Home Santé Un acide gras oméga-6 peut réduire le risque de trouble bipolaire

Un acide gras oméga-6 peut réduire le risque de trouble bipolaire

0 comments 88 views

Une découverte scientifique pourrait ouvrir de nouvelles pistes pour comprendre et potentiellement prévenir le trouble bipolaire. Des chercheurs ont identifié un lien surprenant entre une prédisposition génétique à des niveaux élevés de certains lipides sanguins et une réduction du risque de développer cette affection psychiatrique complexe. Cette avancée, publiée dans la revue Biological Psychiatry, suggère que l’alimentation et le mode de vie pourraient jouer un rôle plus important que prévu.

Le trouble bipolaire, caractérisé par des alternances extrêmes d’humeur entre manie et dépression, reste une maladie difficile à cerner malgré sa forte composante héréditaire. Les nouvelles recherches apportent un éclairage nouveau en soulignant l’importance des métabolites, ces petites molécules qui circulent dans notre organisme. L’étude a identifié 33 métabolites, principalement des lipides, associés au trouble bipolaire parmi plus de 900 analysés, en utilisant une méthode d’inférence causale appelée randomisation mendélienne.

Au cœur de cette découverte se trouve l’acide arachidonique, un acide gras polyinsaturé oméga-6 que l’on trouve notamment dans les œufs, la volaille et les fruits de mer. Les chercheurs australiens, menés par David Stacey du Centre australien pour la santé de précision à l’Université d’Australie-Méridionale, ont observé que la présence de gènes spécifiques (FADS1/2/3), impliqués dans le métabolisme des lipides, semblait moduler cette association. Ces gènes sont essentiels pour la production d’acide arachidonique et d’autres métabolites lipidiques.

« Des preuves accumulées indiquent un rôle des métabolites dans le trouble bipolaire et d’autres troubles psychiatriques », explique David Stacey. « En identifiant les métabolites qui jouent un rôle causal dans le trouble bipolaire, nous espérions pouvoir mettre en évidence des interventions potentielles en matière de mode de vie ou d’alimentation. »

Ce qui est particulièrement intrigant, c’est le paradoxe observé : une prédisposition génétique favorisant des taux plus élevés de lipides contenant de l’acide arachidonique semblait, de manière inattendue, corrélée à un risque plus faible de trouble bipolaire. À l’inverse, les lipides liés à l’acide linoléique, un autre acide gras oméga-6, montraient une association inverse.

John Krystal, rédacteur en chef de Biological Psychiatry, commente : « L’acide arachidonique est généralement un acide gras oméga-6 largement présent dans le corps et le cerveau qui contribue à la santé des membranes cellulaires. Cette étude constitue une avancée fascinante dans l’effort visant à développer des biomarqueurs sanguins du risque de trouble bipolaire, en particulier chez les patients atteints de trouble bipolaire et de variations génétiques à risque dans le groupe de gènes FADS1/2/3. »

L’acide arachidonique joue un rôle crucial dans le développement cérébral, étant même essentiel au développement du nourrisson et présent dans le lait maternel, d’où son ajout fréquent dans les préparations pour bébés. Cette observation renforce l’idée que le trouble bipolaire pourrait avoir des origines neurodéveloppementales. Il est intéressant de noter que l’acide arachidonique peut être obtenu directement par l’alimentation (viande, fruits de mer) ou synthétisé par l’organisme à partir de l’acide linoléique trouvé dans les noix, les graines et les huiles végétales.

« À notre connaissance, notre étude est la première à mettre en évidence un rôle causal potentiel entre l’acide arachidonique et le trouble bipolaire », conclut le Dr Stacey. « Des études précliniques et des essais contrôlés randomisés seront nécessaires pour déterminer la valeur préventive ou thérapeutique des suppléments d’acide arachidonique, peut-être avec un accent particulier sur les personnes dont la voie de synthèse de l’acide arachidonique est compromise ou dont les sources alimentaires naturelles sont pauvres. Ces individus pourraient avoir besoin d’un apport suffisant en acide arachidonique et autres acides gras polyinsaturés pour favoriser un développement cérébral optimal, réduisant ainsi potentiellement leur risque de trouble bipolaire. »

Leave a Comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.