Publié le 10 février 2024 21:36:00. La levure multirésistante Candida auris continue de représenter une menace sérieuse pour la santé publique aux États-Unis, avec une prévalence croissante et une résistance accrue aux traitements antifongiques. Une nouvelle analyse des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) souligne la nécessité d’une surveillance et d’une réponse continues.
- Plus de 95 % des souches de Candida auris analysées en 2022 et 2023 sont résistantes au fluconazole, un antifongique couramment utilisé.
- Le nombre de cas cliniques a augmenté de manière significative, passant de 51 en 2016 à 4 514 en 2023.
- Bien que la résistance à d’autres classes d’antifongiques reste faible, les chercheurs mettent en garde contre une possible propagation de souches résistantes.
La levure Candida auris, apparue aux États-Unis en 2016, se confirme comme un pathogène difficile à traiter, capable de provoquer des infections invasives graves, notamment chez les patients hospitalisés. Une étude récente, publiée dans la revue Emerging Infectious Diseases, révèle que la résistance aux antifongiques, en particulier au fluconazole, demeure un problème majeur.
L’analyse menée par le réseau de laboratoires de résistance aux antimicrobiens (AR) du CDC, portant sur 8 033 isolats cliniques de Candida auris prélevés en 2022 et 2023, a mis en évidence un taux de résistance au fluconazole supérieur à 95 % à l’échelle nationale. Seule la région du Midwest présente un taux légèrement inférieur, de 83 %. La résistance à l’amphotéricine B a été observée dans 15 % des cas, tandis que la résistance aux échinocandines et aux trois classes d’antifongiques combinées reste rare (1 % et moins de 1 % respectivement).
Les auteurs de l’étude soulignent toutefois que l’utilisation des échinocandines comme traitement de première intention contre les infections à Candida auris reste justifiée, compte tenu de la faible prévalence de la résistance à cette classe d’antifongiques. Ils insistent cependant sur la nécessité d’une vigilance accrue face à l’augmentation du nombre de souches résistantes et à la possibilité de leur propagation entre les patients.
« Nos résultats mettent en évidence la persistance de C. auris comme une menace multirésistante nécessitant un investissement soutenu dans les capacités des laboratoires pour une détection et une réponse précoces. »
Auteurs de l’étude
Depuis son émergence, la prévalence de Candida auris n’a cessé de croître. Le nombre d’isolats cliniques testés par le réseau AR Laboratory Network est passé de 3 064 en 2022 à 4 969 en 2023. Des infections invasives ont été signalées dans 39 États américains. La levure est particulièrement préoccupante en raison de sa capacité à se propager facilement dans les établissements de soins de santé, où elle peut provoquer des épidémies.
Un exemple frappant est l’épidémie qui a touché le comté de Maricopa, en Arizona, entre avril 2022 et février 2023, impliquant 28 établissements de santé. Une description détaillée de la réponse de santé publique locale à cette épidémie a été publiée dans la revue Infection Control & Hospital Epidemiology.
Les chercheurs insistent sur l’importance d’une surveillance continue et d’investissements dans les capacités de diagnostic pour lutter efficacement contre cette menace émergente.