Publié le 2025-11-02 16:06:00. Catherine Connolly a été élue présidente de l’Irlande avec un soutien populaire sans précédent depuis 1937, marquant une victoire pour une voix anti-establishment qui a surpris l’élite politique irlandaise.
- La nouvelle présidente irlandaise a critiqué le « complexe militaro-industriel belliciste » en Europe, menaçant la neutralité du pays.
- Elle a également dénoncé le « génocide israélien » à Gaza, financé par l’argent américain, réaffirmant une position tranchée qui la distingue.
- Son élection massive, à 68 ans, reflète une tendance de fond d’une partie de l’électorat, notamment les jeunes, en quête de renouvellement politique.
Catherine Connolly, avocate de gauche et indépendante, a su capitaliser sur un sentiment anti-establishment, à l’image de certaines figures politiques américaines ou britanniques. Sa victoire, qui a surpris l’establishment politique irlandais, s’inscrit dans un contexte international marqué par des tensions géopolitiques et une remise en question des politiques traditionnelles.
Si la présidence irlandaise est largement cérémonielle, le rôle de symbole de l’État et d’accueil des personnalités étrangères est une fonction que le précédent président, Michael D. Higgins, poète et universitaire, a occupée avec brio pendant 14 ans. La question qui se pose désormais est de savoir si Mme Connolly, plus à gauche que ses prédécesseurs, ira au-delà de la simple représentation pour faire entendre plus fermement ses convictions, comme l’a fait M. Higgins dans ses dernières années.
« C’est quelqu’un qui est plus à gauche que tous ceux que nous avons eus à un poste élevé en Irlande », a commenté Daniel Mulhall, ancien ambassadeur d’Irlande aux États-Unis. Il a souligné que « le fait que les électeurs étaient disposés à élire quelqu’un dont les opinions s’écartaient du courant politique dominant ne devrait pas être ignoré », comparant sa trajectoire à celle de figures comme Bernie Sanders ou Jeremy Corbyn. Sa victoire a d’ailleurs suscité des félicitations appuyées de la part de figures progressistes américaines, telles que la représentante Ilhan Omar.
Une partie de la popularité de Mme Connolly est attribuée à son soutien indéfectible aux civils palestiniens de Gaza. En Irlande, cette position trouve un écho particulier, nourri par une perception d’histoire commune avec les Palestiniens, marquée par la répression coloniale et les traumatismes d’un long conflit sectaire, rappelant l’expérience irlandaise des « Troubles » résolus par l’Accord du Vendredi Saint en 1998.
« Elle s’est montrée plus franche à l’égard des Palestiniens que la plupart des hommes politiques, et cela a probablement joué en sa faveur. »
Daniel Mulhall, ancien ambassadeur d’Irlande aux États-Unis
L’Irlande, qui fut l’un des premiers pays européens à reconnaître un État palestinien, a vu sa relation avec Israël se tendre suite à sa décision de se joindre à la plainte pour génocide contre Israël devant la Cour internationale de Justice. En réaction, Israël avait fermé son ambassade à Dublin, invoquant une « politique anti-israélienne extrême du gouvernement irlandais ».
Lors d’un débat télévisé, la question d’une éventuelle confrontation avec le président américain Donald Trump sur le soutien militaire américain à Israël lui avait été posée. Mme Connolly avait alors esquivé, estimant qu’une telle discussion était peu probable lors d’une rencontre formelle. « Si la discussion portait sur le génocide », avait-elle ajouté, « ce serait complètement différent, mais je doute que ce soit là la discussion ».
Sa visite en Syrie en 2018, accompagnée d’autres législateurs irlandais, a également suscité des critiques. La délégation avait visité un camp de réfugiés palestiniens près de Damas et la ville dévastée d’Alep. Les détracteurs avaient affirmé qu’ils avaient été reçus par des Syriens liés au gouvernement du président déchu Bachar al-Assad. Mme Connolly a cependant toujours condamné M. Assad.
Si les opinions de Mme Connolly sur Gaza ne devraient pas poser de problèmes majeurs à l’Irlande selon M. Mulhall, ses positions sur la politique étrangère et militaire du pays soulèvent davantage de questions. Le principal grief est que le gouvernement actuel, une large coalition des partis de centre-droit Fine Gael et Fianna Fáil, s’écarte de la neutralité irlandaise.
« Leur principal reproche est que le gouvernement actuel abandonne la notion de neutralité irlandaise » au moment où d’autres pays européens se réarment pour se prémunir contre une politique américaine qui se replie sur elle-même, a analysé Diarmuid Ferriter, professeur d’histoire irlandaise moderne au University College Dublin.
Le gouvernement propose une législation qui faciliterait le déploiement de troupes irlandaises dans des missions de maintien de la paix, en supprimant la nécessité d’une approbation des Nations Unies. Il appartiendra à Mme Connolly, en tant que présidente, de signer cette loi ou de la soumettre à la Cour suprême si elle la juge inconstitutionnelle. Indépendante, elle avait quitté le Parti travailliste en 2007, refusant d’être inscrite sur la liste électorale aux côtés de Michael D. Higgins.
Néanmoins, le professeur Ferriter estime qu’« elle est suffisamment astucieuse pour savoir qu’elle évolue dans un système qui la fera taire, dans une certaine mesure. »
La victoire de Mme Connolly doit aussi être replacée dans un contexte électoral particulier. La favorite attendue, Mairead McGuinness, ancienne commissaire européenne, n’a pas brigué le poste pour raisons de santé. Jim Gavin, ancien joueur de football gaélique et candidat du Fianna Fáil, s’était retiré 19 jours avant le scrutin suite à un scandale financier.
« Nous nous sommes retrouvés avec seulement deux candidats sur le bulletin de vote, ce qui est vraiment inhabituel lors d’une élection irlandaise », a observé Theresa Reidy, professeure de politique au University College Cork. « Les électeurs ont été extrêmement mécontents de la confluence des événements qui ont conduit à cette élection très serrée. »
Malgré un potentiel vote de protestation, Catherine Connolly s’est révélée être une candidate compétente, notamment sur les réseaux sociaux. Une vidéo virale la montrant faire des jongles avec un ballon de football a mis en lumière ses talents athlétiques.
La nouvelle présidente était soutenue par le Sinn Féin, principal parti nationaliste irlandais, qui milite ouvertement pour une Irlande unifiée. Elle-même affirme son nationalisme irlandais en s’exprimant régulièrement en gaélique courant, tout en soulignant que la décision d’une telle union ne lui appartient pas. « Il y a de toute évidence une sorte de changement radical dans les attitudes à l’égard de la langue irlandaise », a noté Daniel Mulhall. « Parler l’irlandais était une chose positive pour elle. »