Publié le 2025-11-03 08:02:00. Dans l’ombre de la guerre en Ukraine et des tensions géopolitiques à ses frontières, la Transnistrie, république autoproclamée séparée de la Moldavie il y a plus de trente ans, reste un territoire figé dans un isolement politique et diplomatique profond, marqué par son héritage soviétique et une économie sous influence.
- La Transnistrie, étroite bande de terre entre la Moldavie et l’Ukraine, demeure non reconnue par l’ONU, maintenant une présence militaire russe et une économie dominée par un puissant conglomérat.
- L’invasion russe de l’Ukraine a accentué l’insécurité et les difficultés économiques dans la région, perturbant ses approvisionnements énergétiques et sa production industrielle.
- Malgré les tensions politiques avec la Moldavie pro-européenne, des signes de rapprochement émergent, avec des Transnistriens cherchant la stabilité et votant pour des partis moldaves.
La République autoproclamée de Transnistrie, officiellement nommée République Moldave Pridnestrovienne, peine à s’extraire de son statut de zone grise du droit international. Séparée de la Moldavie à l’issue d’un conflit bref mais sanglant en 1992, cette entité, peuplée d’environ 450 000 habitants, s’étend sur une bande de terre le long du fleuve Dniestr, stratégiquement située entre la Moldavie et l’Ukraine. Sa capitale, Tiraspol, se trouve à moins de 100 kilomètres d’Odessa. Bien qu’elle dispose de ses propres institutions et d’un gouvernement, aucun État membre de l’ONU ne la reconnaît officiellement, pas même la Russie qui y maintient un contingent d’environ 1 500 soldats, officiellement sous mandat de maintien de la paix.
Ce manque de reconnaissance internationale confine la Transnistrie à un héritage post-soviétique tenace. Les symboles de l’ère soviétique parsèment encore son paysage, témoignant d’une nostalgie persistante. Les monuments commémorant la guerre civile moldave ou la victoire contre le nazisme sont entretenus et fleuris. Dans les villages, comme à Slobodezia, la division historique entre communautés russes et moldaves persiste, tandis que dans la capitale, des statues de Lénine côtoient des vestiges de l’architecture soviétique. Les jeunes générations, comme Simon, se retrouvent sur les hauteurs surplombant le Dniestr, là où se tenaient des positions de snipers durant le conflit, symbole d’une frontière physique et mémorielle.
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Les chars exposés dans les rues de Tiraspol rappellent la guerre du Dniestr en 1992, un conflit post-soviétique entre l’armée transnistrienne (soutenue par la Russie) et les forces moldaves, qui a fait environ 1 000 morts.
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Maria, 35 ans, et sa fille Miroslava, résident à Tiraspol.
Ce statut juridique ambigu et l’absence de surveillance internationale ont fait de la Transnistrie un terrain propice à la contrebande et au crime organisé dès les années 1990. Le commerce illicite d’armes, de carburant, de cigarettes et d’alcool y a prospéré, en faisant un marché noir notoire en Europe post-soviétique. Progressivement, l’économie locale est tombée sous le contrôle du conglomérat Sheriff. Cette entreprise tentaculaire, détenue par Viktor Gushan, domine les supermarchés, les stations-service, les médias et même un club de football. L’influence de Sheriff est telle que de nombreux habitants estiment que l’entreprise exerce plus de pouvoir que le gouvernement.
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Simon, comme beaucoup de jeunes, vient sur cette colline au bord du Dniestr. Durant la guerre contre la Moldavie, des tireurs d’élite étaient positionnés sur cette colline et tenaient la future frontière.
L’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en février 2022 a intensifié l’insécurité dans la région. La Transnistrie, dont l’économie dépendait du gaz pratiquement gratuit fourni par la Russie via l’Ukraine, a vu ses flux perturbés, entraînant la fermeture de la plupart de ses industries. La présence militaire russe dans l’enclave soulève des inquiétudes en Moldavie, craignant une ouverture d’un nouveau front dans le conflit ukrainien. La présidente moldave, Maia Sandu, pro-européenne, cherche à éloigner fermement le pays de l’influence russe, ce qui a exacerbé les tensions avec les autorités pro-russes de Transnistrie, considérées comme un frein à la candidature de la Moldavie à l’Union européenne.
