Publié le 16 février 2026 à 07h47. Une étude internationale d’envergure révèle que l’excès de poids est un facteur de risque majeur d’infections graves et contribue significativement à la mortalité mondiale, soulignant l’urgence de politiques de santé publique axées sur la prévention de l’obésité.
- L’obésité augmente le risque d’hospitalisation ou de décès lié à une infection, avec un risque multiplié par près de trois pour les personnes souffrant d’obésité sévère (classe III).
- Environ 8,6 % des décès liés à une infection dans le monde en 2018, et 10,8 % en 2023, sont attribuables à l’obésité adulte.
- L’association entre obésité et risque d’infection est observée pour de nombreux types d’agents pathogènes, en particulier les virus.
Des données issues de vastes cohortes internationales ont permis de mettre en évidence un lien direct entre l’excès de graisse corporelle et une susceptibilité accrue aux infections graves. Publiée dans la prestigieuse revue The Lancet, cette étude confirme que l’obésité n’est pas seulement un facteur de risque pour des maladies chroniques comme le diabète et les maladies cardiaques, mais qu’elle a également un impact significatif sur la santé infectieuse mondiale.
Les chercheurs ont analysé les données de près de 547 000 adultes issus de Finlande et du Royaume-Uni (Biobanque britannique). Sur une période de suivi dépassant dix ans, ils ont constaté que les personnes obèses, en particulier celles souffrant d’obésité de classe III (IMC supérieur ou égal à 40 kg/m²), présentaient un risque considérablement plus élevé d’hospitalisation ou de décès suite à une infection. Le rapport de risque d’infections graves était de 2,69 en Finlande et de 3,07 au Royaume-Uni pour les personnes obèses de classe III, par rapport aux personnes ayant un poids santé.
L’étude a également révélé une relation dose-réponse claire : plus l’indice de masse corporelle (IMC) est élevé, plus le risque d’infection grave est important. Les infections virales, en particulier les infections virales aiguës, étaient particulièrement associées à l’obésité. Les infections bactériennes, notamment les infections cutanées et des tissus mous, étaient également plus fréquentes chez les personnes obèses. En revanche, aucun risque accru n’a été observé pour le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) ou la tuberculose, ce qui pourrait être lié à des mécanismes spécifiques à ces maladies.
Les analyses de changement de poids ont renforcé ces conclusions. Les personnes ayant pris du poids, passant du surpoids à l’obésité, ont vu leur risque d’infection augmenter, tandis que celles ayant perdu du poids ont bénéficié d’une légère réduction du risque.
En extrapolant ces résultats à l’échelle mondiale, les chercheurs estiment que l’obésité était responsable d’environ 0,6 million de décès liés à des infections en 2023. Les régions les plus touchées sont l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, tandis que les fractions attribuables à l’obésité sont plus faibles en Asie du Sud.
Cette étude souligne l’importance cruciale de la prévention de l’obésité et de la mise en œuvre de programmes de gestion du poids efficaces. Elle appelle également à une adaptation des politiques de vaccination et de contrôle des infections pour tenir compte de la vulnérabilité accrue des personnes obèses. Lutter contre l’obésité pourrait ainsi contribuer à réduire significativement le fardeau des maladies infectieuses, tant lors des épidémies saisonnières que lors de potentielles futures pandémies.
Référence du journal :
- Nyberg, ST, Frank, P., Ahmadi-Abhari, S., Pentti, J., Vahtera, J., Ervasti, J., Suominen, SB, Strandberg, TE, Sipilä, PN, Meri, S., Sattar, N. et Kivimäki, M. (2026). Obésité chez l’adulte et risque d’infections graves : une étude multicohorte avec des estimations de la charge mondiale. The Lancet. DOI : 10.1016/S0140-6736(25)02474-2, https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(25)02474-2/fulltext