Publié le 7 février 2026 à 11h07. Un parasite responsable de la schistosomiase, une maladie tropicale négligée, évolue et s’adapte, menaçant de devenir incontrôlable et de se propager au-delà de l’Afrique, son foyer traditionnel.
- Chaque année, 250 millions de personnes sont traitées pour la schistosomiase dans le monde.
- Des hybrides de parasites, capables d’infecter à la fois les humains et les animaux, compliquent la lutte contre la maladie.
- L’Organisation mondiale de la santé (OMS) alerte sur le risque d’une propagation accrue, notamment en Europe du Sud.
La schistosomiase, une infection parasitaire longtemps sous-estimée, suscite de vives inquiétudes parmi les scientifiques. Ce parasite, qui pénètre dans l’organisme par la peau lors d’un contact avec de l’eau contaminée, peut provoquer des lésions graves dans le foie, les poumons et les organes génitaux, souvent sans symptômes apparents pendant des années.
Si la majorité des cas se concentrent en Afrique, où les escargots, hôtes intermédiaires du parasite, sont abondants, la maladie a été détectée dans 78 pays à travers le monde, notamment en Chine, au Venezuela et en Indonésie. En Turquie, les cas observés jusqu’à présent concernaient des personnes revenant de voyages à l’étranger. Mais cette situation pourrait rapidement changer.
L’OMS a récemment annoncé que le parasite responsable de la schistosomiase a évolué, développant une capacité d’adaptation qui lui permet de survivre dans de nouvelles régions. Cette alerte a été lancée à l’occasion de la Journée mondiale des maladies tropicales négligées, une initiative visant à sensibiliser le public et les décideurs à l’importance de lutter contre ces affections qui touchent près d’un milliard de personnes dans le monde.
Qu’est-ce que la schistosomiase ?
La schistosomiase se transmet à l’homme et aux animaux par le biais de larves de parasites libérées par des escargots dans l’eau. Ces larves pénètrent la peau et se dirigent vers les vaisseaux sanguins, où les femelles pondent leurs œufs. Si certains de ces œufs sont éliminés naturellement, d’autres peuvent s’accumuler dans les tissus et les organes, provoquant des inflammations et des dommages. Dans les cas les plus graves, cela peut entraîner une défaillance d’organe, voire un cancer des organes génitaux.
Heureusement, la schistosomiase peut être traitée avec des médicaments antiparasitaires. L’OMS recommande un traitement régulier pour les populations à risque, notamment les enfants, les agriculteurs et les pêcheurs. Cependant, le professeur Janelisa Musaya, du programme de recherche clinique Liverpool Wellcome au Malawi, craint que l’évolution du parasite ne le rende résistant aux traitements existants.
Pointe de l’iceberg
La découverte d’hybrides de parasites, issus du croisement entre les souches humaines et animales, est particulièrement préoccupante. Ces hybrides, capables d’infecter les deux espèces, rendent le contrôle de la maladie beaucoup plus difficile. Selon les recherches récentes, 7 % des parasites testés dans des échantillons prélevés sur des humains et des animaux étaient des hybrides, un chiffre que les scientifiques estiment être « la pointe de l’iceberg », car les tests n’ont été effectués que dans un nombre limité de régions.
Ces hybrides pourraient à terme éliminer les souches de parasites affectant uniquement les humains ou les animaux. Le problème est d’autant plus grave que ces hybrides sont difficiles à détecter, car leurs œufs ne sont pas facilement identifiables au microscope et leurs symptômes peuvent être confondus avec ceux d’autres maladies, notamment les infections sexuellement transmissibles.
Épidémies dans le sud de l’Europe
Les scientifiques estiment que le changement climatique et l’augmentation des déplacements de populations favorisent la propagation de ces hybrides. Ces dernières années, des épidémies provoquées par des hybrides ont été signalées dans le sud de l’Europe. Pour le Dr Amadou Garba Djirmay, qui dirige le programme de lutte contre la schistosomiase de l’OMS, la situation est devenue une « préoccupation mondiale ».
Grâce à des programmes de lutte antiparasitaire, les cas de schistosomiase ont diminué de 60 % entre 2006 et 2024. Cependant, l’aide financière allouée à la lutte contre les maladies tropicales négligées a chuté de 41 % entre 2018 et 2023, selon l’OMS. Un manque de ressources qui pourrait compromettre les efforts de prévention et de traitement.