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Dans de nombreux villages de Transnistrie, les monuments de la guerre civile entre la Moldavie et la Transnistrie et de la victoire sur le nazisme sont régulièrement décorés de fleurs.
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À gauche : une jeune mère passe devant le Monument des Aviateurs, situé sur la place des 60 ans d’Octobre, dans la banlieue est de la capitale de facto. À droite : devant la Maison bulgare de la culture à Parcani se dresse une statue de Lénine.
Malgré ce contexte tendu, des signes d’un désir de changement émergent parmi la population transnistrienne. Les difficultés économiques croissantes incitent une partie de la population à chercher une plus grande stabilité. Lors des élections législatives de septembre, un tiers record des électeurs transnistriens ont voté pour le parti moldave pro-UE PAS, témoignant d’une volonté de se distancier du Kremlin et d’une aspiration à une réunification future avec la Moldavie. Des initiatives locales, comme la promotion des vêtements traditionnels et l’organisation d’activités culturelles dans le village de Rogi, témoignent également d’une vitalité communautaire.
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Varvara Dobish, 84 ans, vit dans le village de Slobodezia. Le village est divisé en deux parties : la partie russe, où elle réside, et la partie moldave.
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Marina vit dans la partie moldave du village de Slobodezia et accueille chaque jour sa belle-fille, Katerina Petraru, et ses petits-enfants Dimitri, cinq mois, et Varia, 12 ans.
Les habitants de cette région, pris entre diverses identités culturelles et linguistiques (moldave, roumaine, ukrainienne, bulgare, et l’empreinte soviétique persistante), sont souvent confrontés à une crise identitaire. Ce sentiment d’appartenance floue renforce leur perception d’être abandonnés, ne s’identifiant à aucune nation clairement définie. L’économie locale, marquée par le tourisme limité – un bateau de croisière sur le Dniestr restant souvent à quai faute de passagers – et l’influence prégnante de Sheriff, peine à offrir des perspectives claires aux jeunes générations confrontées à un passé figé et un avenir incertain.
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À gauche : Yulia, 31 ans, est enceinte de sept mois. À droite : des adolescents échappés d’un mariage jouent sur une locomotive à vapeur russe CY 06-71 datant de la révolution, qui sert de musée souvent fermé.
La présence du conglomérat Sheriff, qui contrôlerait jusqu’à 60% de l’économie locale, jette une ombre sur le développement de la Transnistrie. La construction de nouveaux supermarchés, comme celui de Rîbnița, témoigne de son expansion continue, mais souligne également la concentration du pouvoir économique entre quelques mains, au détriment d’une économie diversifiée et indépendante.
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Le seul bateau de Tiraspol permettant la navigation sur le Dniestr et les visites de la ville est souvent à quai faute de visiteurs. Il ne prend la mer que lorsque le minimum de 20 passagers est atteint. Généralement pendant la semaine, le bateau reste à quai, attendant les passagers.
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Vitaliy, 40 ans, Natasha, 43 ans, Vlad, 17 ans, et Bogdan, 11 ans, une famille vivant à Tiraspol.
La réunification potentielle avec la Moldavie, bien qu’encore lointaine, représente pour beaucoup de Transnistriens la seule voie vers une intégration européenne et une stabilité économique et politique durable. Les difficultés actuelles et la volonté de se détacher d’une influence russe omniprésente pourraient accélérer ce processus, bien que les défis remainent considérables.
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Un nouveau supermarché Sheriff dans la ville de Rîbnița. La marque appartient à Viktor Gushan, un homme d’affaires à l’influence omniprésente, qui contrôlerait 60 % de l’économie du pays.
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Ludmila, Luba et Svetlana vivent dans le village de Rogi, à la frontière moldave. Ils travaillent ensemble pour promouvoir les vêtements traditionnels et organisent des danses et des spectacles pour la population locale.