Publié le 7 février 2026 à 12h33. Le Venezuela est à un tournant de son histoire, avec la libération de centaines de prisonniers politiques et l’adoption de nouvelles lois, suscitant à la fois espoirs de transition et exigences de garanties pour les Vénézuéliens de la diaspora.
- La libération de centaines de prisonniers politiques a débuté le 8 janvier 2026.
- De nouvelles lois sur les hydrocarbures et une loi d’amnistie ont été approuvées.
- La diaspora vénézuélienne, notamment des figures de l’opposition comme María Corina Machado, exprime son espoir de pouvoir rentrer au pays, mais avec des conditions.
La situation au Venezuela connaît une accélération notable, marquée par des développements politiques majeurs. La capture de Nicolás Maduro et son extradition vers les États-Unis ont entraîné une série de décisions significatives, notamment la promulgation d’une nouvelle loi sur les hydrocarbures et l’adoption d’une loi d’amnistie.
Parallèlement, la libération de plusieurs centaines de prisonniers politiques a commencé, suite à l’annonce faite le 8 janvier 2026 par le président de l’Assemblée nationale, Jorge Rodríguez. Cette initiative est perçue par de nombreux observateurs comme un signe de recomposition institutionnelle et d’ouverture politique.
La diaspora vénézuélienne suit de près ces événements, nourrissant un espoir prudent de pouvoir un jour retourner chez elle. María Corina Machado, figure de l’opposition et lauréate du prix Nobel de la paix en 2025, a publiquement exprimé son intention de rentrer au Venezuela, notamment sur son compte X et lors d’interviews.
« Chers Vénézuéliens, nous avançons d’un pas ferme. Très bientôt, je retournerai au Venezuela pour travailler ensemble à la transition et à la construction d’un pays exceptionnel, dans lequel retourneront nos enfants. La raison et la force de cette lutte, c’est notre peuple. »
María Corina Machado, leader de l’opposition et prix Nobel de la paix 2025
Depuis la Colombie, une infirmière originaire de l’État de Trujillo, souhaitant rester anonyme par souci de sécurité, a également exprimé son désir de rentrer au Venezuela, mais a conditionné son retour à une amélioration significative de la situation politique, des opportunités d’emploi et de la sécurité.
Elle a expliqué que son départ du pays avait été forcé à la suite de l’opération dite « Tun Tun », qu’elle décrit comme une répression visant les professionnels de la santé. Elle a précisé que Mario Aldana, infirmier à l’Institut vénézuélien de sécurité sociale (IVSS), ainsi que d’autres collègues, dont le Dr Torres et son épouse, restent détenus.
« Au Venezuela, on ne peut pas s’exprimer librement. Vivre ainsi est très difficile. Les journalistes, qui ont le devoir d’informer, sont persécutés, tout comme les travailleurs du secteur de la santé. »
Infirmière vénézuélienne en Colombie (identité non divulguée)
La loi d’amnistie est perçue comme un signe d’espoir par ceux qui sont contraints à l’exil. « Espérons que cette loi nous permettra de rentrer bientôt et de contribuer à la reconstruction du pays. Mais il est également urgent d’obtenir des salaires décents pour tous les agents de santé », a-t-elle ajouté.
L’infirmière a également partagé l’impact émotionnel de la migration forcée. « Être un migrant n’est pas facile. Ce n’est pas juste de devoir quitter son pays de force. Dans mon cas, j’ai eu besoin d’une aide psychologique pendant les premiers mois. Je ne peux pas imaginer la souffrance des proches des prisonniers politiques et des prisonniers d’opinion. »
Elle a évoqué le cas d’Oscar Castañeda, un jeune homme de l’État de Portuguesa, comme particulièrement poignant. Son histoire l’a profondément marquée. « C’était dévastateur de voir comment ils ont détruit sa vie et celle de sa famille. Ici, en Colombie, on me demande comment les Vénézuéliens en sont arrivés là, et la vérité est qu’ils nous ont forcés à fuir. Ils ont les armes et la puissance militaire. »
Elle a également dénoncé la corruption au sein des forces armées, qu’elle considère comme un facteur déterminant dans la crise que traverse le pays. « La corruption a gangrené ceux qui étaient censés protéger la nation, les rendant complices de sa destruction. C’est pourquoi beaucoup d’entre nous ont quitté le pays : pour survivre, mais aussi pour continuer à lutter et à faire entendre notre voix. »
Le Venezuela est confronté à une étape décisive de son histoire récente. Les signes de changement, reflétés dans les réformes législatives et les processus de libération, coexistent avec les conséquences profondes d’années de persécution, d’exil et de détérioration institutionnelle. Pour des millions de Vénézuéliens, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, la transition ne sera réelle que lorsque les libertés totales seront garanties, la justice rétablie, et des conditions de vie et de travail décentes assurées. Le retour de la diaspora, la protection de ceux qui s’expriment librement et la reconstruction du tissu social seront les véritables indicateurs du succès de ce processus.
Article rédigé par Rosange Mendoza pourLa Nationale