Home Santé « Nous avons écrit ce livre pour éviter que les générations futures ne souffrent de la maladie de Parkinson »

« Nous avons écrit ce livre pour éviter que les générations futures ne souffrent de la maladie de Parkinson »

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La maladie de Parkinson, loin d’être une fatalité génétique, pourrait être évitée grâce à des actions ciblées sur notre environnement. C’est la conviction forte des neurologues Ray Dorsey et Michael Okun, qui proposent un plan ambitieux pour éradiquer ce fléau.

Lorsque le diagnostic de maladie de Parkinson est tombé pour son grand-père en 2014, l’auteure, comme beaucoup, a d’abord vu un coup du sort. Une fragilité génétique cachée, une fatalité du vieillissement. La maladie, qui affecte lentement les zones du cerveau responsables du mouvement, avait alors frappé son aïeul de tremblements incontrôlables, de raideurs et d’une perte de poids alarmante. « C’est l’enfer », confiait-il.

Mais les recherches récentes, synthétisées dans le livre « The Parkinson’s Plan » par les neurologues Ray Dorsey et Michael Okun, bouleversent cette vision. Selon les auteurs, la maladie, qui touche entre 150 000 et 300 000 personnes en Espagne, n’est pas une simple malchance. Ils affirment qu’elle est, pour l’essentiel, évitable et intimement liée à la pollution moderne et à l’exposition aux produits chimiques. Leur proposition ? Un plan global soutenu par 3 milliards de dollars de financement fédéral pour cibler les causes environnementales, stimuler la recherche, améliorer l’accès aux traitements et encourager les thérapies innovantes, avec un objectif clair : éradiquer la maladie de Parkinson.

Des causes environnementales sous le feu des projecteurs

« Nous avons écrit ce livre pour empêcher les générations futures de contracter cette maladie », explique le Dr Dorsey. « Et pour aider ceux qui en sont déjà atteints à ralentir sa progression et à trouver de meilleures façons de la traiter. » Les médecins soulignent un point crucial souvent méconnu : la maladie de Parkinson est évitable pour la grande majorité des cas.

« Plus de 85 % des personnes atteintes ne possèdent aucun facteur génétique connu. La réponse ne se trouve pas en nous, mais dans notre environnement », martèle le Dr Dorsey. Contrairement à une idée reçue tenace, il ne faut pas la comparer à la maladie d’Alzheimer, souvent perçue comme incurable. « Nous pouvons faire bien plus pour la maladie de Parkinson », assure le Dr Okun. « Nous disposons de plus de traitements et de plus de moyens d’aider les patients, que ce soit sur le plan comportemental, médicamenteux ou chirurgical. »

Le lien entre la maladie de Parkinson, la pollution et l’industrialisation est au cœur de leur travail. Les preuves s’accumulent depuis cinquante ans : des études épidémiologiques démontrent qu’une exposition à certains produits chimiques, comme le paraquat (un pesticide), le trichloréthylène (un produit de nettoyage à sec) ou encore la pollution atmosphérique, augmente significativement le risque de développer la maladie. Dans certains cas, ce risque peut grimper jusqu’à 500 %. Des expériences sur des animaux de laboratoire ont même reproduit les symptômes caractéristiques de la maladie, y compris les tremblements, après exposition à ces mêmes substances.

Le Dr Dorsey relate sa propre révélation lors d’une année sabbatique où il a découvert les travaux de la Dr Caroline Tanner. « Elle nous a expliqué, calmement et poliment, quelles sont les principales causes possibles de cette maladie, et nous n’y prêtons pas suffisamment d’attention », constate-t-il. Une négligence lourde de conséquences, aboutissant à des souffrances évitables.

Agir concrètement : des gestes individuels aux changements systémiques

Le livre propose une liste de « 25 actions contre la maladie de Parkinson », des mesures concrètes pour réduire les risques. Parmi elles, l’adoption d’un régime méditerranéen, l’utilisation de purificateurs d’air intérieurs et la consommation de caféine sont citées.

« Assurez-vous d’avoir un filtre sur votre eau, surtout si elle provient d’un puits, et soyez attentifs à sa qualité », conseille le Dr Okun. Il rappelle une étude frappante : vivre à moins de 1 à 5 kilomètres d’un golf augmente le risque de maladie de Parkinson, en raison des pesticides utilisés sur les pelouses qui peuvent contaminer les nappes phréatiques.

Le Dr Dorsey complète : « Il existe de nombreuses mesures que les gens peuvent prendre : bien laver les aliments, utiliser des filtres à eau et des purificateurs d’air, être vigilants quant aux pesticides utilisés dans le jardin… Voulez-vous des neurotoxines autour de vous ? Ou près de vos enfants ? » La perspective change rapidement lorsque l’on considère ce qui peut être modifié pour réduire les risques.

Cependant, la responsabilité ne repose pas uniquement sur les individus. Beaucoup n’ont pas le contrôle total sur leur environnement immédiat. Les zones de mauvaise qualité de l’air ou les voisins utilisant des pesticides échappent à leur emprise. Des changements systémiques sont donc indispensables.

« Nous devons interdire les pires coupables, comme cela a été fait avec le DDT », affirme le Dr Dorsey. « Si nous interdisions le paraquat, le trichloréthylène et le perchloroéthylène, il n’y aurait quasiment plus aucune raison pour que les gens développent la maladie de Parkinson. Nous pouvons trouver des alternatives plus sûres à ces produits chimiques. »

Il plaide également pour une information transparente : les citoyens doivent savoir s’ils vivent, travaillent ou étudient à proximité de lieux où ces produits chimiques sont utilisés. « Les gens doivent savoir afin de pouvoir prendre des mesures de protection et tenir les responsables de leurs actes pour responsables. »

Un contexte politique et des perspectives d’avenir

Face à un climat politique qui semble orienté vers la réduction du financement de la recherche et des pouvoirs de l’Agence de protection de l’environnement, les médecins restent déterminés. « Il est important que lorsque nous ne comprenons pas pleinement la situation, nous ne présumions pas le pire et que nous nous souvenions également que tout changement apporte des opportunités », déclare le Dr Okun.

Ils ont notamment examiné le rapport « Making America Healthy Again » de Robert F. Kennedy Jr. et ses collègues, y décelant des opportunités nouvelles. « Je pense qu’il est possible de réfléchir à une vie plus saine et peut-être de s’assurer que certains contaminants et pesticides sont pris en compte. Il peut y avoir un terrain d’entente là-dessus », espère-t-il.

Les recherches sur de nouveaux traitements et thérapies ouvrent des horizons prometteurs. L’édition génétique et la thérapie génique progressent, rendant ces options de plus en plus sûres à envisager. Les nanoparticules et la nanomédecine ouvrent la voie à des traitements capables de franchir la barrière hémato-encéphalique. La modulation électrique s’améliore considérablement, avec une meilleure compréhension du langage cérébral et la capacité de l’adapter pour améliorer des symptômes variés, au-delà des seuls tremblements. L’intelligence artificielle joue désormais un rôle clé dans le développement d’appareils réactifs en temps réel.

Le message central que les Drs Dorsey et Okun souhaitent transmettre est porteur d’espoir : « Nous avons la possibilité d’éradiquer cette maladie, et lorsque vous avez la possibilité d’éliminer une maladie, vous devriez la saisir », conclut le Dr Dorsey. « Nous l’avons fait avec le VIH. Il est possible que de notre vivant le VIH disparaisse en tant qu’entité clinique importante. Nous pouvons faire exactement la même chose avec la maladie de Parkinson. »

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