La simple réduction des glucides ou des graisses dans l’alimentation ne suffit pas à protéger le cœur : c’est la qualité des aliments choisis qui compte le plus, selon une vaste étude américaine publiée dans le Journal of the American College of Cardiology (JACC). Une alimentation saine, même avec un apport limité en glucides ou en lipides, est associée à un risque significativement plus faible de maladies coronariennes.
Les chercheurs ont analysé les données de près de 200 000 adultes américains suivis pendant plus de 30 ans, soit plus de 5,2 millions d’années-personnes. Au cours de cette période, 20 033 cas de coronaropathie ont été recensés. L’étude a révélé que les régimes pauvres en glucides ou en graisses, lorsqu’ils étaient basés sur des aliments sains et riches en nutriments, étaient liés à une meilleure santé cardiaque.
À l’inverse, les régimes construits autour de glucides raffinés et de produits d’origine animale étaient associés à un risque accru de maladies coronariennes et à des indicateurs métaboliques moins favorables. Les participants ont évalué leurs habitudes alimentaires à l’aide de questionnaires détaillés sur la fréquence de consommation.
« Nos résultats soulignent qu’il ne s’agit pas seulement de réduire les glucides ou les graisses, mais aussi de la qualité des aliments que les gens choisissent pour composer ces régimes », explique Zhiyuan Wu, chercheur postdoctoral à la Harvard T.H. Chan School of Public Health et principal auteur de l’étude. « L’efficacité des régimes faibles en glucides et en graisses pour réduire le risque de maladies coronariennes est un sujet de débat, et des études antérieures ont donné des résultats contradictoires. »
Selon M. Wu, ces divergences pourraient s’expliquer par la grande variété de façons dont les gens adoptent ces régimes. Certains privilégient les légumes, les céréales complètes et les graisses saines, tandis que d’autres se tournent vers des produits transformés, des céréales raffinées et des graisses animales.
« Se concentrer uniquement sur la composition nutritionnelle, sans tenir compte de la qualité des aliments, pourrait ne pas apporter de bénéfices pour la santé », ajoute-t-il.
L’analyse a mis en évidence des tendances notables : les versions saines des régimes pauvres en glucides et en graisses, privilégiant les aliments végétaux, les céréales complètes et les graisses insaturées, étaient associées à un risque significativement plus faible de maladies coronariennes. Les versions moins saines, riches en glucides raffinés et en graisses et protéines animales, étaient quant à elles liées à un risque plus élevé. De plus, une meilleure qualité alimentaire était corrélée à des taux de triglycérides plus faibles, à un taux de cholestérol HDL plus élevé et à une réduction de l’inflammation.
Les tests métabolomiques ont confirmé ces résultats, révélant des profils de biomarqueurs favorables chez les personnes suivant une alimentation plus saine. « Ces résultats suggèrent qu’un régime alimentaire sain, pauvre en glucides et en graisses, pourrait partager des mécanismes biologiques communs qui améliorent la santé cardiovasculaire », précise M. Wu. « Se concentrer sur la qualité globale de l’alimentation peut offrir aux individus la possibilité de choisir des habitudes alimentaires qui correspondent à leurs préférences tout en favorisant la santé cardiaque. »
Les chercheurs précisent que ces conclusions ne s’appliquent pas nécessairement aux régimes très restrictifs en glucides ou en graisses, comme les régimes cétogènes. Ils soulignent également que les données alimentaires étant auto-déclarées, elles peuvent comporter des imprécisions. Enfin, ils notent que les participants étaient des professionnels de la santé, généralement plus sensibilisés aux questions de santé et ayant un meilleur accès aux soins, ce qui pourrait limiter la généralisation des résultats à l’ensemble de la population.
« Cette étude contribue à faire évoluer le débat au-delà de la question de savoir si les régimes pauvres en glucides ou en graisses sont meilleurs », conclut le Dr Harlan M. Krumholz, rédacteur en chef du JACC. « Les résultats montrent que ce qui compte le plus pour la santé cardiaque, c’est la qualité des aliments que les gens consomment. Qu’un régime soit pauvre en glucides ou en graisses, l’accent mis sur les aliments végétaux, les céréales complètes et les graisses saines est associé à de meilleurs résultats cardiovasculaires. »