Face à la dengue, une maladie transmise par les moustiques qui menace des millions de personnes, la science et la technologie intensifient leurs efforts. Des approches novatrices, allant de la manipulation génétique à l’intelligence artificielle, sont déployées pour endiguer ce fléau. Ces innovations, certaines déjà en usage, d’autres encore en phase expérimentale, promettent de révolutionner la lutte contre le virus et son vecteur, le moustique Aedes aegypti.
Au cœur de ces nouvelles stratégies, des avancées en génétique visent à bloquer la transmission du virus. Des chercheurs de l’UC San Diego ont réussi à introduire des gènes issus du système immunitaire humain dans des moustiques Aedes. Ces derniers sont conçus pour produire des anticorps capables d’empêcher la réplication du virus de la dengue une fois ingéré avec le sang. L’idée est de diffuser ces moustiques modifiés génétiquement pour qu’ils transmettent cet anticorps aux populations sauvages, offrant ainsi une protection durable.
Une autre approche génétique prometteuse, détaillée dans la revue *Science Quotidienne*, s’attaque au cycle de vie du moustique. Une thérapie génique expérimentale vise à perturber la production d’une hormone stéroïde essentielle à la maturité sexuelle des insectes. En bloquant cette hormone, les moustiques ne parviendraient pas à atteindre l’âge adulte, mourant avant de pouvoir se reproduire et restant confinés à leur lieu d’éclosion plutôt que de se disperser pour se nourrir.
La technique de l’insecte stérile (TIS), quant à elle, bénéficie d’un soutien financier significatif. En septembre dernier, l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA) a reçu une subvention de 3,96 millions de dollars du gouvernement américain pour améliorer ce procédé. La TIS consiste à élever, stériliser par irradiation, puis relâcher un grand nombre de moustiques mâles dans la nature. L’objectif est de réduire la population globale en s’assurant que les femelles sauvages s’accouplent avec des mâles stériles. Le défi majeur réside dans la séparation efficace des mâles et des femelles avant la stérilisation. La subvention permettra de développer de nouvelles méthodes pour surmonter cet obstacle.
Des projets similaires, visant à réduire les populations de moustiques, exploitent également des technologies basées sur des bactéries. Le projet Debug, soutenu par Verily (une filiale d’Alphabet Inc., maison mère de Google), utilise la bactérie Wolbachia, développée par le World Mosquito Program. Cette méthode vise à empêcher les femelles Aedes aegypti de transmettre la dengue en relâchant des moustiques infectés par Wolbachia dans des zones ciblées. Verily complète cette approche par des technologies de pointe. Selon le site *Harvard Chan News*, l’entreprise développe des capteurs, des algorithmes et des systèmes d’ingénierie innovants pour trier les moustiques par sexe avec une grande précision. L’objectif est d’optimiser les lâchers et de créer des outils de surveillance pour identifier les zones nécessitant une intervention.
L’intelligence artificielle (IA) trouve également sa place dans cette lutte. L’organisation à but non lucratif « The Program » a récemment bénéficié d’une bourse « Microsoft AI for Earth ». Elle combine la méthode Wolbachia avec des logiciels avancés et l’IA pour optimiser le déploiement des moustiques traités. Un article publié sur le site de Microsoft explique comment ce consortium mondial utilise les données, l’apprentissage automatique et la puissance du cloud pour créer un modèle prédictif. Ce modèle aidera à déterminer les « meilleurs points de sortie » pour les lâchers, partout dans le monde.
Parallèlement, l’Institut de Recherche et Technologie Agroalimentaires (IRTA) de Catalogne, en Espagne, a recours à l’IA, aux capteurs et aux communications par satellite pour surveiller les vecteurs de la dengue. Le système Vectrack, financé par le programme européen Horizon 2020, analyse automatiquement les moustiques capturés dans des pièges pour les identifier par espèce, sexe, âge et potentiel infectieux. Ces données permettent de générer des cartes de risque en temps réel pour les autorités de santé publique.
L’observation par satellite et les drones offrent également des perspectives inédites. Le projet D-MOSS (Dengue Mosquito Simulation from Satellites), financé par le programme de partenariat international de l’Agence Spatiale Britannique, intègre des données d’observation de la Terre, des prévisions météorologiques et des modèles d’écoulement de l’eau. Il génère ainsi des alertes sur les risques de dengue et évalue les scénarios futurs liés au changement climatique et à l’utilisation des terres. Au Sri Lanka, l’Institut Arthur C Clarke pour les Technologies Modernes (ACCIMT) utilise des drones pour observer, photographier et même pulvériser des insecticides sur les sites potentiels de reproduction des moustiques, facilitant ainsi la surveillance et le contrôle des épidémies.
Sur le terrain, des initiatives locales émergent également. Une startup malaisienne, MN Empire, a développé un « éliminateur de moustiques à énergie solaire ». Ce dispositif attire les moustiques femelles et les incite à pondre leurs œufs dans un récipient contenant un liquide qui empêche leur éclosion. Les moustiques contaminés répandent ensuite cette solution inoffensive dans d’autres points d’eau stagnante, trompant ainsi leurs congénères.
Une autre approche biologique, mise en avant par EurekaAlert!, repose sur l’utilisation de bactéries naturelles. L’Université Ben Gourion du Néguev, en Israël, a développé le concept du « Trojan Mosquito ». Des étudiants chercheurs ont modifié le microbiome intestinal des moustiques mâles pour qu’ils expriment la bactérie BTI (Bacillus Thuringiensis Israelensis). Lors de l’accouplement, les mâles transmettent cette bactérie aux femelles, qui à leur tour la transfèrent à leurs œufs. Les larves, une fois écloses, sont empoisonnées par la toxine produite par la bactérie.
En Australie, Bio-Gene Technology propose une alternative aux insecticides conventionnels avec le Flavocide. Ce composé naturel, extrait d’eucalyptus, s’est révélé rapidement toxique pour les moustiques adultes. Publié dans *Small Capitales*, un article souligne le potentiel de ce nouveau produit face à la résistance croissante des moustiques aux insecticides actuels.
Enfin, une innovation prometteuse concerne une crème pour la peau capable de protéger contre la dengue. Des recherches publiées dans *Science Translational Medicine* ont démontré qu’une application topique, testée sur des souris infectées, déclenche une réaction immunitaire au site de la piqûre, limitant ainsi la réplication du virus. Ces avancées multiples témoignent d’une mobilisation scientifique et technologique sans précédent pour combattre la dengue.