Home Santé « Quand ton intestin se dérègle, ton esprit le sent », affirme le médecin qui propose « d’écouter son ventre » pour mieux vivre

« Quand ton intestin se dérègle, ton esprit le sent », affirme le médecin qui propose « d’écouter son ventre » pour mieux vivre

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Publié le 15 octobre 2025 à 10:01. Notre intestin, souvent relégué au rôle de simple tube digestif, serait en réalité un véritable « second cerveau » influent sur nos émotions et notre bien-être général. Le Dr. Ignacio Caldo, gastro-entérologue et instructeur de pleine conscience, décrypte cette connexion intime et propose des pistes pour mieux l’écouter.

  • L’intestin abrite un réseau neuronal complexe, le système nerveux entérique, qui dialogue directement avec le cerveau, notamment les zones dédiées aux émotions.
  • Les déséquilibres digestifs peuvent se manifester par des troubles de l’humeur, de l’irritabilité, voire de l’anxiété, et vice-versa.
  • Une approche « gastroconsciente », alliant bonnes habitudes alimentaires, gestion du stress et pleine conscience, est préconisée pour améliorer la santé digestive et globale.

Lorsque des troubles digestifs surviennent, le mal-être physique peut rapidement affecter notre état émotionnel, créant un cercle vicieux parfois difficile à briser. Le Dr. Ignacio Caldo, gastro-entérologue et fervent défenseur de l’étude de l’axe intestin-cerveau, déplore une vision trop simpliste de notre système digestif. « Sa fonction va au-delà de la digestion des aliments et de l’absorption des nutriments », explique-t-il. « L’intestin influence toute l’économie du corps : il nous défend, ressent et parle avec le cerveau. Quand ce dialogue devient compliqué, la journée empire. Le ventre parle et parfois il crie », souligne-t-il, ajoutant que « l’instinct demande à être entendu ».

Cette conviction l’a poussé à écrire son ouvrage, « La gastroconscience, le sens caché de vos entrailles », afin de mieux faire comprendre la corrélation entre le stress, l’anxiété et les inconforts digestifs, et la manière dont notre biologie intestinale et notre vécu subjectif sont intimement liés.

L’intestin, ce « deuxième cerveau »

Mais pourquoi parle-t-on de l’intestin comme d’un second cerveau ? Le Dr. Caldo détaille : « Tout d’abord parce qu’il abrite des réseaux neuronaux appelés système nerveux entérique. Ces réseaux modulent la fonctionnalité du mouvement et la sécrétion des liquides digestifs, mais ils perçoivent également des signaux chimiques et inflammatoires, liés au système immunitaire qu’il abrite en grande partie. »

Bien qu’autonome, ce système communique avec le cerveau principal via le nerf vague et d’autres réseaux neuronaux. Ce dialogue n’est pas anodin : il cible spécifiquement les zones cérébrales liées aux émotions, comme le système limbique et le réseau de saillance neuronale, impliqué dans notre perception interne (l’intéroception). « Dans le titre du livre, je parle du sens caché de votre intérieur parce que c’est quelque chose dont on ne parle pas tellement, qui est si divulgué et qui est interprété en fonction de l’importance qu’il a dans notre vie quotidienne », précise le médecin.

Quand le ventre nous « crie » dessus

Comment cette connexion se manifeste-t-elle concrètement ? « Lorsque vous avez un problème au ventre, vous ressentez beaucoup de douleur, d’inflammation, en général vous allez passer une journée émotionnelle pas entièrement bonne, car toutes ces perceptions sensorielles vont à l’insula cérébrale et de là au système limbique », explique le Dr. Caldo. Il est donc possible que votre irritabilité ne soit pas due à une dispute, mais à des signaux de dysfonctionnement interne venant de votre système digestif.

