme une menace plus grande pour l’Irlande du Nord au sein du Royaume-Uni que le nationalisme irlandais.
- Mike Nesbitt estime que « personne n’est prêt pour un scrutin frontalier » et qu’un changement constitutionnel serait « déstabilisant, déroutant et finalement… décevant ».
- Il a prévenu qu’une Irlande unie pourrait aboutir à un équilibre des pouvoirs au Dáil (parlement irlandais) favorable aux unionistes.
- Le dirigeant de l’UUP a identifié le nationalisme anglais comme la « plus grande menace » pour l’Irlande du Nord au sein du Royaume-Uni.
Lors de la conférence de son parti, Mike Nesbitt a détaillé les raisons pour lesquelles une Irlande unie ne servirait pas les intérêts des citoyens des deux côtés de la frontière. Il a notamment évoqué le scénario où, avec l’ajout de quelque 60 nouveaux députés représentant l’Irlande du Nord au parlement irlandais, près de la moitié d’entre eux pourraient être unionistes ou britanniques. Cela leur conférerait un rôle clé dans la formation du gouvernement irlandais, une perspective jugée peu attrayante par le dirigeant de l’UUP pour tout « fier Irlandais ».
S’adressant à plusieurs centaines de militants dans un hôtel du sud de Belfast, le député de Strangford a par ailleurs contesté l’idée qu’une Irlande unie serait « transformationnelle » pour l’économie. Il a rappelé le crash du « Tigre celtique » en 2008, nécessitant un sauvetage massif, et a souligné la dépendance de l’économie irlandaise vis-à-vis du secteur pharmaceutique, une industrie de plusieurs milliards de dollars susceptible de susciter des frictions avec Donald Trump. Sur le plan de la défense, il a jugé qu’une telle unification serait absurde en période de tensions géopolitiques accrues, soulignant l’engagement du Royaume-Uni à augmenter ses dépenses militaires, contrairement à la République d’Irlande. « Allons-nous vraiment nous séparer de notre plus grande protection ? » a-t-il interrogé, plaidant plutôt pour un renforcement des capacités de la Royal Navy et de la Royal Air Force à utiliser l’Irlande du Nord pour défendre les côtes et les intérêts britanniques.
Mike Nesbitt a également relevé une « ironie » dans le débat constitutionnel : le fait que le Taoiseach (Premier ministre irlandais), Michael Martin, comprenne que personne ne soit prêt pour un scrutin frontalier, d’où son insistance sur l’initiative « Shared Island » plutôt que sur un référendum. Cependant, le danger, selon lui, réside dans le nationalisme anglais, qui se manifeste par un nombre croissant de députés arborant le drapeau de la Saint-Georges et voyant dans le Brexit une campagne pour « reprendre le contrôle ». Ces députés pourraient s’opposer aux subventions britanniques versées à l’Irlande du Nord, préférant les allouer à leurs propres circonscriptions. Nesbitt a mis en garde contre le soutien à des partis de droite qui attirent certains unionistes.
Critiquant ceux qui traitent d’« espions » (Lundy) tout unioniste participant au débat sur une Irlande unie, il a plaidé pour une discussion « ouverte, transparente et honnête ». « Le problème avec un changement constitutionnel comme le Brexit, c’est qu’il est déstabilisant, déroutant et finalement décevant », a-t-il affirmé, estimant qu’un « acte de foi constitutionnel suffit à n’importe quelle génération pour perdurer ».
Par ailleurs, Mike Nesbitt, également ministre de la Santé, a défendu son bilan, soulignant avoir pris des « décisions difficiles et impopulaires » par conviction. Il a appelé l’exécutif d’Irlande du Nord à « payer le personnel comme il le mérite », dénonçant le manque de foi de l’exécutif s’il ne respectait pas l’accord salarial pour le personnel infirmier, déjà approuvé. « Arrêtons de donner aux infirmières et aux travailleurs de la santé le sentiment qu’ils sont les seuls, partout au Royaume-Uni, à devoir menacer de faire grève pour obtenir ce qui leur appartient », a-t-il conclu.