Publié le 20 février 2026 à 10h46. Une étude internationale révèle que le délire post-cardiovasculaire, une complication souvent négligée, est bien plus fréquente et dangereuse qu’on ne le pensait, et qu’une prévention systématique pourrait réduire son incidence jusqu’à 40 %.
- Le délire, un état de confusion aiguë, est une complication courante mais sous-estimée après une intervention cardiovasculaire.
- Il est associé à une augmentation de la durée des séjours à l’hôpital et en soins intensifs, à une mortalité accrue et à un risque accru de déclin cognitif à long terme.
- La prévention, par des mesures non médicamenteuses, est la stratégie la plus efficace pour réduire l’incidence du délire.
Une nouvelle étude, menée par l’Hôpital universitaire de Bonn (UKB) et publiée dans le European Heart Journal, met en lumière l’importance cruciale de la prévention et de la prise en charge du délire chez les patients ayant subi une intervention cardiovasculaire. L’analyse de près de 1 604 études menées sur plus de trois décennies révèle que cette complication, caractérisée par une désorientation, une altération de l’attention et parfois des hallucinations, est bien plus fréquente et impactante qu’on ne le croyait.
Les patients âgés, en particulier ceux ayant subi une chirurgie cardiaque ou des procédures interventionnelles, sont les plus vulnérables. L’étude, impliquant des cardiologues, des chirurgiens cardiaques, des médecins de soins intensifs et des psychiatres, démontre que le délire ne se limite pas à une confusion temporaire. Il est associé à des séjours prolongés à l’hôpital et en soins intensifs, à une augmentation de la mortalité, à des besoins accrus en soins de longue durée et à un risque considérablement accru de déficience cognitive permanente.
Selon le professeur Enzo Lüsebrink, cardiologue à l’UKB et co-auteur principal de l’étude, le délire « n’est pas un problème marginal, mais l’une des complications centrales de la médecine cardiaque moderne ». Pourtant, il est souvent méconnu, en particulier sa forme dite hypoactive, qui se manifeste par une apathie et une diminution de l’activité, et est souvent attribuée à l’âge ou à la fatigue.
Le docteur Endrit Cekaj, médecin assistant au département de cardiologie de l’UKB, souligne le manque d’utilisation des outils de dépistage validés, tels que la méthode d’évaluation de la confusion (CAM) et son adaptation pour les soins intensifs. « Ces outils, rapides et fiables, sont encore trop rarement utilisés dans la pratique clinique quotidienne », explique-t-il.
L’étude met en avant l’importance d’une approche préventive, basée sur des mesures non pharmacologiques multimodales. Une mobilisation précoce, une réorientation du patient, une hygiène du sommeil adaptée, une stimulation cognitive, un traitement adéquat de la douleur et l’implication de la famille peuvent réduire l’apparition du délire jusqu’à 40 %. L’étude évalue cependant de manière critique l’utilisation systématique de médicaments en prévention.
Le docteur David HV Vogel, chef du groupe de recherche « Psychopathologie expérimentale » à la clinique de psychiatrie et de psychothérapie de l’UKB, insiste sur le fait que « le délire ne doit pas être considéré comme inévitable, même en cas de prévention insuffisante ». Les auteurs proposent des approches thérapeutiques structurées, basées sur la gravité du délire, le contexte clinique et son type.
Le traitement du délire repose principalement sur des mesures non pharmacologiques, adaptées à la sévérité de l’état. En cas de besoin, des médicaments peuvent être utilisés, notamment la dexmédétomidine en soins intensifs pour les formes modérées à sévères, et des antipsychotiques, en tenant compte des bénéfices et des risques potentiels pour le cœur.
« Une approche structurée et progressive est essentielle », souligne le professeur Lüsebrink. « Notre travail montre qu’il existe des stratégies de traitement fondées sur des preuves et cliniquement réalisables en cardiologie, à condition que le délire soit reconnu précocement et pris en charge de manière interdisciplinaire. »
La professeure Alexandra Philipsen, directrice de la clinique de psychiatrie et de psychothérapie de l’UKB, insiste sur la nécessité d’une vision holistique : « Nous pouvons traiter efficacement les problèmes cardiaques de nos patients, mais si nous ne détectons pas et ne prévenons pas systématiquement le délire, nous risquons de causer des dommages à long terme au cerveau. La prévention du délire doit donc devenir une composante intégrante des soins cardiovasculaires. »
Les auteurs appellent à des études prospectives ciblées pour développer des recommandations spécifiques en matière de prévention et de traitement du délire chez les patients cardiaques.
Contacts scientifiques :
Professeur Enzo Lüsebrink
Cardiologue au Centre de Cardiologie
Hôpital universitaire de Bonn
Enzo.Luesebrink@gmx.de
Professeure Alexandra Philipsen
Directrice de la Clinique de Psychiatrie et Psychothérapie
Hôpital universitaire de Bonn
Alexandra.Philipsen@ukbonn.de
Publication originale :
Endrit Cekaj, David HV Vogel et al. : Délire en médecine cardiovasculaire ; European Heart Journal ; https://doi.org/10.1093/eurheartj/ehag088
Caractéristiques de ce communiqué de presse :
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