La question de la cause et de l’effet – le mal-être digestif provoquant un mal-être émotionnel, ou l’inverse – est complexe. « Ce qui est intéressant, c’est que parfois c’est la poule et l’œuf », reconnaît le Dr. Caldo. Un déséquilibre du microbiote intestinal peut activer le système immunitaire, envoyant des signaux qui conduisent à l’irritabilité ou à l’anxiété. Inversement, un événement stressant, comme un problème avec son employeur, active la réponse au stress de l’organisme, qui impacte à son tour la partie intestinale. Il s’agit donc d’une « relation à double sens ».

SIBO et côlon irritable : mode ou réalité ?

Face à la popularité de diagnostics comme le SIBO (Small Intestinal Bacterial Overgrowth, ou prolifération bactérienne dans l’intestin grêle) ou le syndrome du côlon irritable, le Dr. Caldo nuance : « Il existe une certaine confusion autour de ces termes. Certains patients pensent que le SIBO est la même chose que le syndrome du côlon irritable. » Il confirme que le nombre de diagnostics a augmenté, grâce à une meilleure diffusion de l’information et à des tests plus performants. Cependant, il met en garde contre le « surdiagnostic », tant pour le SIBO que pour le côlon irritable, soulignant l’importance de la consultation médicale.

Il rappelle que de nombreux troubles digestifs partagent des symptômes similaires. « Parfois, les gens voient un message présentant cinq symptômes et disent ‘Oh, je les ai tous, j’ai bien sûr ça !’ Et c’est probablement autre chose », avertit-il. Des diagnostics comme la sensibilité au gluten non cœliaque, la maladie cœliaque ou les maladies inflammatoires de l’intestin peuvent présenter des tableaux cliniques proches.

La distinction entre pathologies organiques et fonctionnelles est aussi soulevée. Jusqu’à récemment, les troubles fonctionnels étaient parfois considérés comme « psychologiques » en l’absence de marqueurs biologiques évidents. « Le problème est que, à mon avis et avec les progrès que nous avons réalisés ces dernières années, continuer à dichotomiser entre l’esprit et le corps n’est pas bon », affirme le Dr. Caldo. Il rappelle que depuis 2016, ces entités sont renommées et catégorisées comme « troubles ou troubles des interactions de l’axe intestin-cerveau », intégrant ainsi une vision plus globale.

Gastroconscience : vivre en pleine conscience

Formé à la pleine conscience, le Dr. Caldo intègre ces pratiques dans sa démarche médicale. « C’est une pratique pour laquelle de nombreuses preuves scientifiques sont disponibles qui prouvent comment elle aide à gérer le stress, à réduire l’anxiété », explique-t-il.

En consultation, il cherche à motiver ses patients à adopter ces outils. « Ce que je fais, c’est essayer de motiver la personne en face de moi pour qu’elle puisse concrètement ajouter cet outil à sa vie. » Son objectif est d’encourager un changement profond, plutôt qu’une recherche de solutions rapides.

Conseils pour se sentir mieux

Écouter son ventre passe par de « petits changements qui produisent de grands effets », selon le Dr. Caldo. Parmi eux : une alimentation riche en fibres, une mastication adéquate, un sommeil régulier, une bonne régulation des rythmes circadiens et une activité physique modérée après les repas (marcher 10 à 15 minutes après avoir mangé).

« De nombreux problèmes digestifs proviennent de ne pas manger correctement », insiste-t-il, soulignant l’importance de la manière dont on s’y prépare. L’intégration de la « manger en pleine conscience » est une piste. Avant de passer à table, s’accorder quelques instants pour « respirer profondément trois fois » permet de se connecter à son corps et d’observer son état. « Arrêtez-vous et regardez la nourriture », recommande-t-il.

Il suggère une analogie pratique : « comme si nous étions dégustateurs de vins dans la meilleure cave de Mendoza : là, nous nous arrêtons, sentons et regardons le vin. Eh bien, faites la même chose avec la nourriture, donnez-nous cet espace. » Mâcher calmement, savourer ce moment, même une seule fois par jour, peut grandement faciliter la digestion, qui requiert calme et détente.

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